«Paris, le 9 novembre 1832.
»Assurément, mon cher prince: je suis _très contente de vous_, de vos
œuvres et de votre lettre du premier de ce mois dont je vous remercie
de tout mon cœur. J'allais le faire hier lorsque la grande nouvelle
de l'arrestation de madame la duchesse de Berry est arrivée. C'est à
Nantes qu'elle a été prise; c'est un événement bien important et je
suis persuadée que vous approuverez l'article qui l'annonce dans le
_Moniteur_ de ce matin, et la résolution prise à cet égard par notre
gouvernement. Il me semble qu'il satisfait à tout. Cela s'est passé
très tranquillement à Nantes. Dès la veille on avait fait des visites
dans cette maison, ayant eu l'avis qu'elle y était, mais sans
rien trouver; alors le général et le préfet firent cerner par la
troupe et la garde nationale toutes les issues d'une masse de maisons
qui formaient une espèce d'île dans laquelle se trouvait celle où l'on
croyait, et avec raison, qu'était madame la duchesse de Berry, où le
préfet avait laissé des gendarmes, qui, en faisant du feu pour se
chauffer dans la cheminée d'une petite chambre au troisième,
échauffèrent tellement la plaque, que madame la duchesse de Berry, qui
se trouvait cachée dans une petite chambre derrière avec M. de
Mesnard[25], M. de Guibourg et mademoiselle de Kersabiec, étant au
moment d'être asphyxiée, ne put y tenir et en sortit en se rendant.
Sans cet extraordinaire incident, il est probable qu'on ne l'aurait
pas encore découverte. Elle a été sur-le-champ conduite au château de
Nantes. Voilà tout ce que je sais sur cet important événement jusqu'à
présent, et que je m'empresse de vous mander.
»Chartres et Nemours partent dimanche pour l'armée; j'espère, et nous
en avons besoin en ce moment, que cela ne sera pas long et qu'ils nous
reviendront bientôt avec la grande et belle nouvelle de la reddition
d'Anvers. Je trouve que la réponse du roi de Hollande, tout en
refusant, n'annonce pas l'intention de faire une grande résistance.
Toutes les difficultés s'aplanissent pour notre juste, bonne et belle
cause, et j'ai de plus en plus la douce et ferme confiance que notre
cher roi jouira de la récompense de toutes ses peines et de tous
ses sacrifices en voyant notre chère France tranquille, heureuse et
prospère...»
[25] Louis-Charles, comte de Mesnard, né en 1769, était en 1789
capitaine au régiment de Conti. Il émigra, servit dans l'armée de
Condé et resta en Angleterre jusqu'à la Restauration. Il devint
alors colonel et aide de camp du duc de Berry, puis premier
écuyer de la duchesse et pair de France (1823). Après la
révolution de 1830, il accompagna la duchesse de Berry en
Angleterre, en Italie, la suivit en France, fut arrêté, jugé et
acquitté. Il quitta la France et mourut en 1842.