LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 22 mars 1833.

»Monsieur le duc,

»... J'ai communiqué à lord Grey ce qui est relatif à la question

d'Alger; j'ai plus que jamais lieu de croire qu'on attache ici

beaucoup d'importance à cette question. Je recevrai avec

reconnaissance le mémoire que vous m'annoncez. Lord Palmerston a

chargé l'avocat de la couronne d'en faire un sur le même sujet; comme

il n'y a pas de pièces, je ne sais pas sur quoi il pourra le baser;

des lettres de lord Stuart à son gouvernement, rapportant des

communications verbales, me paraissent devoir fournir peu d'arguments

à des gens de bonne foi.

»Je ne suis point surpris du mécontentement que produiront sur le

gouvernement russe et sur ses agents les résultats obtenus à

Constantinople par l'amiral Roussin; on comprend aisément, qu'après

avoir pris la direction d'une affaire de cette importance, le cabinet

russe soit blessé de la voir terminée par notre intervention. Ce

n'est, du reste, qu'une question d'amour-propre pour lui, mais c'est

pour cela même que je pense que nous devons montrer, avec plus de

modération encore, la satisfaction d'un succès que chacun saura

apprécier.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 78 / 313 题