LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 3 novembre 1832.

»Monsieur le duc,

»J'ai reçu ce matin une dépêche de M. le comte de Latour-Maubourg qui

me fait part d'un embarras dans lequel l'a placé une demande de M. le

général Goblet. Ce dernier en recevant la réquisition faite par suite

de la convention du 22 octobre, pour la remise par le gouvernement

belge de Venloo, des territoires du Limbourg et du Luxembourg, aurait

exigé une déclaration officielle, tendant à garantir qu'en aucun cas

la ville de Venloo et les territoires destinés à revenir à la

Hollande, ne seraient occupés par des troupes étrangères, avant que la

citadelle fût remise aux Belges.

»Vous avez vu par la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous adresser

une copie avant-hier que j'avais autorisé M. de Latour-Maubourg en

remettant la réquisition au général Goblet, à lui annoncer

confidentiellement que la remise des territoires ne se ferait dans

aucun cas entre les mains des Hollandais et qu'on s'occupait ici

d'arranger cette affaire de la manière la plus tranquillisante pour

les Belges.

»Il me semble que cette communication était plus que suffisante pour

calmer les inquiétudes du gouvernement belge au moment où la France et

l'Angleterre soutiennent avec tant de vigueur les intérêts de la

Belgique. Je redoutais, je pense, avec raison, les publications

indiscrètes auxquelles le ministère belge ne s'est jamais refusé. Les

articles des journaux de Bruxelles nous ont déjà causé trop d'embarras

pour ne pas nous tenir sur nos gardes.

»La réclamation officielle que réclame le général Goblet produirait un

très mauvais effet dans les cabinets, j'en suis convaincu. Si, comme

me l'écrit M. de Latour-Maubourg, sir Robert Adair s'est cru autorisé

à donner cette déclaration, je ne puis m'expliquer comment la

publicité immédiate de tous les actes remis au cabinet de Bruxelles ne

l'aurait pas arrêté.

»Il est beaucoup plus important pour nous en ce moment de rassurer les

puissances par nos démarches que de satisfaire aux puériles

susceptibilités des Belges. Je crois donc que la déclaration demandée

par le général Goblet, qui, dans toutes les circonstances, s'est

montré difficultueux, devrait être nettement refusée par M. de

Latour-Maubourg; c'est dans ce sens que je m'en expliquerai avec lord

Palmerston, à ma première entrevue avec lui; il est à la campagne

jusqu'après-demain, mais je le verrai aussitôt qu'il sera

revenu[23]...»

[23] En même temps que cette dépêche, M. de Talleyrand écrivait

au duc de Broglie la lettre particulière suivante:

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 36 / 313 题