«Paris, le 25 octobre 1832.
»Mon prince,
»Votre courrier est arrivé hier vers cinq heures de l'après-midi. J'ai
sur-le-champ porté au roi la convention: hier soir nous avons eu
conseil. On a passé la nuit pour préparer les ratifications; le
courrier va partir et vous le recevrez demain de bonne heure dans la
journée.
»Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle joie cette nouvelle a été
reçue. Je ne vous parlerai pas non plus de notre reconnaissance pour
un tel succès. Il fallait être vous pour y réussir; vous n'aurez
jamais rendu à votre pays un plus signalé service.
»Permettez-moi maintenant de vous adresser une ou deux questions sur
le mode d'exécution de ce traité.
»Le roi des Belges est sommé en même temps que le roi des Pays-Bas
d'évacuer la portion de territoire qui ne lui appartient pas, aux
termes des vingt-quatre articles.
»Si le roi de Hollande refuse d'évacuer le 2 novembre, le roi des
Belges sera-t-il tenu de le faire? Et dans ce cas, à qui remettrait-il
Venloo et les autres portions du Limbourg?
»Il est impossible de se figurer que ce soit au roi de Hollande.
»Si le roi des Pays-Bas accepte la proposition, s'il consent à évacuer
le territoire belge, le roi des Belges devra-t-il remettre au roi de
Hollande le territoire occupé maintenant par les Belges, avant que le
roi de Hollande ait accepté le surplus des vingt-quatre articles,
tandis qu'il contestera encore sur l'Escaut, sur le syndicat[19], sur
la navigation des eaux intermédiaires? Cela serait-il prudent?
»Je vous fais ces questions afin que nous soyons bien fixés sur la
direction que nous devons donner au roi des Belges. Vous savez de
reste que son peuple n'est pas des plus raisonnable, et sitôt
qu'il va se sentir en confiance, il va nous susciter mille embarras
d'exécution.
»Soyez assez bon pour me dire quelle est l'idée que vous vous faites
de la solution de ces questions. Au reste, j'espère avoir de vous une
lettre aujourd'hui même, qui peut-être résoudra tous nos doutes.
»Agréez...»
[19] Cette question du syndicat était difficile et demande
quelques éclaircissements.
Une loi du 27 décembre 1822 avait créé pour le royaume des
Pays-Bas un syndicat d'amortissement en remplacement du syndicat
des Pays-Bas et de la caisse d'amortissement. Ce syndicat
d'amortissement avait été doté de 250 millions de florins. Or, par
suite de défaut ou d'irrégularité de comptabilité, il se trouvait
qu'il était en 1832 impossible de juger de l'emploi de ce crédit,
d'où impossibilité de déterminer exactement le montant de la dette
des Pays-Bas; c'est sur ce thème que les plénipotentiaires belges
et hollandais discutèrent à perte de vue. Le traité des
vingt-quatre articles avait fixé le partage de la dette, mais le
roi des Pays-Bas avait refusé d'admettre les chiffres de la
conférence.