«Paris, le 22 mars 1833.
»Mon prince,
»... Je suis bien aise que vous soyez satisfait de la conduite de
l'amiral Roussin. Ses instructions étaient de faire en sorte, par
tous les moyens licites et raisonnables, d'empêcher que les Russes
n'occupassent Constantinople, _du consentement de la Porte_, bien sûr
que s'ils l'occupent _contre le gré_ de la Porte, cela deviendra tout
de suite une affaire européenne, et que nous aurons plus d'alliés
qu'il ne nous en faut pour les faire déguerpir. Roussin a très bien
agi. Je m'attends à une bourrasque de Saint-Pétersbourg, terrible;
mais après tout, que peuvent-ils faire? Ils ne peuvent argumenter que
contre le _procédé_, et alors je rétorquerai l'argument, et je me
plaindrai de la dissimulation qu'ils ont mise dans toute cette
affaire, du peu de sincérité de la communication de la mission de
Mourawieff... Le pauvre Pozzo est dans des transes mortelles de se
voir rappelé; le reste de la diplomatie est assez en émoi.
»Je suis bien joyeux de l'approbation que tout ceci a rencontré en
Angleterre. L'extrême froideur avec laquelle le gouvernement anglais
avait accueilli, depuis trois mois, nos diverses ouvertures
relativement aux affaires d'Orient, me faisait craindre d'être
abandonné dans cette conjoncture, et c'est pour cette raison que, dans
le petit article inséré avant-hier dans nos journaux, je n'ai point
fait mention de la légation anglaise. Je craignais que le gouvernement
anglais ne nous accusât de vouloir le compromettre dans cette affaire;
mais, du moment qu'il témoigne l'envie d'y figurer et d'en prendre sa
part, à cela ne tienne, je vais faire rédiger demain un autre article
où la légation anglaise aura presque le beau rôle. J'espérais, ce
matin, avoir une interpellation à la Chambre des députés, où j'aurais
placé dans ma réponse la légation anglaise en première ligne, mais nos
adversaires ont trouvé le terrain trop bon pour nous, et ils ont voté
les fonds que nous demandions pour des armements dans la
Méditerranée, sans mot dire et à l'unanimité. Ne serait-il pas
possible que les Anglais envoyassent quelques renforts à leur station
navale: qu'ils en fissent mine seulement, cela serait du meilleur
effet...»