«Paris, le 15 décembre 1832.
»Mon prince,
»Je ne sais trop, mon prince, comment vous faire part de ce qui
m'arrive.
»Depuis que je suis de retour de Londres, je ne cessais pas de
réclamer du ministre mes dernières provisions pour Berlin. D'abord il
avait désiré que j'attendisse l'ouverture des Chambres, la discussion
des adresses et les premiers actes des deux assemblées. Tout allant à
souhait, j'ai fini par demander formellement mes lettres de créance,
mes instructions, mes passeports, et voilà qu'hier même, M. le duc de
Broglie me déclare que, dans les circonstances actuelles, M. Bresson
est l'homme nécessaire à Berlin et qu'il ne peut consentir à ce qu'il
soit éloigné. Il y a plus, et j'ai dû comprendre que malgré mes
représentations, malgré l'appel que j'ai fait à toutes les raisons qui
rendraient le procédé si douloureux pour moi, il est probable que M.
Bresson sera bientôt nommé définitivement à la mission de Berlin.
»De belles paroles, il est vrai, ont accompagné le coup qui m'était
porté; on reconnaît mes services, on rend justice à ma capacité,
on me promet la première ambassade qui sera vacante; mais pour le
moment on ne peut m'offrir que la mission de Florence. Je demande à
rester comme je suis, où je suis, jusqu'au moment où l'on jugera à
propos de m'envoyer à Berlin. Il est probable que je ne l'obtiendrai
pas. J'ai éprouvé dans ma vie politique plus d'un moment pénible;
celui-ci est le pire. Le retour de fortune que je devais à votre
influence et qui en me faisant partager vos travaux, m'avait valu plus
d'un suffrage ne m'avait point préparé à une telle disgrâce...
» Permettez que je réclame votre intérêt et vos conseils. Excusez-moi
de mêler cette affaire personnelle aux grandes choses qui vous
occupent...»