LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 29 octobre 1832.

»Mon prince,

»Vous avez fait des merveilles; le traité, je vous l'ai dit, nous a

paru pleinement satisfaisant. Nous sommes également très contents de

la marche que vous avez suivie dans l'exécution. Le seul point que

nous recommandons très instamment à votre habileté, c'est de faire en

sorte que le roi des Belges ne soit pas pressé d'évacuer

matériellement Venloo, avant que nos troupes soient arrivées à Anvers.

Il pourrait y avoir difficulté, tapage dans les Chambres belges et

complication dans nos opérations. C'est une affaire d'un jour ou deux,

et il ne faudrait pas pour cela risquer de faire faire aux Belges

quelque grosse sottise. Si les Prussiens n'acceptent pas notre

proposition, il ne peut pas y avoir de difficulté à retarder de deux

ou trois jours, non pas l'engagement d'évacuer Venloo, mais

l'évacuation _matérielle_ de la place. Je ne sais pas même en pareil

cas, si vous jugeriez convenable que l'évacuation ait lieu, car à qui

remettre la place? Si les Prussiens acceptent, il faudra tâcher qu'ils

ne se présentent que le 15 ou le 16 novembre; j'y ferai de mon côté

mes efforts avec M. de Werther.

»Nos affaires ministérielles vont assez bien, autant qu'il est permis

d'en juger en ce moment, où le nombre des députés arrivés n'est pas

grand encore. Si notre entreprise réussit, et j'en ai très bon espoir,

ce sera grâce à vous. Quant à moi, je mets encore plus de prix aux

sentiments que vous me témoignez qu'à l'avantage qui en résulte pour

mon pays...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 34 / 313 题