LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 26 octobre 1832.

»Monsieur le duc,

»Lord Palmerston avait convoqué ce matin la conférence à la demande de

M. de Bülow[18] qui annonçait avoir une communication à nous faire.

Cette communication était un projet de traité envoyé par le cabinet de

La Haye. Lord Palmerston et moi avons tout de suite déclaré que

les formes strictes que nous avions adoptées jusqu'à présent, ne nous

permettaient pas d'écouter les propositions venant par un autre

intermédiaire que par le plénipotentiaire reconnu de la cour qui nous

les faisait; que si M. de Zuylen avait quelque chose à nous

communiquer de la part de sa cour, nous étions prêts à l'entendre,

mais que nous ne pouvions admettre la demande de M. de Bülow.--M. de

Bülow n'a pas insisté. Nous avons ainsi éludé toute explication. Il

n'a pas même été donné lecture du projet de traité. La clause

principale de ce projet est la reconnaissance de la libre navigation

de l'Escaut, avec la réserve d'imposer des droits de trois shillings

par tonneau au lieu d'un shelling consenti par le roi Léopold et par

la Prusse. J'espère que nos ratifications seront arrivées avant que M.

de Zuylen nous soumette directement le projet de sa cour, qui

aujourd'hui n'aurait pas eu grande faveur dans la conférence. Nous

sommes tous tombés d'accord que la réunion de ce matin ne serait pas

regardée comme une conférence tenue au Foreign Office...»

[18] Une dernière tentative avait été faite par la Prusse pour

prévenir une rupture. Le cabinet de Berlin avait transmis à La

Haye un état des concessions exigées par la conférence. Le 23

octobre, le ministre des affaires étrangères de Hollande annonça

aux envoyés de Russie, de Prusse et d'Autriche que le roi

adhérait à ce plan, sauf quelques modifications. Le traité fut

aussitôt à Londres. On a vu quel accueil il avait trouvé près la

conférence. Quelques jours plus tard, le 9 novembre, le ministre

de Hollande à Londres le communiqua à lord Grey qui répondit que

ce traité ne levait point toutes les difficultés, que d'ailleurs

il venait trop tard, et que l'évacuation d'Anvers était désormais

le préliminaire indispensable de toute négociation nouvelle.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 26 / 313 题