LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

«Londres, le 22 octobre 1832.

»Monsieur le duc,

J'ai reçu toutes les dépêches que vous m'avez fait l'honneur de

m'adresser jusqu'au 20 octobre inclusivement; je conçois parfaitement

les impatiences du gouvernement du roi en ce moment difficile, et vous

avez pu voir que je partageais son désir d'arriver au terme de nos

trop longues incertitudes sur la question belge. Il ne faut cependant

attribuer les hésitations du ministère anglais qu'à la gravité de

l'affaire. Lord Grey et lord Palmerston voulaient réunir le plus grand

nombre possible de membres du cabinet, et obtenir à l'unanimité une

décision que les circonstances rendent de la plus haute importance.

J'ai besoin d'appuyer sur cette considération parce que je dois à ces

deux ministres de déclarer qu'il est impossible d'apporter des

dispositions plus favorables pour nous que celles qu'ils n'ont pas

cessé de me témoigner. Vous en trouverez la preuve, monsieur le duc,

dans la convention que je viens de signer avec lord Palmerston et que

j'ai l'honneur de vous transmettre: elle remplira, j'espère, les

intentions du gouvernement du roi.

»Il est minuit, je n'ai pas le temps de développer les différents

articles de cette convention, je ne puis que vous dire qu'il était

impossible d'en obtenir davantage.

»Il est absolument nécessaire que les ratifications partent de Paris

le jeudi 25 au soir, afin d'être à Londres le 27 dans la journée. Je

n'ai pas besoin de vous engager au plus profond secret de cette

convention. Nous désirons qu'elle ne soit publiée qu'après avoir été

communiquée aux plénipotentiaires des trois puissances à la

conférence, ce qui aura lieu le lendemain de l'échange des

ratifications.

»Vous penserez sans doute qu'il est concevable de prévenir les consuls

du roi, pour que les intérêts français ne soient pas compromis...»

Ainsi que l'annonçait cette dépêche, j'avais signé, le 22 octobre au

soir, avec l'Angleterre la convention tant désirée par le gouvernement

français, et par laquelle il était décidé, sur l'invitation du roi des

Belges, que les deux puissances procéderaient à l'exécution du traité

du 15 novembre, conformément à leurs engagements; que l'évacuation

territoriale formerait un commencement d'exécution; que les

gouvernements de Hollande et de Belgique seraient requis d'opérer

réciproquement cette évacuation pour le 12 novembre; que la force

serait employée contre celui de ces gouvernements qui n'aurait pas

donné son consentement pour le 2 novembre; qu'en cas de refus de la

Hollande, l'embargo serait mis sur les vaisseaux hollandais, et que le

15 novembre une armée française entrerait en Belgique pour faire le

siège de la citadelle d'Anvers. L'inquiétude était grande à Paris, et

toutes les lettres qu'on m'écrivait, montraient avec quelle impatience

on attendait le résultat que je venais enfin d'obtenir. Cette

impatience était parfois gênante pour moi; aussi, j'écrivis à cette

époque à la princesse de Vaudémont une lettre dont je veux citer

quelques passages.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 24 / 313 题