LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 18 mai 1833.

»J'ai reçu votre lettre du 14, mon prince, et vous remercie des bons

renseignements qu'elle contient. Les succès du voyage auquel vous

présidez si bien auront ici un fort bon retentissement; non qu'il

faille espérer que notre faubourg Saint-Germain soit disposé à

entendre sitôt raison, mais parce que ses mauvaises volontés en seront

au moins un peu gênées et parce qu'il trouvera moins d'oreilles

ouvertes à ses insipides moqueries.

»L'événement de Blaye nous est arrivé plus tôt que nous ne le

comptions; mais je dis comme vous qu'à tout prendre, le résultat a été

satisfaisant. Il ne paraît pas qu'il ait causé chez vous aucun

embarras dans la situation du prince, et c'était là un des points

essentiels.

»Je vous remercie de l'appui que vous avez su donner à mon vœu

d'amnistie; ce vœu, je l'avoue, est devenu une idée fixe, et je ne

comprends pas que tout le monde ne comprenne pas que c'est une issue

indispensable; la seule même par laquelle on puisse sortir utilement

et honorablement d'une grande crise politique. Si on manque l'occasion

du départ de la duchesse de Berry, je ne puis imaginer quand il

s'en pourra représenter une aussi favorable.

»Je ne vous parle pas de nos affaires intérieures; leur amélioration

saute aux yeux, et quant à celles du dehors, vous en savez sur ce

point cent fois plus long que moi.

»Je n'ai certes pas donné ni les mains, ni mon approbation à la mesure

prise au sujet du décès de notre pauvre Dalberg[93]. Je suis, au

contraire de ceux qui réclament fortement contre et qui voudraient

même amener une décision positive avec laquelle on serait, pour

l'avenir, à l'abri de semblables avanies, dont le moindre inconvénient

est, et sera toujours, la complète inutilité[94]. On parle tant des

conséquences de la révolution de Juillet; il me semble que celle-ci ne

se peut refuser.

»Veuillez recevoir, mon prince, avec votre bienveillance accoutumée,

les assurances de mon plus sincère attachement.»

[93] Le duc de Dalberg était mort le 27 avril au château de

Hernsheim près de Worms à l'âge de cinquante-neuf ans.

[94] A la suite de la mort du duc de Dalberg, le gouvernement

avait fait mettre les scellés sur ses papiers qu'il revendiquait

à cause des fonctions que le duc avait remplies (_Note de M. de

Bacourt_).

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 92 / 313 题