P. 122, l. 16: peurent.--_Ms. B 6_: Ceste bataille fu l’an de grace

mil trois cens cinquante un, le septième jour de septembre entre le

bastille d’Ardre et le ville de Hoske. Après le desconfiture, les

Franchois retournèrent à Saint Omer et enmenèrent leur prisonniers

monseigneur Jehan de Biaucamp et les aultres et raportèrent le seigneur

de Biaugeu tout mort, dont che fu pité, et monseigneur Guichart son

frère moult fort navré, et ensevelirent les mors et entendirent as

navrés. Assés tos après fut fait ung escange de monseigneur Jehan

de Biaucamp et d’un aultre chevalier englès, que on nommoit messire

Olivier de Clitfort, pour monseigneur Guy de Nelle, mariscal de

Franche, et pour monseigneur Ernoul d’Audrehen. Si s’en ralèrent cilz

chevaliers à Calais, et li aultres revinrent en Franche. Sy fu assés

tos après esleu à y estre mariscal de Franche ou lieu de monseigneur

de Biaugeu et fu envoié à Pontorson, car là avoit une grosse route

d’Englès qui couroient le pais et venoient de le marche de Bretaigne.

Sy se tint là messire Ernoul d’Audrehen ung grant temps en garnison,

et avoit grant plenté de chevaliers et d’escuiers qui gardoient et

deffendoient le pais de Normendie à che chosté. Fºs 454 et 455.

P. 122, l. 21: faire frontière.--_Ms. B 3_: fortifier.

P. 122, l. 26: d’autre.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: courtoisement.

§ =340=. P. 122, l. 28: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés bien

oy recorder coumment li comtez de Ghines, connestablez de Franche, fu

pris à Kem en Normendie, et li comtez de Tancarville, et prisonnier

en Engleterre. Li dis connestablez de Franche acquist grant grace

en Engleterre dou roy premierement, de le roynne et de tous les

seigneurs, car il estoit doulx et courtois chevaliers durement. Si fu

là prisonniers l’espasse de cinq ans et plus, et se mist à finanche à

soissante mil escus. Et le recrut li roys englès sus se foy à renvoiier

se raenchon dedens ung jour qui mis y fu, ou de revenir tenir prison en

Engleterre.

Si rapasa le mer li dis comtes de Ghines, et vint en France et se

traist deviers le roy, dont il quidoit estre moult bien [amés], et

le salua et enclina enssi comme son seigneur. Li roys Jehans li

dist: «Comtes de Ghinnez, sieuwés nous.» Adonc se partirent de là et

entrèrent en une cambre. Se li moustra une lettre, et li dist: «Veistes

vous oncques mès ces lettrez chy?» Li connestables fu durement souspris

et mua couleur quant il vi la lettre, che dist on. Quant li roys le vi

abaubi, se li dist: «Ha! ha! mauvais traistres, vous avés bien mort

deservi; si morés, foy que je doy à l’ame à mon père.» Si le fist

tantost prendre et mettre en prison.

Cescuns fu dolens et esmervilliés dou connestable qui enssi en fu

menés, car il estoit durement animés. Et si ne savoit nulx pensser ne

adeviner pourquoy ly roys le faisoit. Et comment que ce fust, li roys

jura à l’endemain, par devant lez amis dou connestable qui prioient

pour li, que jammais ne dormiroit se li aroit fait copper le teste,

ne jà pour ung, ne pour autre, ne l’en respiteroit; si ques le nuit

meysmes li connestables eut la teste coppée en le tour dou Louvre: dont

li roys en fu durement blamméz, mès on n’en eult autre cose. Fºs 99 vº

et 100.

P. 122, l. 29: Clemens.--_Le ms. B 3 ajoute_: sixiesme. Fº 165.

P. 123, l. 2: Jehan.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: qui moult l’amoit.

P. 123, l. 8: et.--_Ms. B 4_: en. Fº 153 vº.

P. 123, l. 8 et 9: de Romme.--_Ms. B 3_: des cardinaux.

P. 123, l. 14: aherdans.--_Mss. B 3, 5_: adherens.

P. 123, l. 23: Kem.--_Ms. B 5_: Caen. Fº 362.

P. 123, l. 26: d’Eu et.--_Le ms. B 3 ajoute_: le conte.

P. 123, l. 29: able.--_Mss. B 3, 5_: habile.

P. 123, l. 29: frice.--_Ms. B 4_: frische.--_Ms. B 3_: frisque.

P. 124, l. 11: l’enclina.--_Ms. B 3_: s’enclina.

P. 124, l. 22: assouplis.--_Mss. B 3, 5_: esbay.

P. 124, l. 22: et pris deventrainnement.--_Ms. B 3_: et transy.

P. 125, l. 4: royaume.--_Le ms. B 5 ajoute_: et tenu prison pour cinq

ans. Fº 362.

P. 125, l. 5: onques.--_Le ms. B 3 ajoute_: riens. Fº 165 vº.

P. 125, l. 10: teste.--_Ms. B 6_: sans loy et sans jugement, et le fist

le roy faire de sa puissanche. Je ne say se che fut à droit ou à tort,

car de leur secret ne de leurs parlers ne de leur afaire je ne voel mie

parler trop avant; j’en poroie bien mentir: se vault mieux que je m’en

taise que j’en die chose que j’en soie repris. Fºs 456 et 457.

P. 125, l. 12: je le tieng.--_Ms. B 3_: il estoit.

P. 125, l. 12: vaillant.--_Ms. B 3_: noble.

§ =341=. P. 125, l. 20: Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps

estoient trieuwez en Franche par le pourcach dou cardinal de

Bouloingne, qui se tenoit en le cité de Paris, dallés le roy. Or

avint que ungs escuiers de Pikardie, qui gardoit le fort castiel de

Ghines, s’acorda si bien as Englès et à monseigneur Jehan de Biaucamp,

cappittainne de Callais, que, parmy une somme d’argent et de florins,

il delivra as Englès le castiel de Ghinnes. Et en furent bouté hors à

une journée chil qui le gardoient, et en eurent li Englès le possession.

Ces nouvellez vinrent à Paris au roi de Franche, comment li fors

castiaus de Ghinnes estoit perdus. Si en fu li roys durement

courouciés, et s’en complaindi au cardinal de Bouloingne coumment li

Englès en trieuwes avoient pris et emblé se forterèce. Li cardinaux en

escripsi à monseigneur Jehan de Biaucamp, et li manda que il avoit les

trieuwez enfraintez et que ce fust deffait et qu’il remesist le castiel

arrière. Messirez Jehans de Biaucamp respondi et rescripsi enssi, et

dist que il n’eschievoit nul homme en trieuwez et hors trieuwez à

vendre et achater maisons, terrez et hiretaiges. Si demora la cose en

cel estat, et n’en peurent li Franchois avoir autre cose. Fº 100.

P. 125, l. 20: Assés.--_Ms. B 6_: Encores endementiers que ly

cardinaulx de Boulongne estoit à Paris, le roy de Franche qui

avoit saisy le conté d’Eu et de Ghines, avoit donné le conté d’Eu

à monseigneur Jehan d’Artois, son cousin germain, et le conté de

Ghines tenoit il encore. Et avoit mis dedens le castiel de Ghines ung

castelain, escuier, que on nommoit de Bielconroy. Dont il avint que

messire Jehan de Biaucamp, qui estoit gardien et souverain de Calais

de par le roy d’Engleterre, fist tant parlementer à che castelain de

Ghines qu’il ly eult en couvent de livrer le castiel à certain terme.

Et me samble que che devoit estre par nuit, quant tout les compaignons

dormyroient, parmy une somme de florins, mais ne say quelle. Et

l’argent fut paiiet, et ly castieau livrés. Et y vinrent chil qui

entrèrent par batiel et par derière sus les marès qui sont grant et

large d’iauve: il n’y fait oncques sy secq qu’il n’y ait toudis plus de

deux lieues d’iaves de large. Les Englès entrèrent dedens baudement et

trouvèrent tout les saudoiiers qu’il estoient encores en leur lit. Il

ne leur firent nul mal, car la chose estoit faite ensy, mais il leur

disoient: «Or sus, ºr sus, seigneurs, vous avés trop dormy; levés vous,

et sy vidiés le castiel, car cheens ne demor[r]és plus.»

Les sauldoiiers furent moult esbahis, quant il virent ces Englès en

leur cambre entrer: il volsissent bien estre en Jherusalem. Et lors

s’armèrent et se partirent de laiens le plus tost qu’il porent tout

desconfis et barretés. Et estoient entre aulx moult esmervilliés de

ceste aventure; sy se mespensèrent de che Hue de Bielcoroy, pour che

que pluiseurs fois puis huit jours il avoit esté plus de fois hors que

les aultres fois acoustumé n’estoit: si le prirent, car il estoit adonc

avoecques yaus et li mirent seur le traison et oncques ne s’en seult

escondire ne escuser. Et fut menés à Saint Aumer et delivré à messire

Joffroy de Cargny, qui pour le tamps gouvrenoit la ville de Saint Omer

et les frontières d’ileuc de par le roy de Franche: liquelx mit à mort

ce Hue de Bielcoroy, seloncq la congnoissance qu’il fist. Fºs 460 et

461.

P. 125, l. 26: de.--_Ms. B 4_: à. Fº 154.

P. 126, l. 15: n’eskiewoit.--_Ms. B 3_: creignoit. Fº 155 vº.--_Ms. B

4_: n’esqueroit. Fº 154.

§ =342=. P. 127, l. 1 et 2: deseurain.--_Ms. B 3_: derrain. Fº 166.

P. 127, l. 8: ensongne.--_Ms. B 3_: exoine.

P. 127, l. 18: couls.--_Ms. B 4_: cousts. Fº 154 vº.

P. 127, l. 24: consent.--_Ms. B 3_: consentement.

P. 127, l. 26: n’estoit.--_Les mss. B 3 et B 4 ajoutent_: souffisant.

P. 128, l. 1: maison.--_Les mss. B 3 et 4 ajoutent_: noble.

P. 128, l. 9: detenue.--_Ms. B 3_: entretenue.

§ =343=. P. 129, l. 1: en ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps et

en celle saison avoit li roys de France un chevalier dallés luy, que

durement il amoit, avoecq qui il avoit estet nouris d’enfance, que

on clammoit monseigneur Carle d’Espaigne, et estoit ses compains de

touttez coses, et le creoit devant tous autrez. Et le fist li roys

Jehans connestablez apriès le mort dou comte de Ghines, et li dounna

une terre qui avoit estet en debat entre le roy son père et le roy de

Navarre, dont par l’ocquoison de celle terre, grant envie et haynne

s’esmurent entre les enfans de Navarre et monseigneur Carle d’Espaigne.

Li connestables s’afioit si en le puissance dou roy et en s’amour,

qu’il n’amiroit de riens le roy de Navare. Dont il avint un jour qu’il

estoit en Normendie entre l’Aigle et une autre ville, si fu là espiiés,

et le trouvèrent les gens le roy de Navarre, et fu ochis en son lit

d’un Navarois qui s’appelloit le Bascle de Maruel. Ces nouvellez

vinrent au roi de France que ses connestablez estoit mors; si en fu

trop durement courouchiés sus le roy de Navarre, et le enqueilli en si

grant haynne, quoyque il ewist sa fille espousée, que oncques puis ne

l’amma, si comme vous orés recorder avant en l’istoire. Fº 100.

P. 129, l. 17: felonnie.--_Ms. B 3_: villennie. Fº 166 vº.

P. 129, l. 21: temps.--_Ms. B 6_: Ceste hayne ne peult ºncques yssir de

son cuer, quelconque samblant que il moustra, mais tous jours pensoit

à luy faire contraire et s’en descouvry à aulcuns de son consail. Ung

jour s’avisa le roy de Franche qu’il le manderoit qu’il venist parler

à luy à Paris à ung certain jour et qu’il ne le laissa nullement. Or

avint que dedens che mandement aulcuns du secret consail du roi de

Franche s’en descouvry en confession au cardinal de Boulongne en grant

bien et ly reghey aulcune chose de l’intencion du roy son seigneur,

pour tant qu’il doubtoit que grant mal n’en venist.

Quant le cardinal entendy che que le roy Jehan avoit vollenté de

faire, il le fist sçavoir au roy de Navare son cousin tout secretement

qu’il ne venist mie au mandement du roy, car il doubtoit que mal ne

l’en venist: si ques par che point le roy de Navare ne ly venist point

au jour; mais il se tint tous garnis et prouveus en le conté d’Evrues

pour attendre le roy de Franche ºu ses gens, se il le volloient guerier.

Quant le roy de Franche vit che, il fut moult courouchiés, et ymagina

et apensa que messire Robert de Lorris avoit revellé son consail et che

qu’il volloit faire. Sy en fut le dit messire Robert ung grant tamps en

le malleyvolense du roy, et l’en convint vidier du royalme de Franche.

En che tamps revint le cardinal de Boulongne en Avignon. Fºs 466 et 467.

P. 129, l. 23: grandement.--_Le ms. B 3 ajoute_: en hayne.

P. 129, l. 24: dur parti.--_Ms. B 3_: grant soucy.

P. 129, l. 26: doubtés.--_Ms. B 3_: soucyés.

P. 129, l. 28: n’aroit.--_Le ms. B 3 ajoute_: au monde.

P. 129, l. 28: de.--_Ms. B 3_: que.

P. 130, l. 1: leur entente.--_Ms. B 3_: à leur volenté.

P. 130, l. 5: demandoient.--_Ms. B 3_: poursuivoient.

P. 130, l. 5 et 6: et qui.... sur lui.--_Ms. B 3_: et qui avoient

conspiré sa mort contre lui.

P. 130, l. 11: pour.--_Le ms. B 5 ajoute_: y.

P. 130, l. 20: aïr.--_Ms. B 5_: haïr. Fº 362 vº.

P. 130, l. 23 et 24: dalés.--_Ms. B 3_: avec.

P. 131, l. 9 et 10: villes.... mies.--_Ms. B 3_: villages, mais

plainctz ne furent mye. Fº 167.

§ =344=. P. 131, l. 25: un grant temps.--_Ms. B 6_: bien dix sepmaines.

Fº 467.

P. 131, l. 29 et 30: li articles.--_Ms. B 3_: les articles. Fº 167.

P. 132, l. 2: France.--_Ms. B 6_: Ce fu environ après Pasques, et à le

Saint Jehan Baptiste ensievant devoit fallir le respit entre le roy de

Franche et le roy d’Engleterre. En che meisme tamps, vint le roy de

Navare en Avignon et se complaindy au pape et à aulcuns cardinaus du

roy de Franche qui ensy le hayoit, et se luy sambloit qu’il ly faisoit

grant tort. Après se party le roy de Navare et s’en revint en son pais.

Fºs 467 et 468.

P. 132, l. 2: inspirée.--_Ms. B 3_: expirée.

P. 132, l. 6: reschei.--_Ms. B 3_: escheut.--_Ms. B 4_: eschei. Fº 155

vº.

P. 132, l. 19: au duc.--_Le ms. B 5 ajoute_: Jehan. Fº 363.

P. 132, l. 19: pareçons.--_Ms. B 3_: portions.--_Ms. B 4_:

parchons.--_Ms. B 5_: part.

§ =345=. P. 133, l. 16: Li rois.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés chi dessus

bien oy recorder coumment li roys de France hayoit en coer le jone roy

de Navare et ses frères, pour le mort de son connestable messire Carlez

d’Espaingne. Oncquez ceste haynne ne li peult yssir dou coer, quel

samblant qu’il li moustrast, et s’en descouvri à aucuns de son consseil.

Or avint que li roys de Franche le manda ung jour que il venist parler

à lui à Paris. Li roys de Navare, qui nul mal n’y penssoit, se mist au

chemin et s’en venoit à Paris droitement. Sus sa voie li fu segnefiiet

que, se il alloit à Paris deviers le roy, il aroit à souffrir dou

corps. Si retourna li roys de Navare à Chierebourcq, dont il estoit

partis, et grant hiretaige en Normendie qu’il tenoit de par sa femme.

Li roys sceut ces nouvelles coumment il estoit retournéz; si en

souppeçonna aucuns de son consseil qu’il ne l’ewissent revelé, et en

fu dou tout mescrus messires Robers de Loris. Et l’en couvint wuidier

France et aller demorer en Avignon dalléz le pappe, tant que li roys

ewist passés son mautalent.

Quant li roys de Navarre et si frère se virent en ce parti et que li

roys de France les haioit couvertement, si se coummencièrent à doubter

de lui, pour tant qu’il estoit trop crueulx. Et se pourveirent d’autre

part et fissent grans allianches au roy d’Engleterre, qui leur jura à

aidier et conforter contre le dit roy de Franche, et pourveirent leurs

castiaux et leurs garnisons. Fº 100.

P. 133, l. 17: hayne le fait.--_Ms. B 3_: indignation la mort. Fº 107

vº.

P. 133, l. 18: pooit.--_Ms. B 4_: pooient. Fº 155 vº.

P. 133, l. 21: costés.--_Ms. B 6_: Quant le roy de Navare eult esté et

visseté son royalme de Navare bien ung an, il entendy que le roy de

Franche avoit envoiiet puissance de gens d’armes sus les frontières

d’Evrues pour ardoir et essillier son pais. Sy se mist le roy de Navare

en mer à tout grant foison de gens d’armes et arriva en Normendie à

Chierbourch qui se tenoit pour luy. Sy pourvey ses fortresses du mieulx

qu’il pot pour contrester contre les Franchois.

Assés tost après s’apensèrent les deux frères de Navare qu’il

s’aliroient au roy d’Engleterre pour estre plus fors en leur guerre, ºu

cas qu’il ne pooient avoir pais au roy de Franche. Et eurent chertains

couvenanches ces deux rois ensamble. Et devoit le roy d’Engleterre le

saison après, à grant puissance de gens de gherre, ariver en Normandie

sur le pooir du roy de Navare et par là entrer en Franche.

Et bien supposoit le roy de Franche aulcune cose dont, affin qu’il fust

plus fors et mieulx amés en Normendie, et que plus y euist d’amis, il

pardonna à sire Godefroy de Harcourt tout son mautalent et cheaulx qui

son père le roy y avoit eus, et ly rendy toute sa terre de Coustentin.

Et revint le dit messire Godefroy en Franche en grant honneur et y fut

moult conjoys de tous les seigneurs et les barons de Normendie où il

avoit moult grant linage.

Ensy se demenèrent ces choses couvertement. Et avoit le roy Jehan

encuelliet en grant hayne les enfans de Navare, et n’estoit nulz qui

en peuist faire le pais. Quant che vint en may l’an mil trois cens

cinquante cinq, le roy d’Engleterre tint une moult grose feste et moult

noble en la cité de Londrez. A chelle feste eult moult grant foison de

chevaliers et de seigneurs, de dames et demoiselles, et dura la feste

quinze jours. Et y eult moult de belles joustes, et belle feste de tout

poins. En fin de la feste, il y eult grant parlement; et y fu messires

Phelippes de Navare, qui parconfruma les alianches du roy son frère au

roy d’Engleterre. Et eult le roy englès en couvent au dit monseigneur

Phelippe que moult efforchiement à la Saint Jehan Baptiste ensievant se

meteroit en mer et yroit prendre terre en Normendie sur le pooir du roy

de Navare. Et le roy de Navare ly devoit delivrer ses fortresses qu’il

tenoit en Normendie, pour mieulx grever Franche et constraindre ses

ennemis.

Encores fu là ordonné ly mariage du jouene conte Jehan de Monfort

et de l’une des filles du roy d’Engleterre, parmy tant que le roy

d’Engleterre eult en couvent au dit conte qu’il luy aideroit à

poursievir sa guerre contre la fème à monseigneur Charles de Blois qui

s’en tenoit hirtière et qui moult forte y estoit de villes, de cités

et de fortresses et ossy de grande baronnie et de bonne chevallerie,

Bretons, qui estoient de son acord. Et y faisoit toudis la damme bonne

guerre et forte, quoyque son marit messire Charles de Blois fust

prisonniers en Engleterre. Fºs 468 à 471.

P. 134, l. 17: Konces.--_Ms. B 3_: Conches.

P. 134, l. 26: Rosem.--_Ms. B 3_: Rozan.--_Ms. B 5_: Ros. Fº 363 vº.

P. 135, l. 1: cinq cens.--_Ms. B 4_: six cens. Fº 156.

P. 135, l. 5: en nom de cran.--_Ms. B 3_: pour le creancer.--_Ms. B 4_:

en nom de craon.

P. 135, l. 16: mil.--_Mss. B 3, 6_: deux mille.

P. 135, l. 16: deux mil.--_Ms. B 6_: six mille. Fº 471.

P. 135, l. 17: lui.--_Ms. B 6_: Et che fu acordet à le requeste et

prière d’aucuns barons de Gascongne, qui là estoient venu veoir le

roy leur seigneur, tels que le seigneur de Labreth, messire Jehan de

Pumiers, messire Elies de Pumiers, le sire de Lespare, le sire de

Chaumont, le sire de Muchident et messire Aymers de Tharse. Fº 471.

P. 135, l. 18: li contes.--_Le ms. B 3 ajoute_: de Quenfort. Fº 168.

P. 135, l. 21: le baron de Stanfort.--_Ms. B 6_: Richard de Stanfort.

Fº 168.

P. 135, l. 22: milleurs.--_Ms. B 3_: merveilleux.

P. 135, l. 24: d’eur.--_Ms. B 5_: de honneur.

P. 135, l. 26: et.--_Le ms. B 3 ajoute_: mis.

P. 135, l. 26: Là estoient.--_Ms. B 6_: ossy le sire de le Ware, le

sire de Willeby, messire Guillaume filz à Wervic, le sire de Despensier

et sy doy frères, Thomas et Hues, qui devinrent chevaliers en che

voiage, le sires de Felleton, messire Berthemieulx de Bruch, messire

Estievenes de Gensesenton, le sires de Bercler, le sire de Briseton,

messire Noel Loruich, messire Richart de Poncardon, messire Daniaus

Pasèle, messire Denis de Morbecque, messire Ustasse d’Auberchicourt,

messire Jehan de Gistellez et pluiseurs aultres, que je ne puis

mie tout nommer. Dont, environ le Saint Jehan, tout ches seigneurs

chevaliers et toutes gens d’armes et archiers se partirent d’Engleterre

et montèrent à Hantone bien pourveu de gros vaisseaulx et de belle

navire et allèrent devers Gascongne. Fº 472.

P. 135, l. 28: Brues.--_Ms. B 4_: Brouhes. Fº 156.

P. 135, l. 30: Estievenes.--_Ms. B 5_: Estienne. Fº 363 vº.

P. 136, l. 2: Ustasses.--_Ms. B 3_: Ytasse.--_Ms. B 4_: Wistaches.

§ =346=. P. 136, l. 10: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Et avint que

li rois d’Engleterre, sus le confort dou roy de Navare, fist ung

très grant mandement par tout son royaumme, et eut bien quatre cens

vaissiaux appareilliéz sus mer. Si entrèrent ens touttes mannierrez

de gens d’armes et d’archiers, et s’en vinrent singlant pour arriver

en Normendie; mès li vens leur fu toudis si contrairez que bien six

sepmainnez qu’il furent sus l’aige, il ne peurent prendre terre à

Chierebourch, là où il tiroient et tendoient à ariver.

Li roys de France, qui estoit enfourméz de l’armée dou roy d’Engleterre

et des alliances qu’il avoit au roy de Navarre, fu adonc si consilliéz

parmi bonnes gens qui s’en ensonniièrent, et par especial li

cardinaux de Bouloingne, que on les mist à acord. Et fu ensi dit au

roy de Franche que il valloit trop mieux que il se laisast à dire

et refrennast son coraige que donc que ses royaummes fust nullement

foulléz ne grevés.

Si descendi adonc li roys de France à l’ordonnance de ses gens, et fist

paix au roy de Navare. Et li pardonna li roys de France, par samblant,

tous ses mautalens. Et dubt li roys de Navarre adonc, par paix faisant,

deffiier le roi d’Engleterre; mais il n’en fist riens et s’en seut bien

dissimuler. Fº 100.

P. 136, l. 11: en mer.--_Ms. B 6_: sur le rivière de Tamisse. Fº 473.

P. 136, l. 12: deus mil.--_Ms. B 6_: trois mille. Fº 473.

P. 136, l. 12 et 13: quatre mil.--_Ms. B 6_: dix mille archiés et cinq

mille hommes de piet, Gallois et aultres, quy ont usaige de suir les

gerres. Là estoient des seigneurs englès avecques le roy, le duc de

Lenclastre, son cousin, et ung des filz du roy, que on appeloit Jehan

conte de Richemont, et povoit estre en l’eaige de seize ans, le conte

de Pennebrucq, le conte d’Arondel, le conte de Northonne, le conte

de Kenfort, le conte de Cornuaille, le conte de la Marche, le sires

de Persy, le sires de Ros, le sires de Grisop, le sire de Noefville,

mesirre Richart de Bennebruge, l’evesque de Lincolle et chilz de Duren,

le sire de Monbray, le sire de Fillvastre, mesire Gautié de Mauny,

le sire de Multonne, mesire James d’Audelée, messire Pière d’Audelée

frères, le sire de Lantonne et pluiseurs aultres barons et chevaliers,

bien en point de servir le roy.

Sy se partirent du havre de Londres sur la Tamise et vinrent à chelle

prumière marée gesir à Gravesaindez, et lendemain au soir à Mergate.

Quant il se furent de là desancrés à l’autre marée, il entrèrent en mer

et costioient Engleterre et Boulongne et tout le Pontieu, en approchant

de Normendie. Bien estoient veu des costes de Franche, mès mies ne

sçavoient quelle part il volloient traire.

Dont ces nouvelles furent raportées au roy de Franche et à son consail

que le roy d’Engleterre, à plus de deux cens vaissiaulx, que uns que

aultres, et estoit sur mer, et prendoit le chemin de Normendie. Sy

vinrent aulcun grant seigneur de Franche, telz que le duc de Bourbon,

messire Jacques de Bourbon frères, le duc d’Athènez, connestable de

Franche, le conte d’Eu messire Jehan d’Artois et pluiseurs aultres

grant seigneur du conseil du roy qui seurent les couvenenches et les

traitiés qui estoient entre le roy d’Engleterre et le roy de Navare. Sy

considerèrent que parmy chel acord le roialme de Franche pouroit estre

destruit. Sy parlèrent au roy Jehan et ly remoustrèrent tant de raisons

souffisans qu’il convint qu’il s’enclinast à leur conseil, combien que

che fust contre son coraige. Fºs 473 à 475.

P. 136, l. 15: Stafort.--_Mss. B 4, 5_: Stanfort. Fº 156 vº.

P. 136, l. 15: le Marce.--_Ms. B 3_: la Mare. Fº 168.

P. 136, l. 16: Hostidonne.--_Ms. B 3_: Antiton.

P. 136, l. 23: Symons de Burlé.--_Mss. B 3, 5_: Symon Burlé.

P. 137, l. 4: à l’encontrée de.--_Ms. B 4_: à l’encontre.--Ms. B 5: qui

est contre. Fº 364.

P. 137, l. 15: li pooit.--_Ms. B 3_: le pourroit.

P. 137, l. 15: ou cas que.--_Ms. B 3_: si d’aventure.

P. 137, l. 16: possessoit des villes et des chastiaus.--_Ms. B 3_:

mettoit les Anglois ès villes et chasteaux.

P. 137, l. 17: valoit.--_Ms. B 3_: seroit.

P. 137, l. 18: laissast à dire.--Ms. B 3: envoiast.--_Ms. B 4_: se

laissast à dire.

P. 137, l. 21: conception.--_Le ms. B 3 ajoute_: et qui jà estoit.

P. 137, l. 22: aïr.--_Ms. B 3_: ire.

P. 137, l. 23: se rafrena.--_Ms. B 3_: refrena.

P. 137, l. 23 _à_ 25: et laissa... Navare.--_Ms. B 3_: embesoigna de

ses gens devers le roy de Navarre.

P. 137, l. 25: Chierebourch.--_Le ms. B 4 ajoute_: devers le roy de

Navare.

P. 137, l. 25 et 26: li evesques de Bayeus.--_Ms. B 6_: li archevesques

de Sens. Fº 475.

P. 137, l. 32: retournées.--_Ms. B 3_: remoustrées.

P. 138, l. 3: d’Engleterre.--_Ms. B 6_: Tant fut traitié et parlementé

entre le roy Jehan de Franche et le roy de Navare que une journée fut

prinse de faire l’acord entre Paris et Evreus, et convint adonc que

le roy de Franche venist hors de Paris pour parlementer au roy de

Navare. A che parlement fut acordet que le roy Jehan renderoit au roy

de Navare toute[s] les terres qu’il avoit devant donné à monseigneur

Charles d’Espaigne: pour quoy il fut ochis, et dont le haine venoit, et

ly rendy tous les hirtaiges et les proufis que il et le roy son père

en avoient levet pas l’espasse de vingt ans, qui povoit monter plus de

six vingt mille florins. Et parmy chou bonne pais, et devoit estre le

roy de Navare establis de donc en avant au roy Jehan et au royalme de

Franche et contremander les couvenanches du roy d’Engleterre toutes

telles que il les i avoit. Et encores avoecq che, le roy de Navare et

ses frères povoient chevauchier par tout le royalme de Franche à tout

cent bachinés ou cent glaives, sans meffaire, s’il leur plaisoit. Et,

toutes ces choses ordenées et confermées et saillées, le roy de Franche

retourna à Paris, et le roy de Navare et ses frères retournèrent à

Evreus. Fº 476.

§ =347=. P. 138, l. 11: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Li roys

d’Engleterre fu enfourmés de celle paix, qui gisoit sur mer à l’ancre à

l’encontre de l’ille de Grenesie; si se retraist adonc vers Engleterre;

mès pour ce que il avoit ses gens assamblés, il lez vot emploiier et

fist tourner toutte se navie à Calais, et là ariva. Si yssirent li

Englès de lors vaissiaux et sen vinrent logier à Callais, et li roys ou

castiel.

Chroniques de J. Froissart, tome 04/13 · 第 35 / 41 段