Item, en ycelui an cinquante un, fu la plus grant chierté de toutes

choses que homme qui vesquist lors eust onques veue, par tout le

royaume de France, et par especial de grains; car un sextier de froment

valoit à Paris par aucun temps en la dite année huit livres parisis, un

sextier d’avoine soixante sous parisis, un sextier de pois huit, et les

autres grains à la value.

Item, en ycelui an, ou dit mois d’octobre, le jour que la dite

confrarie seist à Saint Oin, comme dit est, fu prise la ville de Guines

des Anglois durans les trèves.

Item, en ycelui an, fu fait le mariage de monseigneur Charles

d’Espaigne, lors connestable de France, auquel le dit roy Jehan avoit

donné la conté d’Angolesme, et de la fille de monseigneur Charles de

Blois duc de Bretaigne.

En l’an mil trois cens cinquante deux, la veille de la Nostre Dame en

aoust, se combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur d’Offemont, lors

mareschal de France, en Bretaigne. Et fu le dit mareschal occis en la

dite bataille, le sire de Briquebec, le chastellain de Beauvais et

plusieurs autres nobles, tant du dit pais de Bretaigne comme d’autres

marches du royaume de France.

Item, en ycelui an trois cens [cinquante deux[309]], le mardi quatrième

jour de decembre, se dot combatre à Paris un duc d’Alemaigne appellé

le duc de Bresvic contre le duc de Lencastre, pour paroles que le dit

duc de Lencastre devoit avoir dittes du dit duc de Bresvic: dont il

appella en la court du roy de France. Et vindrent le dit jour les deux

ducs dessus nommez en champ touz armés pour combatre en unes lices qui

pour celle cause furent faites ou Pré aus Clers, l’Alemant demandeur

et l’Anglois deffendeur. Et jà soit ce que le dit Anglois fust ennemi

du dit roy Jehan de France, et que par sauf conduit il fust venu soy

combatre pour garder son honneur, toutesvoies le dit roy de France ne

souffri pas qu’i[l] se combatissent. Mais depuis qu’ilz orent fait les

seremens, et qu’ilz furent montés à cheval pour assembler, les glaives

ès poings, le roy prist la besoingne sur lui et les mist à acort.

[309] Ms. 2813, fº 394.--Ms. 2655, fº 166 vº (lacune).

Item, en icelui an trois cens cinquante deux, le jeudi sixième jour

de decembre, mourut le pape Clement VIe à Avignon, lequel estoit en

l’onzième an de son pontificat.

Item, le mardi du dit mois de decembre, fu esleu en pape, environ

heure de tierce, un cardinal limosin que l’on appeloit par son tiltre

[de cardinal[310]] le cardinal d’Ostie; mais pour ce qu’il avoit esté

evesque de Cleremont, l’en appelloit plus communement le cardinal de

Clermont. Et fu appellé Innocent; et par son propre nom estoit appelé

messire Estienne Aubert.

[310] Ms. 2813, fº 394 vº.

Item, l’an mil trois cens cinquante trois, le huitième jour de janvier,

assés tost après le point du jour, monseigneur Charles, roy de Navarre,

et conte d’Evreux, fist tuer en la ville de l’Aigle en Normendie,

en une hostellerie, monseigneur Charles d’Espaigne, [lors[311]]

connestable de France. Et fu le dit connestable tué en son lit par

plusieurs gens d’armes que le dit roy de Navarre y envoia: lequel

demora en une granche au dehors de la dite ville de l’Aigle jusques à

ce que ceulz qui firent le dit fait retournèrent par devers lui. Et

en sa compaignie estoient, si comme l’en disoit, messire Phelippe de

Navarre son frère, messire Jehan conte de Harecourt, son frère messire

Loys de Harecourt, messire Godeffroy de Harecourt leur oncle, et

pluseurs chevaliers et autres de Normendie comme Navarrois et autres.

[311] Ibid.

Et après se retraist le roy de Navarre et sa compaignie en la cité

d’Evreux dont il estoit conte, et là se garni et enforça. Et avec lui

se alièrent pluseurs nobles, par especial de Normendie, c’est assavoir

les dessus nommés de Harecourt, le seigneur de Hambuie, messire Jehan

Malet seigneur de Graavile, messire Amalry de Meulent et pluseurs

autres.

Et assés tost après se transporta le dit roy de Navarre en sa ville

de Mante, qui jà paravant avoit envoié lettres closes à pluseurs des

bonnes villes du royaume de France et aussi à grant conseil du roy,

par lesquelles il escripvoit qu’il avoit fait mettre à mort le dit

connestable pour pluseurs grans meffais que le dit connestable lui

avoit fais, et envoia le conte de Namur par devers le roy de France à

Paris.

Et depuis le roy de France envoia en la dicte ville de Mante par devers

le roy de Navarre pluseurs grans hommes, c’est assavoir messire Guy

de Bouloingne cardinal, monseigneur Robert Le Coq evesque de Laon, le

duc de Bourbon, le conte de Vendosme et pluseurs autres: lesquielx

traitièrent avec le dit roy de Navarre [et] son conseil. Car jà soit

ce que icelui roy eust fait mettre à mort le dit connestable, si comme

dessus est dit, il ne lui souffisoit pas que le roy de France de qui

il avoit espousé la fille lui pardonnast le dit fait, mais faisoit

pluseurs requestes au dit roy de France son seigneur.

Et cuida l’en bien ou royaume de France que entre les deux rois dessus

dis deust avoir grant guerre; car le dit roy de Navarre avoit fait

grans aliances et grans semonces en diverses regions, et si garnissoit

et enforçoit ses villes et chasteaulz. Finablement, après pluseurs

traittiez, fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certainnes

manières dont aucuns des poins s’ensuient. C’est assavoir que le dit

roy de France bailleroit au dit de Navarre vingt huit [mil] livres à

tournois de terre, tant pour cause de certainne rente que ledit de

Navarre prenoit sur le tresor à Paris comme pour autre terre que le

dit roy de France lui devoit asseoir par certains traittiez faiz lonc

temps avoit entre les deux predecesseurs des deux roys dessus dis pour

cause de la conté de Champaigne, tant aussi pour cause de mariage du

dit roy de Navarre qui avoit espousée la fille du dit roy de France:

par lequel mariage lui avoit esté promise certainne quantité de terre,

c’est assavoir douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente

huit mille livres de terre le dit roy de Navarre veult avoir la conté

de Beaumont le Rogier, la terre de Breteul en Normendie, de Conches

et d’Orbec, la vicomté de Pont Audemer et le balliage de Costantin.

Lesquelles choses lui furent accordées par le roy de France, jà soit ce

que la dicte conté de Beaumont et les terres de Conches, de Bretueil

et d’Orbec fussent à monseigneur Phelippe, frère du dit roy de France,

qui estoit duc d’Orleans: auquel duc le dit roy bailla autres terres en

recompensacion de ce.

Oultre couvint accorder au dit roy de Navarre, pour paix avoir, que

les dessus dis de Harecourt et tous ses autres aliez entreroient en sa

foy, se il leur plaisoit, de toutes leurs terres de Navarre, quelque

part qu’elles fussent ou royaume de France; et en aroit le dit roy de

Navarre les hommages, se ilz vouloient, autrement non. Oultre lui fu

accordé que il tendroit toutes les dictes terres avec celles qu’il

tenoit paravant en partie, et pourroit tenir eschiquier deux fois l’an,

se il vouloit, aussi noblement comme le duc de Normendie. Encore lui fu

accordé que le roy de France pardonrroit à tous ceulz qui avoient esté

à mettre à mort le dit connestable, la mort d’icelui. Et ainsi le fist,

et promist par son serement que jamais, pour occasion de ce, ne leur

feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et avec toutes ces choses

ot encores le dit roy de Navarre une grant somme d’escus d’or du dit

roy de France. Et avant ce que le dit roy de Navarre voulsist venir par

devers le roy de France, il couvint que l’en lui envoiast par manière

d’ostage le conte d’Anjou, second filz du dit roy de France.

Et après ce vint à Paris à grant foison de gens d’armes, le mardi

quatrième jour de mars ou dit an trois cens cinquante trois, vint le

dit de Navarre en parlement pour la mort du dit connestable, comme dit

est, environ heure de prime, et descendi ºu Palais. Et puis vint en

la dicte chambre de parlement, en laquèle estoit le roy en siège et

pluseurs de ses pers de France avec ses gens de parlement et pluseurs

autres de son conseil, et si y estoit le dit cardinal de Bouloingne.

Et en la presence de tous pria le dit roy de Navarre au roy que il lui

voulsist pardonner le dit fait du dit connestable; car il avoit eue

bonne cause et juste d’avoir fait ce qu’il avoit fait: laquelle il

estoit prest de dire au roy lors ou autres fois, si comme il disoit. Et

oultre dist lors et jura que il ne l’avoit fait en [contempt[312]] du

roy ne de son ºffice, et qu’il ne seroit de riens si courroucié comme

d’estre en l’indignacion du roy.

[312] Ms. 2813, fº 395.--Ms. 2655, fº 167 vº: «comptent».

Et ce fait monseigneur Jacques de Bourbon, connestables de France, du

commandement du roy, mist la main au dit roy de Navarre; et puis si

le fist l’en traire arrière. Et assés tost après Jehanne, ante, et

la royne Blanche, seur du dit roy de Navarre, laquelle Jehanne avoit

esté femme du roy Charles, et la dicte Blanche avoit esté femme du roy

Phelippe derrenier trespassés, vindrent en la presence du roy, et lui

firent la reverence, en eulz enclinant devant lui. Et adonc monseigneur

Regnaut de Trie, dit Patroulart, se agenoulla devant le roy et lui

dist tèles paroles en substance: «Mon très redoubté seigneur, veez cy

mes dames la royne Jehanne, Blanche, qui ont entendu que monseigneur de

Navarre est en vostre male grace, dont elles sont forment courrouciées.

Et pour ce sont venues par devers vous et vous supplient que vous lui

vueilliez pardonner vostre mautalent; et, se Dieu plaist, il se portera

si bien envers vous que vous et tout le pueple de France vous en tenrés

bien contens.»

Les dictes paroles dictes, les dis connestable et mareschalx alèrent

querre le dit roy de Navarre et le firent venir de rechief devant

le roy, lequel se mist ou milieu des dictes roynes. Et adonc le dit

cardinal dist les paroles qui ensuient en substance: «Monseigneur de

Navarre, nul ne se doit esmerveillier se le roy monseigneur s’est

tenu pour mal content de vous pour le fait qui est avenu, lequel

il ne convient jà que je le die; car vous l’avez si publié par vos

lettres et autrement partout que chascun le scet. Car vous estes tant

tenu à lui que vous ne le deussiés avoir fait: vous estes de son sanc

si prochain comme chascun scet; vous estes son homme et son per,

et se avez espousée madame sa fille, et de tant avés plus mespris.

Toutesvoies, pour l’amour de mes dames les roynes qui cy sont, qui

moult affectueusement l’ent ont prié, et aussi pour ce qu’il tient

que vous l’avés fait par petit conseil, il le vous pardonne de bon

cuer et de bonne voulenté.» Et lors les dictes roynes et le dit roy de

Navarre, qui mist le genoul à terre, en [mercièrent[313]] le roy. Et

encore dist lors le dit cardinal que aucun du lignage du roy ºu autre

ne se aventurast d’ores en avant de faire telz fais comme le dit roy de

Navarre avoit fait; car vraiement s’il avenoit, et feust le filz du roy

qui le feist du plus petit officier que le roy eust, si en feroit il

justice. Et ce fait et dit, le roy se leva et la court se departi.

[313] Ms. 2813, fº 395 vº.--Ms. 2655, fº 168: «merciant».

Item, le vendredi devant la mi quaresme après ensuivant vingt unième

jour de mars, un chevalier banneret de basses marches, appellé messire

Regnaut de Prissegny, seigneur de Marant près de la Rochelle, fu trainé

et puis pendu ou gibet de Paris par le jugement de parlement et de

pluseurs du grant conseil du roy.

Item, l’an mil trois cens cinquante quatre, environ le mois

d’aoust, se reconsilièrent au roy de France les dis conte de Harecourt

et monseigneur Loys son frère, et lui deurent moult reveler de choses,

si comme l’en disoit; et par especial luy devoient reveler tout le

traittié de la mort du dit monseigneur Charles d’Espaingne, jadis

connestable de France, et par qui ce avoit esté.

Et assés tost après, c’est assavoir ou mois de septembre, se parti de

Paris le dit cardinal de Bouloingne et s’en ala à Avignon. Et disoit

l’en communement qu’il n’estoit point en la grace du roy, jà soit ce

que paravant, bien par l’espace d’un an qu’il avoit demouré en France,

il eust esté tous jours avec le roy si privé comme povoit estre d’autre.

Et en ce temps se departi messire Robert de Lorris, chambellan du

roy, et se absenta tant hors du royaume de France comme autre part.

Et disoit l’en communement que, se il ne se feust absenté, il eust

villenie et dommage du corps; car le roy estoit courroucié et moult

esmeu contre luy, mais la cause fu tenue si secrète que pou de gens la

sceurent. Toutesvoies disoit l’en qu’il devoit avoir sceu la mort du

dit connestable avant qu’il feust mis à mort, et qu’il devoit avoir

revelé au dit roy de Navarre aucuns consaulz secrès du roy, et que

toutes ces choses furent revelées au roy par les dis conte de Harecourt

et messire Loys son frère.

Item, assés tost après, c’est assavoir environ le moys de novembre,

l’an cinquante quatre dessus dit, le dit roy de Navarre se parti de

Normendie et se ala latitant en divers lieus jusques en Avignon.

Item, en ycelui moys de novembre, partirent de Paris l’arcevesque de

Rouen, chancellier de France, le duc de Bourbonnès et pluseurs autres,

pour aler en Avignon. Et y alèrent le duc de Lencastre et pluseurs

autres Anglois, pour traittier de paix devant le pape entre les roys de

France et d’Engleterre.

Item, en ycelui mois de novembre, l’an dessus dit, parti le roy de

Paris et ala en Normandie et fu jusques à Caen et fist prendre et

mettre toutes les terres du dit roy de Navarre en sa main et instituer

officiers de par luy et mettre gardes ès chasteaulz du dit roy de

Navarre, excepté en six, c’est assavoir Evreux, le Pont Audemer,

Cherebourc, Gavray, Avranches et Mortaing: lesquels ne lui furent pas

rendus; car il avoit dedens Navarrois qui respondirent à ceulz que le

roy y envoia que ilz ne les rendroient, fors au roy de Navarre leur

seigneur qui les leur avoit bailliés en garde.

Item, ou moys de janvier ensuivant, vint à Paris le dit messire Robert

de Lorris par sauf conduit qu’il ot du roy et demoura bien quinze jours

à Paris avant qu’il eust assés de parler au roy. Et après y parla il,

mais il ne fu pas reconsilié à plain; mais s’en retourna en Avignon

par l’ordenance du conseil du roy pour estre aus traittiez avec les

gens du roy. Et assés tost après, c’est assavoir vers la fin de fevrier

ou dit an, vindrent nouvelles que les trèves, qui avoient esté prises

entre les deux roys jusques en avril ensuivant, estoient esloingniées

par le pape jusques à la Nativité Saint Jehan Baptiste, pour ce que le

dit pape n’avoit peu trouver voie de paix à laquelle les dis tracteurs

qui estoient en Avignon, tant pour l’un roy que pour l’autre, s’i

voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers les dis

roys sur une autre voie de traittié que celle qui avoit esté pourpalée

autres fois entre les dis tractteurs.

Item, en cel an mil trois cens cinquante quatre, ou moys de janvier,

fist faire le roy de France florins de fin or appellés florins à

l’aignel, pour ce que en la palle avoit un aignel, et estoient de

cinquante deux ou marc. Et le roy en donnoit lors qui furent fais

quarante huit pour un marc de fin or, et deffendi l’en le cours de tous

autres florins.

Item, en ycelui an, du dit moys de janvier, vint à Paris messire

Gauchier de Lor, chevalier, comme messoge du dit roy de Navare, car

devers le roy et parla à luy, et finablement s’en retourna ºu moys de

fevrier ensuivant par devers le dit roy de Navarre et emporta lettres

de saufconduit pour le dit roy de Navarre jusques en avril ensuivant.

Item, en ycelui an, le soir de karesme prenant qui fu le dix septième

jour de fevrier, vindrent pluseurs Anglois près de la ville de Nantes

en Bretaingne, et en entra par eschielles environ cinquante deux dedens

le chastel et le pristrent. Mais messire Guy de Rochefort, qui en

estoit capitainne et estoit en la dicte ville hors du dit chastel, fist

tant par assault et effort que il le recouvra en la nuit meismes; et

furent tous les dis cinquante deux Anglois que mors que pris.

Item, à Pasques ensuivant qui furent l’an mil trois cens cinquante

cinq, le dit roy de France Jehan envoia en Normandie Charles dalphin de

Viennès, son ainsné filz, son lieutenant, et y demoura tout l’esté. Et

luy ottroièrent les gens du pais de Normandie deux mil hommes d’armes

pour trois mois. Et ou mois d’aoust ensuivant ou dit [an] cinquante

cinq, le dit roy de Navarre vint de Navarre et descendi ou chastiel

de Cherebourc en Coustentin, et avec luy environ deux mil hommes, que

uns que autres. Et furent pluseurs traittiés entre les gens du roy de

France, duquel le dit roy de Navarre avoit espousé la fille, et le dit

roy de Navarre. Et envoièrent par pluseurs fois de leurs gens l’un des

dis roys par devers l’autre.

Et cuida [l’en[314]], telle fois fu, vers la fin du dit mois d’aoust,

qu’ilz deussent avoir grant guerre l’un contre l’autre. Et les gens

du dit roy de Navarre, qui estoient ou chasteau d’Evreux, du Pont

Audemer, en faisoient bien semblant, car ilz tenoient et gardoient

moult diligemment les dis chasteaulx, et pilloient le pais d’environ

comme ennemis. Et en vint aucun ou chastel de Conches qui estoit en

la main du roy, et le pristrent et garnirent de vivres et de gens. Et

pluseurs autres choses firent les gens du dit roy de Navarre contre

le roy de France et contre ses gens. Et finablement fu fait acort

entre eulz. Et ala le dit roy de Navarre par devers le dit daulphin

ou chastel du Val de Reul là où il estoit, environ le seizième ou dix

huitième jour de septembre ensuivant; et de là le dit daulphin le mena

à Paris devers le roy. Et le jeudi vingt quatrième jour du dit mois de

septembre, vindrent à Paris devers le roy ou chastel du Louvre. Et là,

en la presence de moult grant quantité de gens et des roynes Jehanne,

ante, et Blanche, seur, du roy de Navarre, fist ycelui roy de Navarre

la reverence au dit roy de France, et s’escusa par devers le roy de

ce qu’il s’estoit parti du royaume de France. Et avec ce dit l’en lui

avoit rapporté que aucuns le devoient avoir blasmé par devers le roy:

si requist au roy qu’il luy voulsist nommer ceulz qui ce avoient fait.

Et après jura moult forment que il n’avoit onques fait chose, après

la mort du connestable, contre le roy que loyaulx homs ne peust et

deust faire. Et noient moins requist au roy qu’i[l] luy voulsist tout

pardonner, et le voulsist tenir en sa grace, et luy promist que il luy

seroit bons et loyaulx, si comme filz doit estre à père et vassal à son

seigneur. Et lors luy fist dire le roy par le duc d’Athènes que il luy

pardonnoit tout de bon cuer.

[314] Ms. 2813, fº 396.--Ms. 2655, fº 169 (lacune).

Item, en ycelui an mil trois cens cinquante cinq, ala le prince

de Galles, ainsné filz du roy d’Engleterre, en Gascoingne, ou moys

d’octembre, et chevaucha jusques près de Thoulouse et puis passa la

rivière de Garonne et ala à Carcassonne, et ardi le bourc; mais il ne

pot forfaire à la cité, car elle fu deffendue. Et de là ala à Nerbonne,

ardant et pillant le pais.

Item, ycelui an cinquante cinq, descendi le roy [d’Engleterre[315]] à

Calais en la fin du mois d’octembre, et chevaucha jusques à Hedin, et

rompi le parc et ardi les maisons qui estoient ºu dit parc; mais il

n’entra point ou chastel ne en la ville. Et le roy de France, qui avoit

fait son mandement à Amiens, tantost qu’il ot oy nouvelles de la venue

du dit Anglois, se parti de la dicte ville d’Amiens où il estoit, et

les gens qui y estoient avec luy, pour aler contre les Anglois. Mais il

ne l’osa attendre et s’en retourna à Calaiz, tantost qu’il oy nouvelles

que le roy de France aloit vers luy, en ardant et pillant le pais par

lequel il passoit. Si ala le roy de France après jusques à Saint Omer

et luy manda par le mareschal [d’Odeneham[316]] et par pluseurs autres

chevaliers, que il se combatroit au dit Anglois, se il vouloit, corps

à corps ou pooir contre pooir, à quelque jour que il voudroit. Mais le

dit Anglois refusa la bataille et s’en repassa la mer en Angleterre

sans plus faire à celle fois, et le roy s’en retorna à Paris.

[315] Ms. 2813, fº 396 vº.--Ms. 2655, fº 169 (lacune).

[316] Ms. 2813.--Ms. 2655, fº 169: «de Douchan.» _Mauvaise leçon._

Item, en ycelui an cinquante cinq, ou mois de novembre, le prince de

Gales, après ce qu’il ot couru le pais de Bordeaux jusques près de

Thoulouse et de là jusques à Nerbonne, et ars, gasté et pillié tout

environ, s’en retorna à Bordeaux à toute la pille et grant foison de

prisonniers, sans ce qu’il trouvast qui aucune chose luy donnast à

faire. Et toutes voies estoient ou paiz pour le roy de France le conte

d’Armignac, lieutenant du roy en la Langue d’oc pour le temps, le conte

de Foix, messire Jaques de Bourbon, conte de Pontieu et connestable de

France et messire Jehan de Clermont, mareschal de France, à plus grant

compaignie la moitié, si comme l’en disoit, que n’estoit le dit prince

de Galles: si en parla l’en forment contre aucuns des dessus nommés qui

là estoient pour le roy de France.

Item, en la Saint Andri, en ycelui an, furent assemblés à Paris,

par le mandement du roy, les prelas, les chapitres, les barons et les

bonnes villes du royaume de France; et leur fist le roy exposer en sa

presence l’estat des guerres, le mercredi après la dicte Saint Andri,

en la chambre de parlement, par maistre Pierre de la Forest, lors

arcevesque de Rouen et chancellier de France. Et leur requist le dit

chancellier pour le roy qu’ilz eussent advis ensemble quel aide ilz

pourroient faire au roy qui feust souffisant pour faire le fait de la

guerre. Et pour ce qu’il avoit entendu que les subgiés du royaume se

tenoient forment à grevez de la mutacion des monnoies, il offri à faire

fort monnoye et durable, mais que l’en luy feist autre aide qui fust

suffisant pour faire sa guerre. Lesquelz respondirent, c’est assavoir

le clergié par la bouche de monseigneur Jehan de Craon, lors arcevesque

de Reins, les nobles par la bouche du duc d’Athènes, et les bonnes

villes par la bouche de Estienne Marcel, lors prevost des marchans à

Paris, qu’ilz estoient tous prests de vivre, de mourir avec le roy

et de mettre corps et avoir en son service, et [requistrent[317]]

deliberacion de parler ensamble, laquelle leur fu octroyée.

[317] Ms. 2813, fº 397.--Ms. 2655, fº 169 vº: «requièrent.»

_Mauvaise leçon._

Item, en ycelui an, le lundi veille de la Concepcion Nostre Dame, donna

le roy la duchié de Normandie à Charles, son ainsné filz, daulphin de

Viennes et conte de Poitiers. Et le lendemain jour de mardi et jour de

la dicte feste, luy en fist le dit Charles homage en l’ostel maistre

Martin de Merlo, chanoine de Paris, ou cloistre Nostre Dame.

Chroniques de J. Froissart, tome 04/13 · 第 40 / 41 段