Je vous écris aujourd'hui pour que vous sachiez bien, dans vos
rapports avec le général Goblet, à qui vous avez affaire. Le
général Goblet est un orangiste; il fait ce qu'il peut pour plaire
aux hommes du mouvement en Belgique et pour exciter à de fausses
mesures, compliquer ainsi les questions et laisser par là une porte
entr'ouverte au parti orangiste. J'ai été dans le cas de le juger
ici, où ses arrogantes difficultés n'ont pas cessé de nous gêner.
Il joue à peu près à Bruxelles le rôle de nos carlistes qui se font
républicains. Dans ma correspondance avec Sébastiani, je l'ai
plusieurs fois averti qu'il ne devait pas mettre là sa confiance...
«Le 5 novembre.
»J'ai reçu il y a une heure la réponse faite par le roi des Pays-Bas à
la communication qui avait été faite par les chargés d'affaires de
France et d'Angleterre[24]; j'ai l'honneur de vous en envoyer une
copie quoique je suppose qu'elle vous sera parvenue directement de La
Haye. Cette réponse est un refus rédigé dans des termes assez
adoucis...»
[24] Le cabinet hollandais refusa de se soumettre aux injonctions
de la convention du 22 octobre. Il déclara que l'évacuation de la
Belgique par ses troupes avant l'échange des ratifications du
traité du 15 novembre serait contraire au sens des négociations,
et que d'ailleurs le devoir absolu de la Hollande était de ne pas
se dessaisir, en abandonnant Anvers, du gage qui devait lui
servir à obtenir des conditions équitables de séparation.