LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 24 mai 1833.

»Mon prince,

»Recevez mes sincères félicitations; vous avez opéré comme toujours,

c'est-à-dire le mieux du monde. Si le roi des Belges a la moindre

sagesse maintenant, il s'établira tranquillement dans la

convention provisoire; renverra la moitié de son armée et déclarera

bien haut qu'il est tout prêt à signer un traité définitif; mais qu'il

souhaite que ce soit le plus tard possible, attendu que le provisoire

est tout à son avantage. S'il agit ainsi, et s'il parle ainsi, nous

aurons le traité définitif avant peu.

»Pendant que vous faisiez ainsi merveille, nous courions ici un risque

véritable: la discussion de l'emprunt grec a été des plus pénibles, et

nous ne l'avons emporté qu'en en faisant, bon jeu bon argent, une

question de cabinet[95]. Du reste, la session marche à son terme, et

dans six semaines tout sera fini...»

[95] D'après la convention du 7 mai 1832, qui donnait le trône de

Grèce au roi Othon, les puissances signataires (France, Russie,

Angleterre) s'étaient engagées à garantir un emprunt de soixante

millions que le jeune roi allait contracter. Les premiers revenus

de la Grèce étaient exclusivement affectés aux intérêts et au

fonds d'amortissement de cet emprunt. Le 24 janvier 1833, le

cabinet français déposa un projet de loi pour l'autoriser à

donner sa garantie. Il fut, le 4 avril, l'objet d'un rapport

favorable du colonel Paixhans. L'affaire ne vint en discussion

que le 18 mai. Le projet, ardemment combattu par l'opposition,

nécessita quatre jours de débats. Il fut enfin voté par 175 voix

contre 112. Quinze jours plus tard il fut également voté par les

pairs à la majorité de 91 voix contre 9.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 93 / 313 题