«Londres, le 11 novembre 1832.
»Monsieur le duc,
»M. le baron de Zuylen, après avoir vainement tenté plusieurs fois de
renouer une négociation avec lord Palmerston, s'est enfin adressé à
lord Grey, dans l'espoir, sans doute, d'obtenir quelques concessions
auxquelles lord Palmerston s'était refusé. Il s'est présenté hier chez
lord Grey, et lui a remis le projet de traité proposé par le cabinet
de Berlin dont je vous ai déjà entretenu, et la pièce que j'ai
l'honneur de vous envoyer en copie[26]. Je joins également une copie
du projet de traité que je n'ai pu me procurer qu'hier soir.
»Lord Grey après sa conversation avec M. de Zuylen, m'a invité à me
rendre chez lui pour nous y entendre avec lord Palmerston. Il m'a
communiqué alors ce dont je viens de vous rendre compte. J'ai pu
exprimer immédiatement mon opinion sur ces nouvelles propositions du
cabinet de La Haye, et j'ai dû dire qu'il n'y avait plus de base
possible de négociation avant la reddition de la citadelle d'Anvers et
avant un engagement, pris par le roi des Pays-Bas, d'accepter le
traité du 15 novembre avec les modifications qui pourraient être
consenties par la Belgique.
»Lord Grey qui partageait mon opinion, a rédigé un projet dans ce
sens, mais il m'a dit qu'il se croyait cependant obligé de soumettre
cette question à un conseil de cabinet, et il m'a fixé chez lord
Palmerston un rendez-vous pour aujourd'hui, à l'issue de ce conseil.
Je m'y suis rendu; il m'a remis la note ci-jointe qui a été approuvée
par le conseil, et envoyée à M. le baron de Zuylen comme réponse à sa
communication d'hier.
»Vous remarquerez, monsieur le duc, que par cette note on se borne à
réclamer l'évacuation de la citadelle d'Anvers, comme préliminaire
indispensable à toute négociation nouvelle. Lord Grey m'a dit que dans
le conseil, on n'avait pas cru convenable d'adopter la seconde
condition du projet convenu hier entre nous, parce qu'elle ne donnait
aucune ouverture à des négociations ultérieures, en imposant d'avance
au gouvernement des Pays-Bas l'obligation d'accepter le traité du 15
novembre et en soumettant les modifications possibles de ce traité à
la seule volonté de la Belgique. Il faut observer que la note de lord
Grey à M. le baron de Zuylen n'est point signée, ce qui lui ôte le
caractère strictement officiel; elle a paru cependant assez importante
à M. de Zuylen pour qu'il l'envoyât immédiatement à La Haye par un
courrier.
»J'ai retrouvé dans cette circonstance comme dans toutes les autres,
lord Grey et lord Palmerston pleins d'une sincérité et d'une droiture
au-dessus de tout éloge...»
[26] Voir page 34 et note, la réponse que lord Grey fit à M. de
Zuylen au sujet de ce projet de traité. La pièce dont il est ici
question est une note écrite qui développait cette réponse.