LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 28 octobre 1832.

»Monsieur le duc,

»Je viens de recevoir des deux plénipotentiaires de Russie la lettre

et la note dont j'ai l'honneur de vous envoyer des copies. Nous

devions nous attendre à cette démarche de leur, part. Elle n'a fait

aucune impression sur lord Palmerston, ni sur MM. de Wessenberg et de

Bülow, et cela leur a paru être une précaution prise par les

plénipotentiaires russes, qui agissaient d'après d'anciennes

instructions de leur cour et qui, ayant une fois été blâmés pour avoir

pris sur eux, voulaient dans cette occasion faire une réserve[21].

»En prenant lecture de la note, vous vous arrêterez sans doute aux

premiers mots du quatrième paragraphe. MM. de Lieven et Matusiewicz

n'entendent que suspendre leur participation aux conférences; il ne

s'agit donc pas de rupture, ni même de froideur envers les deux cours:

c'est là, à mon avis, le point essentiel auquel nous devons nous

attacher.

»J'apprends que le comte Pozzo di Borgo, qui doit être arrivé à Paris,

de retour de Russie, a tenu un très bon langage sur nos affaires à

Berlin, à Vienne et à Munich. Je vous engage à agir près de lui, dans

le sens que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer; c'est comme

cela que je traiterai cette question ici. Je crois même qu'à tout

prendre, cette absence momentanée des plénipotentiaires russes de

la conférence, qui d'ailleurs ne se réunit pas depuis longtemps, nous

sera utile au milieu des mesures d'exécution dans lesquelles nous

sommes entrés. L'affaire hollando-belge doit être terminée dans vingt

jours par les moyens d'action qui seront employés. C'est le temps

nécessaire pour que la réponse à la communication de notre convention

soit venue de Saint-Pétersbourg; des réunions de la conférence,

pendant ce temps, étaient devenues inutiles et pouvaient avoir de

l'inconvénient.

»Je crois que le parti adopté par la Russie dans cette circonstance

n'aura d'autre effet que d'entretenir, un peu plus peut-être le roi

des Pays-Bas dans son obstination.

»L'Autriche et la Prusse ne feront que de simples accusés de réception

aux communications que nous avons dû leur faire, en leur envoyant la

convention...

»J'ai l'honneur de vous transmettre les ratifications de la

Grande-Bretagne à la convention du 22 octobre...

[21] Voici cette note, que les plénipotentiaires russes

adressèrent à M. de Talleyrand et ù lord Palmerston en réponse à

la communication qui leur avait été faite de la convention du 22

octobre:

Les soussignés s'acquittent d'un ordre formel de l'empereur, leur

maître, en faisant la déclaration suivante:

L'adoption des mesures coercitives que la France et la

Grande-Bretagne ont résolu de prendre contre la Hollande, a fait

échoir le cas où les plénipotentiaires de Russie, en vertu des

instructions dont ils sont munis et dont les plénipotentiaires des

autres cabinets n'ignorent pas la teneur, se trouvent dans la

nécessité de se retirer des conférences.

Ils rendront compte immédiatement à leur cour des circonstances

graves qui, en altérant le caractère de la médiation pacifique à

laquelle ils ont été appelés à prendre part, ne leur permettent

plus de s'associer aux travaux de leurs collègues.

En suspendant leur participation aux conférences, les

plénipotentiaires de Russie sont dans l'attente des déterminations

ultérieures de leur cour, motivées par la gravité des circonstances

qui ont rendu nécessaire la déclaration dont ils s'acquittent.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 32 / 313 题