LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 3 mai 1833.

»Monsieur le duc,

»... J'entretiens souvent lord Palmerston des moyens qui peuvent le

mieux convenir à la France et à l'Angleterre pour amener enfin un

accommodement avec le roi Guillaume, et ceux que vous m'indiquez dans

votre dépêche et dans votre lettre du 29 ont fait, plus d'une fois, le

sujet de nos conversations; mais, je dois vous dire que nous

entrevoyons, du moins pour le moment, des difficultés de plus d'un

genre dans l'exécution du plan proposé. Le cabinet anglais est

préoccupé des motions sur les affaires hollando-belges dont on le

menace dans les deux chambres du parlement, et des réclamations assez

vivement prononcées du commerce anglais contre la mesure de l'embargo.

Il craindrait donc d'augmenter en ce moment, par de nouvelles

rigueurs, le mécontentement qui a été manifesté dans les derniers

temps sur cette question. Lord Grey et lord Palmerston espèrent encore

que M. Ancillon reviendra vers nous, et que l'assistance de la Prusse

nous sera plus avantageuse qu'un redoublement de moyens coercitifs;

ils sont entretenus dans cette opinion par les lettres les plus

récentes de Berlin, qui représentent M. Ancillon comme n'étant pas

éloigné de rentrer dans le projet d'une déclaration des trois

cours à La Haye. Enfin, nous pensons tous qu'il n'est pas possible de

se déterminer à quelque chose de positif, avant de connaître la

réponse du cabinet de La Haye à notre note du 22 avril...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 86 / 313 题