»Londres, le 25 octobre 1832
»... Le marquis de Lansdowne[15] part aujourd'hui pour Paris; il
donnera du courage à notre ministère qui s'effraye un peu aisément. En
tout, on a toujours, et pour toutes choses, l'air trop pressé. Cela
ôte la sécurité à ceux qui regardent. J'ai été huit jours ici, et j'ai
obtenu tout ce qu'ils désiraient et qui avait été bien préparé par
Durant. Je reçois de _Mademoiselle_ avant le huitième jour de mon
séjour à Londres une lettre d'impatience. Vous souvenez-vous quand ils
croyaient que les Belges allaient entrer en Hollande, et cela c'est il
y a trois mois?--Je leur disais que le ministère Broglie finirait par
s'arranger; ils ne voulaient pas me croire. Eh bien! il est établi, et
il restera pour du temps, s'il ne fait pas de sots procès comme celui
de M. Berryer [16]. Les voilà munis pour se présenter à la
Chambre, puisqu'ils ont l'autorisation de marcher sur Anvers. Ce qu'il
faut à présent qu'ils fassent, c'est à tout prix de se rapprocher de
la Prusse qui est bien disposée. Cela fait, le reste ira sur des
roulettes.»
Aussitôt après la signature de la convention du 22 octobre et en
attendant les ratifications qui ne vinrent de Paris que le 27, je pris
avec lord Palmerston tous les arrangements pour son exécution. Aussi,
à l'instant même de l'échange des ratifications, la convention
ratifiée fut transmise aux plénipotentiaires des trois cours
accompagnée d'une note simple et laconique pour éviter autant que
possible une demande d'explication de leur part. Un bateau à vapeur
préparé à cet effet partit immédiatement pour Rotterdam, portant la
communication qui devait être faite à la Haye par les chargés
d'affaires de France et d'Angleterre au gouvernement des Pays-Bas et
qui, en se référant à la convention, était courte et péremptoire.
Enfin, on expédia également un courrier à Bruxelles, qui portait au
gouvernement belge une note presque identique à celle destinée au
gouvernement hollandais. Nous avions voulu témoigner par là notre
impartialité et d'ailleurs exiger de la part des Belges, la remise de
Venloo et des portions de territoire qu'ils possédaient encore
indûment et qui devaient être restituées au roi des Pays-Bas, le jour
où il accepterait le traité du 15 novembre. Nous aurions bien voulu
tirer parti de la restitution exigée des Belges, pour détacher le
gouvernement prussien des cabinets d'Autriche et de Russie. Dans ce
but, nous proposâmes de faire occuper par ses troupes, la place de
Venloo et les territoires dans le Limbourg et le Luxembourg que le
traité du 15 novembre attribuait à la Hollande, avec l'engagement
de les garder jusqu'à l'acquiescement du roi au traité et de ne les
restituer à celui-ci qu'après l'exécution de sa part des conditions du
traité. Cette proposition donna lieu à une négociation particulière et
assez compliquée avec le cabinet de Berlin, qui avait d'abord semblé
disposé à l'accepter, mais qui, en définitive, n'osa pas paraître
s'associer aux mesures coercitives prises par les deux puissances
maritimes et qui refusa[17]. Il en résulta que les Belges gardèrent
les territoires qu'on avait réclamés d'eux, ce qui rendit leur
position vis-à-vis de la Hollande encore plus favorable.
Reprenons la suite des dépêches et lettres.
[15] Le marquis de Lansdowne était président du conseil dans le
cabinet anglais. Il allait à Paris pour négocier des changements
à apporter dans le tarif des douanes.
[16] Le ministère avait ordonné l'arrestation de MM. Berryer, de
Chateaubriand, Hyde de Neuville et de Fitz-James comme prévenus
de complicité avec la duchesse de Berry (7 juin). Les trois
derniers ne tardèrent pas à être mis en liberté, aucune indice
n'ayant pu être relevé contre eux. Quant à M. Berryer, il fut
jugé le 16 octobre par la Cour d'assises de Blois. Le procès
était si mal engagé que le ministère public dut abandonner la
poursuite, et l'accusé bénéficia d'un acquittement qui devint un
triomphe.
[17] Voir page 15.