«Paris, le 11 octobre 1832.
»Mon prince,
»Vous saviez, je le crois, au moment de votre départ, que les affaires
avaient encore une fois changé de face. Hier soir, à cinq heures, M.
le maréchal Soult est venu m'annoncer que le roi agréait mes
propositions. A sept heures le futur cabinet s'est réuni; il est ce
matin au _Moniteur_.
»Je n'ai pas besoin de vous dire que ce cabinet est composé de tout ce
que le parti du bon ordre, de la paix, du pouvoir légal et régulier,
compte de plus décidé dans ses rangs. Je vous ai confié en grand
détail mes vœux et mes espérances. Il dépend de l'Europe et de
l'Angleterre surtout de consolider ce cabinet, et de mettre par là un
terme aux dangers que la victoire du parti contraire entraînerait,
dangers dont l'Europe aurait assurément sa bonne part. Nous allons
combattre pour la cause de la civilisation, et c'est à la civilisation
de nous aider; c'est à vous, mon prince, à lui dire ce qu'il faut
faire pour que nous ouvrions la session avec éclat. Si le cabinet
anglais vous écoute, notre triomphe est assuré au dire même de ceux
qui se montrent le plus timides. Je ne vous parle pas de moi. Je ne
vous parle pas de mes sentiments pour vous. Je vous demande conseil et
assistance, bien sûr de l'obtenir et sachant en quelles mains repose,
en ce moment, notre avenir.
»Permettez-moi de vous renouveler l'assurance de mon tendre et sincère
attachement.
»_P.-S._--Je joins à ce peu de mots écrits à la hâte une lettre pour
lord Grey et une autre pour lord Palmerston. Vous voyez que je
n'oublie point vos instructions et j'ai grand plaisir à les suivre.
»Vous recevrez probablement de moi dans la même journée, une dépêche
sur la grande affaire qui vous est connue; le temps nous presse; je la
recommande encore une fois à votre amitié et à votre ascendant sur
tous ceux qui vous approchent.»