--_Ms. de Rome_: Et passèrent (les Anglais) la rivière et vinrent

devant la ville de Saint Jehan l’Angelier, et se ordonnèrent pour le

assegier. A ce jour que les Englois vinrent là, il n’i avoit dedens

nulles gens d’armes. Et tout li chevalier et esquier de Poito et de

Saintonge estoient retrait en lors forterèces, et les gardoient au

mieuls que il pooient; ne nulle asamblée il ne faisoient, mais estoit

li pais ensi que tous desconfis. Qant chil de Saint Jehan veirent

que il aueroient le siège, si doubtèrent le lour à perdre, fenmes et

enfans, et lor ville arse, et ne lour apparoit confors de nul costé.

Si tretiièrent deviers les Englois à euls rendre et mettre en lor

obeisance, salve lors corps et lors biens. Li Englois entendirent as

lors trettiés, et entrèrent en la ville de Saint Jehan, et en furent

signeur et prissent les fois et la segureté des hommes de la ville. Et

s’i rafresqirent trois jours et puis passèrent oultre, et prissent le

cemin de Poitiers, et tant esploitièrent que il i parvinrent. Qant chil

de la chité de Poitiers entendirent que les Englois venoient ensi sus

euls, si furent tout esbahi.

Li contes Derbi et les Gascons et Englois, qui en sa compagnie

estoient, avant que il parvenissent à Poitiers, il vinrent devant

Monstruel Bonnin, où il avoit pour ce temps plus de deus cens

monnoiiers, qui là forgoient et faisoient la monnoie dou roi. Et

estoient chil monnoieur de pluiseurs nations et dissent: «Entre nous

sons en forte place assés; trop bien nous nos deffenderons.» Qant les

Englois et Gascons furent là venu, il envoiièrent dire à ces ouvriers

de monnoie que il se vosissent rendre, ou il aueroient l’assaut.

Il respondirent orguilleusement que il ne faisoient compte de lors

manaces. Qant les Englois entendirent ce, si furent tout courechiet,

et dissent que il ne se departiroient point ensi. Si conmenchièrent

à asallir la forterèce de Monstruel Bonnin, moult asprement, pour le

convoitise de le gaegnier; car il i esperoient à trouver grant argent,

pour tant que li monnoiier i estoient et le tenoient. Ce premier jour,

il ne le porent conquerir; mais au secont jour, toutes gens alèrent à

l’asaut de si grande volenté et si bien se esprouvèrent que de force il

le prissent. Et entrèrent dedens Englois et Gascons et ocirent tout

ceuls que il i trouvèrent, et i conquissent grant finance en monnoie

apparillie; et encores ne vint pas tout à congnissance. Qant il se

deubrent departir de Monstruel Bonnin, il ardirent la ville, mais i

retinrent le castel pour euls et i laissièrent quarante archiers, pour

le garder, et lor baillièrent un capitaine qui se nonmoit Richart

Fouque; et puis passèrent oultre et chevauchièrent viers Poitiers.

Les hommes de la chité de Poitiers estoient tout segnefiiet de la

venue des Englois, et conment sus lor cemin il avoient pris villes et

castiaus. Si en estoient tant plus esbahi, et ne sentoient pas lor

ville forte assés; mès sus la fiance de auquns chevaliers et esquiers

dou pais qui dedens s’estoient boutet et requelliet, tels que li sires

de Tannai Bouton, li sires de Puissances et li sires de Cors et lors

gens, il se confortoient. Nequedent, li plus riche avoient widiet lors

coses les millours et envoiiet oultre à Chasteleraut et d’autre part,

et lors fenmes et lors enfans, pour estre à sauveté.

Vous devés savoir que Poitiers est une très grande chité, et de forte

garde et perileusse, et moult raemplie d’eglises et de moustiers. Et

très que les Englois se departirent de Bourdiaus, avoient ils jetté lor

visée de venir à Poitiers, et de euls mettre en painne dou prendre, sus

la fiance de avoir i un très grant pourfit. Qant il furent venu par

devant, et li signeur l’orent avisée, et conment elle estoit de grant

garde, si dissent que elle estoit trop bien prendable. Si se logièrent

ce premier jour devant, sans faire nul samblant de l’asalir, et

envoiièrent lors coureurs tout autour sus le pais et trouvèrent assés à

fourer, car li pais estoit raemplis de vivres, et les gragnes plainnes

de tous biens, de bleds, de fains et d’avainnes, et les celiers plains

de bons vins. Si prendoient les Englois, desquels que il voloient, et

le demorant laissoient.

Qant ce vint à l’endemain, il se departirent en siis pars, et envoiia

li contes Derbi asallir en siis lieus les Englois et les Gascons. Et

estoient en casqune de ces batailles, les archiers partis ouniement.

Et tout à une fois les siis assaus conmenchièrent, dont chil de la

ville furent tout esbahit, car il ne sceurent auquel lés entendre.

Li gentilhomme qui dedens Poitiers estoient, se missent au deffendre

vaillanment, mais il ne porent pas partout entendre. Et ces archiers

traioient si ouniement que nuls ne s’osoit bouter en lor trait. Et

entrèrent de deus assaus la première fois dedens Poitiers: ce furent li

sires de Copane et sa banière, et li sires de Ponmiers et sa banière.

Qant li chevalier et esquier veirent que on les avoit efforciés, et que

lors ennemis entroient ens, si se retraisent au plus tos que il porent

deviers le chastiel, et se boutèrent dedens. Et aussi s’i requellièrent

grant fuisson de ceuls de Poitiers. Et moult de hommes, de fenmes et de

enfans prissent les camps par deus portes qui furent ouvertes, et se

sauvèrent. Et chil qui demorèrent furent ens ou dangier de lors ennemis

qui n’en avoient nulle pité, mais i ot ce jour grande ocision. Fº 128.

P. 12, l. 10: l’Angelier.--_Mss. A 1 à 14, 18 à 33, B 3_: d’Angeli. Fº

155.--_Mss. A 15 à 17_: d’Angele. Fº 154 vº.

P. 12, l. 26: de Riom.--_Ms. B 3_: du Rion. Fº 138.

P. 13, l. 16: chevaliers.--_Les Mss. A 15 à 17 ajoutent_: et moult

vaillant homme d’armes. Fº 155.

P. 13, l. 21: Saint Maximiien.--_Ms. B 3_: Saint Maixent. Fº 138.

P. 13, l. 23: estoient.--_Ms. B 6_: Après il (le comte Derby) s’en ala

par devers Luzegnen; sy prirent la ville, car les bourgois se rendirent

par acord et se racatèrent pour une somme de florins; mais au chastiel

n’aprochèrent il point, car il est trop fort: il eussent perdu leur

paine à l’asallir. Puis s’en vint à Baionne, mais il n’i firent point

de damaige, car les bourgois et les hommez de la ville se composèrent

au dit conte. Après les Englès s’en alèrent par devers Monstreau Bonin,

là où on forgoit grant foison de monnoie de par le roy de Franche: sy y

pensoient les Englès de y trouver grant finanche. Monstreul Bonin est

ung bieau castieau et fors. Fºs 353 et 354.

P. 13, l. 24: Moustruel Bonin.--_Mss. A 1 à 6_: Monstereul Bonin. Fº

155 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Monstrueil Boinin. Fº 222.--_Mss. A 23 à

29_: Montereul Bonnin. Fº 172.--_Mss. A 30 à 33_: Monstruel Boyvin. Fº

192.--_Ms. B 3_: Montereul Bonin. Fº 138.

P. 14, l. 9: gens.--_Ms. A 29_: Quant li contes Derbi eut conquis les

chasteaux et forteresses dessus declarées, il conclud de venir à tout

son ost assieger la cité de Poictiers, laquelle estoit lors grande et

esparse, et y avoit assez de terre labourée à la fermeté. Toutefoys il

l’assiegea à l’un des lés, car il n’avoit pas tant de gens que pour

l’assieger de tous costés. Si commanda incontinent que l’assaut y fust

donné. Et ceux de la ville, qui estoyent un grand nombre de gens et

la pluspart populaires et mal aidables en tel cas, se defendirent si

bien que pour ce jour les gens du conte ne peurent rien conquerir

sur la cité; ainçois moult las et travaillés, à tout plenté de fort

blecés, ils se retrairent sur le soir à leur logis. Quant vint le

matin, aucuns des chevaliers du conte, qui moult desiroient à gaigner,

se firent armer et montèrent à cheval, puis chevauchèrent autour de la

ville, pour aviser où elle se pourroit plus tost gangner d’assault.

Et quant ils eurent partout avisé, ils raportèrent au conte ce qu’ils

avoient veu et trouvé, lequel trouva en son conseil d’assaillir le

lendemain la cité en trois lieux et mettre la greigneur partie de ses

gens d’armes et archers en un endroit où il faisoit le plus foible, et

ainsi fut faict. Mais il n’y avoit adonc en la ville, nul gentilhomme

de nom, qui sceut que c’estoit d’armes; et aussi n’estoit elle mie fort

artillée, ne haut murée en maint lieu, ne ordonnée tellement qu’on

peust tost aller d’une deffense à l’autre. Les Angloys commencèrent à

assaillir par grand randon, et ces archers à tirer sans arreste: si que

les bourgeoys et manans ne se savoyent où tenser, pour les saiettes

qui mallement les navroyent, comme gens mal armés et mal paveschés la

pluspart qu’ils estoyent. Et si fut si bien continué cel assault, que

les gens du conte entrèrent en la cité par le plus foible quartier.

P. 15, l. 10: dedens.--_Ms. A 29_: Si tost que les Poitevins se veirent

ainsi conquis par les Angloys, ils se mirent en fuite, sans autre

resistance monstrer, au plus tost qu’ils peurent, par aucunes des

portes; car en la cité il y avoit plusieurs yssues, mais il en demoura

de tués, que uns que autres, plus de trois cens de venue, et depuis

plus de quatre cens, car les gens du conte mettoient tout à l’espée,

hommes, femmes et enfans. Si fut ce jour la cité toute courue et robée

de toutes parts, qui estoit pleine de grandes richesses et de tous

biens, tant de bourgeois, marchans et habitans, comme de ceux du plat

pais qui en la cité s’estoyent retraicts. Si destruirent iceux gens

du conte Derbi plusieurs eglises, et y firent de moult grans desroys,

et plus eussent faict; mais le dict conte commanda sus la hart que

nul ne boutast feu en eglise ne en maison, car il se vouloit là tenir

dix ou douze jours. Lors cessèrent en partie les maux à faire par la

cité, mais encores en fit on par les maisons assez en larrecin. Si tint

le conte la cité douze jours, et plus l’eust tenue s’il vousist car

personne du monde ne luy venoit calenger; mais trembloit tout le pays à

l’environ, que rien n’estoit demouré dehors les grandes garnisons.

P. 15, l. 15: six cens.--_Ms. B 6_: bouchiers et aultres gens de

mestier, et toute la chité courue et robée, et maisons brisies, et

eglises et femmes et pucelles violées. Dont che fu grant pité, mais en

fait de guerre n’y a nul remède ne point de merchy. Fºs 354 et 355.

§ =294=. P. 16, l. 3: Ensi.--_Ms. d’Amiens_: Si se avisèrent li Englès

et li Gascon, l’un par l’autre, que il avoient assés esploitié pour ce

voiaige et n’iroient plus avant, mès retouroient et metteroient le leur

à sauveté. Si retournèrent et vinrent à Saint Jehan l’Angelier, et là

se reposèrent il et rafresquirent, et puis retournèrent à Bourdiaux,

dont il estoient parti; et se departirent touttes ces gens d’armes. Et

assés tost apriès, s’ordonna li comtes Derbi pour venir à Calais. Fº 97.

--_Ms. de Rome_: Ensi orent en ce temps les Englois et les Gascons

la chité de Poitiers, et i fissent che que il vorrent. Elle fu toute

courue; et grandement i pourfitèrent les Englois et i sejournèrent

quatre jours. Et qant il se departirent, tout cargiet d’or et d’argent,

de draps, de pennes et de jeuiauls, il boutèrent le feu dedens, car

il n’orent pas consel de le tenir: liquels feus fu si grans et tant

mouteplia que pluisseurs eglises furent arses et peries, dont ce fu

pités et damages.

Et s’en retournèrent les Englois viers Bourdiaus par un aultre cemin

que il n’estoient venu, et rentrèrent en Bourdiaus tout rice et toursé

de bonnes coses. Et orent sus ce voiage les Englois et les Gascons plus

de quatre cens prisonniers, lesquels ils rançonnèrent, qant il furent

venu à Bourdiaus, tout à lor plaisance; et en recrurent courtoisement

les auquns sus lors fois, qui depuis paiièrent à lor aise, car en tels

coses Englois et Gascons ont esté moult courtois. Qant li contes Derbi

fu retournés à Bourdiaus, il donna à toutes gens d’armes congiet, et se

ordonna de monter sus mer, et de venir devant Calais veoir son signeur

et cousin le roi d’Engleterre que moult desiroit à veoir; et fist ses

pourveances de nefs, de vassiaus et de balenghiers sus la rivière de

Geronde, devant la bonne chité de Bourdiaus. Nous retournerons as

besongnes d’Engleterre, et parlerons dou roi David d’Escoce et des

Escoçois, qui fist en celle saison une grande asamblée en Escoce, pour

entrer en Engleterre et destruire le pais. Fº 129.

P. 16, l. 5: douze.--_Ms. B 6_: quinze. Fº 355.

P. 16, l. 6: nuls.--_Les mss. A 1 à 6 ajoutent_: ne lui menoit guerre.

Fº 156.--_Mss. A 10 à 22_: n’y mettoit quelque empeschement. Fº 223.

P. 16, l. 6: calengier.--_Mss. A 1 à 6, 30 à 33_: chalengier. Fº

156.--_Mss. A 23 à 29_: au devant. Fº 172 vº.--_Ms. B 3_: empescher. Fº

139.

P. 16, l. 8: Englès.--_Ms. B 6_: car tous les jours il couroient

jusques au Casteleraut et jusques à Chauvegni, pillant et robant villes

et villaiges et tout che qu’ils trouvoient, et revenoient au soir

dedens la chité de Poitiers. Fº 355.

P. 16, l. 10: demoré.--_Ms. B 3_: dedens les fors et grandes garnisons.

Fº 139.

P. 16, l. 10: dehors.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: fors les forts.

Fº 156.

P. 16, l. 13: de grant garde.--_Mss. A 20 à 22_: de grant tour. Fº

223.--_Ms. B 3_: grande. Fº 139.

P. 16, l. 17: compte.--_Ms. B 6_: de blanche monnoie. Fº 355.

P. 16, l. 19: l’Angelier.--_Ms. B 6_: Quant le conte Derby et toute sa

route fut revenue à Saint Jehan, on les rechut à grant joie, les plus

par forche, et les mains par amour. Fº 355.

P. 16, l. 31: soupers.--_Le ms. B 3 ajoute_: et banquets. Fº 139.

P. 16, l. 31: les tenoit.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 22_: se tenoit. Fº 160

vº.

P. 17, l. 1: sejourné.--_Ms. B 6_: environ quinze jours. Fº 356.

P. 17, l. 4: le ville.--_Le ms. B 3 ajoute_: et fit maire le plus riche

homme d’icelle. Fº 139.

P. 17, l. 7: le bon.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et droit. Fº 155

vº.

P. 17, l. 9: parti.--_Ms. B 6_: mais il laissa bien deux cens Englès

par les fortressez qu’il avoit conquis et ung chevalier à cappitaine

que on clamoit monseigneur Richart de Hebedon. Fº 356.

P. 17, l. 13: Gascons.--_Ms. B 6_: et bidaults. Fº 356.--_Mss. A 20 à

22_: et Anglois. Fº 223 vº.

P. 17, l. 15: devant.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 22_: devers. Fº 160 vº.

P. 17, l. 17: roy.--_Ms. B 6_: David. Fº 356.

§ =295=. P. 17, l. 18: Je me sui.--_Ms. d’Amiens_: En tamps que li

rois d’Engleterre seoit devant Calais, s’esmurent li Escot et entrèrent

en Engleterre moult efforceement apresté pour tout ardoir, et passèrent

entre Bervich et Rosebourcq. Si estoient en le compaignie dou roy

d’Escoce li comtes Patriz, li contes de Moret, li contes de Douglas,

li contes de Surlant, li contes de Mare, li contes de Fi, messires

Robiers de Verssi, messires Simons Fresel, Alixandrez de Ramesai et

pluisseur autre, et estoient bien deux mil hommes d’armes et vingt mil

d’autrez gens. Li roynne d’Engleterre, qui pour le temps se tenoit sus

les marches de Northombrelant, entendi que li Escot avoient fait ung

grant mandement et volloient entrer en Engleterre. Si fist une semonsce

de gens d’armez par tout le royaumme d’Engleterre, là où elle penssoit

qu’il fuissent, et leur mist journée à estre au Noef Castiel sur Thin,

pour resister contre les Escos. Li pays estoit adonc mout wis de gens

d’armes, car il estoient avoecq le roy devant Callais, et ossi avoecq

le comte Derbi en Gascoingne, et s’en y avoit ossi en Bretaingne, qui

là faisoient gherre. Nonpourquant, la bonne damme assambla de gens ce

qu’elle en peult avoir, et s’en vint au Noef Castiel sur Thin. Et là se

requeillièrent et assamblèrent li Englès, et se missent sour lez camps

pour combattre les Escos, qui estoient assés priès de là. Fº 97.

--_Ms. de Rome_: Qant li rois de France et ses consauls veirent que

li rois d’Engleterre et les Englois estoient aresté devant Calais et

tellement fortefiiet et ordonné que on ne lor pooit porter contraire

ne damage ne lever le siège, si en furent moult courouchié; car de

perdre une telle ville que Calais est, ce pooit estre trop grandement

au blame et ou prejudice dou roiaulme de France, et par especial des

marces et frontières de Piqardie. Si jettèrent lor visée li François

que il feroient le roi d’Escoce et les Escoçois resvillier, et entrer à

poissance au lés deviers euls, ens ou roiaulme d’Engleterre, et ardoir

et essillier tout devant euls. Il n’i veoient aultre remède, car qant

les Englois aueroient ces nouvelles, pour obviier à l’encontre, il se

departiroient dou siège de devant Calais et s’en retourneroient en

Engleterre.

Li rois d’Engleterre, qui seoit devant Calais, avoit bien imaginet

et consideret, et son consel aussi, toutes ces besongnes, et que

voirement les Escoçois qui desiroient à contrevengier les damages et

despis que les Englois lor avoient fais, poroient entrer en Engleterre

et faire i un grant damage. Et si n’estoit pas li pais bien pourveus

pour le deffendre et garder à l’encontre des Escoçois; car il tenoit

là au siège devant Calais toute la flour de la bonne chevalerie

d’Engleterre; et aussi son cousin li contes Derbi en avoit grant

fuisson en sa compagnie en Gascongne: si ques, pour toutes ces doubtes

et inconveniens qui pooient avenir, le roi d’Engleterre, venu devant

Calais, et basti son siège en la fourme et manière que vous avés oï

recorder, il ordonna que li sires de Persi, li sires de Noefville, li

sires de Roos et li sires de Lussi retourneroient en Engleterre, à tout

deus cens lances et cinq cens archiers, et iraient en Norhombrelande

garder la frontière contre les Escoçois.

Encores demoroient gens assés au roi d’Engleterre pour furnir et tenir

son siège, parmi le moiien de ce que nuls ne pooit venir sus euls,

tant estoient il bien fortefiiet. Et aussi les Flamens de Flandres

escripsoient et envoioient souvent deviers le roi d’Engleterre, en

li remoustrant, conme si soubject, amic et aloiiet, que, qant il les

vodroit avoir et ils leur segnefieroit, il le venroient dou jour à

l’endemain servir à soissante mille hommes. Li rois d’Engleterre ne

renonçoit pas à ce comfort, mais les tenoit à amour moult grandement:

si ques, sus lor fiance et confort, ils s’estoit priès pris de

renvoiier ces quatre barons desus nonmés en Engleterre. Et qant il i

furent venu, il trouvèrent la roine Phelippe d’Engleterre, qui n’estoit

pas esbahie, mais, conme vaillans dame, requelloit et asambloit gens de

toutes pars; et estoit la bonne dame traite en la chité de Evruich, que

on dist Iorch.

Si fu la dame moult resjoïe de la venue des quatre chevaliers desus

dis et des bonnes nouvelles que elle ot de son signeur et mari, le roi

d’Engleterre. Et se ordonnèrent tout l’un parmi l’autre, atendans le

roi d’Escoce et les Escoçois qui estoient issu d’Escoce et jà entré ens

ès frontières de Norhombrelande, et ardoient et essilloient à lor pooir

tout le pais. Et estoient plus de quarante mille; ne nuls n’estoit

demorés derrière, de qui on se peuist aidier. Fº 129 rº et vº.

P. 17, l. 21: prisent.--_Ms. B 6_: à durer trois ans. Fº 356.

P. 18, l. 21: Adultilles.--_Ms. B 3_: Adulailles. Fº 139 vº.

P. 18, l. 29: qui se tenoit.--_Ms. B 6_: adonc en Nothingen. Fº 358.

P. 18, l. 29 et 30: de Evruich.--_Mss. A 15 à 17_: d’Eurich. Fº

156.--_Mss. A 23 à 29_: de Bervich. Fº 173 vº.--_Ms. B 3_: de Everuich.

Fº 139 vº.

P. 18, l. 30: enfourmée.--_Ms. B 6_: car tous jours avoit elle ses

espies sur les marches d’Escoche, et en estoit moult soigneuse, pour

tant que ly rois ses sires n’estoit mies ou pais. Quant la roine

entendy que ly Escos estoient assemblez pour entrer ºu pais, elle se

party hastivement de Nothingen et s’en vint devers le Neuf Castel

sur Thin et envoia par tout le pais de Northonbreland et par toute

le province d’Iorc et de Camtorbie as chevaliers et as escuiers qui

demorés estoient en Engleterre, as evesques et as abbés, à contes et

gens qui valloir povoient. Fº 358.

P. 19, l. 4: d’Iorch.--_Mss. A 11 à 14_: de Diorch. Fº 149.--_Mss. A 23

à 29, 30 à 33_: d’Ebruich. Fº 174 vº.

P. 19, l. 5: Evruich.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 22_: Bervich. Fº 157.

P. 19, l. 10: signeur.--_Ms. A 29_: qu’à tout ce qu’ils poroient

recouvrer de gens d’armes, ils vinssent vers elle.

P. 19, l. 11: Evruic.--_Mss. A 1 à 6_: Bervich. Fº 157.--_Mss. A 15 à

17_: Ewruich. Fº 156.--_Mss. A 18 à 22, B 3_: Bervich. Fº 224.

P. 19, l. 21: Nuef Chastel.--_Mss. A 15 à 17_: Neuf Chasteau. Fº 156 vº.

§§ =296= à =299=. P. 19 à 29: Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Si recoummanda

la ditte roynne touttes ses besoingnes et ses gens d’armes et archiers

en le garde de quatre prelas et quatre barons qui là estoient:

l’arcevesque de Cantorbie, l’arcevesque d’Iorch, l’evesque de Durem

et l’evesque de Lincolle; et les barons: le seigneur de Persi, le

seigneur de Nuefville, le seigneur de Moutbray et le seigneur de Luzi.

Si se traissent ces gens d’armes d’Engleterre et chil archier, qui

n’estoient non plus de huit mil hommes, ungs c’autres, sus les camps et

ordonnèrent trois bataillez bien et faiticement, les archiers sus elle,

enssi que bien sèvent faire, et les gens d’armes apriès. Là eut grande

bataille et dure, car Escot sont mout bonne gens et dure, et qui, pour

ce tamps, heoient trop les Englès pour les grans dammaigez qu’il leur

avoient fais; et si estoient adonc là grant fuisson: si les amiroient

petit. Là eut otant de grans appertisses d’armez faittez que on ewist

oy parler de grant tamps. Et se prendoient li Englès, qui n’estoient

que ung peu de gens, moult priès de bien faire, et fissent tant par

leur proèce et hardement que il obtinrent le place. Et fu là pris li

roys David d’Escoce d’un escuier englèz qui s’appielloit Jehans de

Copelant, à qui li roys d’Engleterre fist depuis grant prouffit, et li

donna toutte la terre que li sirez de Couchi, pour le temps, tenoit en

Engleterre. Et furent là mort et pris tout li plus grant partie des

seigneurs d’Escoche. Ceste bataille fu assés priès dou Nuef Castiel

sur Tin, l’an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens quarante six,

par un mardi, l’endemain dou jour de Saint Mikiel, en septembre. Si

devés savoir que li roys d’Engleterre sceut grant gret à ses gens qui

là avoient estet et qui si bien s’i estoient porté que desconfi ses

ennemis et pris le roy d’Escoce son adversaire. De la joie qu’il en

eult, ne vous voeille je mies longement parler, mès nous retourons au

siège de Calais. Fº 97.

P. 19, l. 23: Entrues.--_Ms. de Rome_: Entrues que la royne

d’Engleterre avoit fait son asamblée et faisoit encores en la marce et

la frontière d’Iorch, li rois David d’Escoce et les Escoçois, à trois

mille armeures de fier, chevaliers et esquiers, et bien trente mille

de aultres gens, tout homme de guerre et en pourpos de courir toute

Engleterre, car il le sentoient desnuée de gens d’armes et d’archiers,

entrèrent au lés deviers Rosebourch, en la terre le signeur de Persi.

Et vinrent un jour à Annuich, mais au chastiel ils ne peurent riens

fourfaire; et passèrent ºultre pour passer à gué la rivière de Thin,

pour venir devant Durames et Iorch et entrer en la plainne Engleterre.

Fº 129 vº.

P. 19, l. 25: Saint Jehanston.--_Mss. A 1 à 17_: Saint Jehan. Fº 157

vº.--_Mss. A 23 à 29_: Saint Jehan sur Taye. Fº 173 vº.

P. 19, l. 27: Donfremelin.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: Dourfremelin. Fº

157 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Destrumelin. Fº 224 vº.--_Mss. A 30 à 33_:

Donfremesnil. Fº 192 vº.

P. 19, l. 29: Struvelin.--_Mss. A 1 à 10, 15 à 19: _Strumelin. Fº

157 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Estrumelin. Fº 224.--_Mss. A 23 à 29_:

Sturmelin. Fº 173 vº.--_Mss. A 30 à 33_: Esturmelin. Fº 192 vº.

P. 19, l. 31: tout li Escot.--_Ms. B 6_: Se fist le dit roy son

especial mandement et une grant asamblée à y estre à le Saint Jehan

ensuivant tous à celle assamblée. Et y furent cil signeur que je

nommeray: premiers le conte Patris, le conte de Moret, le conte de

Douglas, messire Archebaus Duglaz ses cousins, messire James Douglas

leur oncle, le conte d’Orquenay, le conte d’Astrederne, le conte

de Rose, le conte de Fy, le conte de Surlant, le comte de Bosquem,

messire Robert de Versy, messire Simon Fresiel, Alixandre de Ramesay,

tant qu’il furent bien deux mille lances et dix sept mille hommes sur

hagenées, car toutes les basses gens d’Escoche ont haghenées, quant ils

vont en l’ost. Fºs 357 et 358.

P. 19, l. 31: trois mil.--_Ms. B 3_: quatre mil. Fº 139 vº.

P. 20, l. 10: legierement.--_Ms. A 29_: Et quant les Escossoys l’eurent

regardé, ils passèrent oultre sans y assaillir, car c’estoit peine

perdue.

P. 20, l. 11: Urcol.--_Mss. A 1 à 14, 18 à 22, B 3_: Vicol. Fº 157

vº.--_Mss. A 15 à 17_: Nichol. Fº 156 vº.--_Mss. A 23 à 33_: Lincol. Fº

173 vº.

P. 20, l. 13: Northombrelant.--_Ms. B 3_: Notombrelant. Fº 140.

P. 20, l. 15: Bervich.--_Mss. A 23 à 29_: Ebruich. Fº 173 vº.--_Mss. A

30 à 33_: Bruich. 192 vº.

P. 20, l. 17 et 18: Noef Chastiel.--_Ms. B 3_: Mareschal sur Tin. Fº

140.

Chroniques de J. Froissart, tome 04/13 · 第 23 / 41 段