Escarmouche d’Ardres[167]. Édouard, sire de Beaujeu, maréchal

de France, envoyé à Saint-Omer après la reddition de

Saint-Jean-d’Angély[168], est tué entre Ausques[169] et Ardres en

poursuivant les Anglais de Calais, qui sont venus un matin faire une

incursion et recueillir du butin jusqu’aux portes de Saint-Omer. En

revanche, Jean de Beauchamp, gouverneur de Calais, et vingt autres

chevaliers anglais sont faits prisonniers par les Français, grâce à

un renfort de cinq cents brigands de la garnison de Saint-Omer, qui

surviennent vers la fin de l’action. En même temps, le butin fait par

les Anglais est repris par le sire de Bouvelinghem, les trois frères de

Hames[170] et les garnisons françaises de Hames, de la Montoire[171]

et de Guines[172].--Arnoul d’Audrehem[173] est envoyé à Saint-Omer,

et succède à Édouard de Beaujeu comme gardien de la frontière contre

les Anglais. D’un autre côté, le comte de Warwick[174] est nommé par

Édouard III gouverneur de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp

qui vient d’être fait prisonnier; celui-ci, toutefois, ne tarde pas à

recouvrer sa liberté: les Français l’échangent contre Gui de Nesle[175]

pris par les Anglais à l’affaire de Taillebourg. P. 115 à 122, 341 à

346.

[167] Sismondi (t. X, p. 398), M. Henri Martin (édit. de 1839,

t. V, p. 457) et tous les historiens placent l’affaire d’Ardres

en 1352; c’est une erreur qu’ils ont empruntée à Froissart (v.

p. 115 de ce volume). Un érudit distingué, M. René de Belleval,

s’écarte un peu moins de la vérité en disant que ce combat suivit

immédiatement la reddition de Saint-Jean-d’Angély (_La grande

guerre_, Paris, Durand, 1862, in-8, p. 48, note 1). Le sire de

Beaujeu était certainement mort avant le 30 juin 1351, puisqu’à

cette date l’official de Lyon et le juge ordinaire de Beaujeu

font citer les témoins qui ont souscrit le testament d’Édouard,

sire de Beaujeu, ainsi que les principaux parents et amis du

défunt, à comparaître, le lundi après l’octave de Saint-Pierre

et Saint-Paul, à Villefranche, pour assister à la publication et

à l’ouverture du testament dudit Édouard (Arch. nat., orig. lat.

sur parchemin jadis scellé, sect. adm., P1362{2}, cote 1498. V.

Huillard-Bréholles, _Titres de la maison de Bourbon_, t. I, p.

449). Édouard, sire de Beaujeu, est mentionné comme décédé dans

un acte du 8 juillet 1351: «dilectum et fidelem nostrum Eduardum,

dominum de Bellojoco, _tunc viventem_.» (JJ80, p. 504). Le combat

d’Ardres dut même se livrer avant le 20 juin 1351, car Robert de

Herle fut nommé à cette date Capitaine du château de Calais en

remplacement de Jean de Beauchamp, fait prisonnier dans cette

rencontre (Rymer, vol. III, p. 222).

[168] Édouard de Beaujeu était mort depuis trois mois environ

lorsque Saint-Jean-d’Angély se rendit aux Français. Le sire de

Beaujeu n’avait d’ailleurs pris aucune part, quoi qu’en dise

Froissart, à la campagne des Français en Saintonge pendant

la première moitié de 1351. Il se tenait pendant ce temps à

Saint-Omer et à Guines en qualité de gardien de la frontière et

de lieutenant du roi ès parties de Picardie, tandis que Pierre,

duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, chambrier de

France, résidait au même titre à Arras (JJ80, p. 607).

[169] Auj. Nordausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Ardres

et Zudausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Lumbres, au

nord-ouest de Saint-Omer et au sud-est d’Ardres, sur la route de

Saint-Omer à Calais, passant par Ardres.

[170] Hames fut cédé aux Anglais en 1360 par le traité de

Brétigny; et le roi Jean, par acte daté de Hesdin en novembre

1360, pour indemniser ses amés et féaux Guillaume, seigneur de

Hames, et Enguerrand son frère, leur assigna cinq cents livrées

de terre en rente perpétuelle sur sa recette d’Amiens. JJ118, p.

92.

[171] Voy. plus haut, p. XIII, note 62.

[172] Voy. plus haut, p. XII, note 56.

Si le combat d’Ardres avait eu lieu en 1352, comme l’avancent

tous les historiens, la garnison de Guines ne serait pas venue au

secours des Français, puisque cette forteresse tomba au pouvoir

des Anglais dès le commencement de janvier de cette année.

[173] Ce fut Jean de Boulogne, qui succéda à Édouard de Beaujeu

et fut envoyé à Saint-Omer dès le mois de juillet 1351 comme

lieutenant du roi ès parties de Picardie et sur les frontières de

Flandre (JJ82, p. 276).

[174] Ce ne fut pas Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, qui

succéda à Jean de Beauchamp son frère; Robert de Herle fut nommé

capitaine du château de Calais le 20 juin 1351 (Rymer, vol. III,

p. 222).

[175] Jean de Beauchamp ne fut pas échangé contre Gui de Nesle;

il était encore prisonnier le 4 décembre 1351 (Rymer, vol. III,

p. 236).

Mort de Clément VI; avénement d’Innocent VI[176]. Grâce à la médiation

du cardinal Gui de Boulogne, légat du nouveau pape, une trêve[177] est

conclue pour deux ans entre les rois de France et d’Angleterre. P. 122,

123, 346.

[176] Étienne Aubert, ancien évêque de Clermont, cardinal

d’Ostie, fut élu pape sous le nom d’Innocent VI le 18 décembre

1352 en remplacement de Clément VI mort le 6 décembre précédent.

[177] Une trêve fut en effet conclue, grâce à la médiation du

cardinal Gui de Boulogne, entre le château et la bastide de

Guines, le 10 mars 1353 (n. st.); elle devait durer jusqu’au 1er

août suivant (Rymer, vol. III, p. 254).

Raoul, comte d’Eu et de Guines, connétable de France, peu après son

retour d’Angleterre[178] où il a passé quatre ans en prison, est mis

à mort sans jugement par l’ordre du roi Jean qui donne les biens de

la victime à Jean d’Artois, comte d’Eu; et cette exécution excite de

violents murmures en France comme aussi au dehors du royaume. P. 123 à

125, 346, 347.

[178] Raoul de Brienne, comte d’Eu et de Guines, connétable de

France, fait prisonnier à la prise de Caen par les Anglais le 26

juillet 1346, était encore en Angleterre le 20 octobre 1350, jour

où Édouard octroya des lettres de sauvegarde à quinze personnes

envoyées en France pour rassembler l’argent destiné à la rançon

du connétable (Rymer, vol. III, p. 206). Le 8 novembre 1350,

Raoul d’Eu était encore dans les bonnes grâces du roi Jean qui

ordonna, par un mandement en date de ce jour, d’exproprier Jean

Morier, changeur, qui avait pris la fuite, emportant quatre cents

deniers d’or à l’écu qui appartenaient à son _très cher et féal

cousin_ le connétable de France du fait de sa charge (JJ80, p.

312). Il dut être exécuté le 18 novembre au matin, car il est

déjà mentionné comme défunt dans un acte de ce jour par lequel

le roi Jean donne à Gautier duc d’Athènes, marié à Jeanne d’Eu,

sœur du connétable, l’hôtel que Raoul d’Eu possédait à Paris

dans le quartier Saint-Paul (JJ80, p. 168). Sauf le château et

la châtellenie de Beaurain concédés le 23 décembre 1350 à Robert

de Lorris (JJ81, p. 220), le comté d’Eu donné en février 1351 à

Jean d’Artois (JJ81, p. 282) et la reprise en mars 1351 (JJ80,

p. 348) par Catherine de Savoie, fille de feu Louis de Savoie et

veuve de Raoul d’Eu, d’un apport dotal de quatre mille florins

d’or assis sur la terre de Sauchay (Seine-Inférieure, arr.

Dieppe, c. Envermeu), le reste de la succession de Raoul passa,

en vertu de donations faites par le roi Jean en février (JJ80,

p. 368) le 16 mars (JJ80, p. 659) et le 26 septembre 1351 (JJ80,

p. 464), à Gautier de Brienne-Châtillon, duc d’Athènes, comte

de Braisne, beau-frère, et à Jeanne d’Eu, duchesse d’Athènes,

sœur de l’infortuné connétable. Villani dit (l. II, c. 50) que

le roi Jean fit mettre à mort Raoul d’Eu parce que, n’ayant pu

se procurer l’énorme somme exigée pour sa rançon, le comte de

Guines promit de livrer au roi d’Angleterre en échange de sa

liberté le comté et la forteresse de Guines. Ce qui rend la

version du chroniqueur florentin très-vraisemblable, c’est que

Jean confisqua au profit de la couronne et ne donna à personne le

comté de Guines.

Quelque temps après l’exécution du comte de Guines, et durant la

trêve[179] conclue avec le roi d’Angleterre, un traître vend et livre

le château de Guines aux Anglais. Jean de Beauchamp, gouverneur de

Calais, répond à toutes les réclamations du roi de France au sujet de

ce marché que l’achat d’un château ne constitue pas une infraction à la

trêve. P. 125, 126, 347, 348.

[179] Cette trêve fut conclue entre Guines et Calais le soir du

11 septembre 1351 et devait durer jusqu’au matin du 12 septembre

1352 (Rymer, vol. III, p. 232). D’après les Grandes Chroniques

de France (V. p. 401 de ce volume) et la Chronique des Valois

(p. 24), le château de Guines fut pris par les Anglais pendant

la première fête de l’Étoile à laquelle s’était rendu le sire de

Bouvelinghem, capitaine de ce château. Or cette fête se tint le

6 janvier 1352. Le rédacteur des Grandes Chroniques rapporte, il

est vrai, la fête dont il s’agit au mois de novembre 1351: mais

il aura confondu sans doute l’ordonnance de fondation en date du

16 novembre 1351 avec la première fête de l’Ordre qui eut lieu,

comme nous venons de le dire, le 6 janvier 1352. D’un autre côté,

Robert de Avesbury place la prise de Guines vers la Saint-Vincent

(22 janvier) 1352: _tunc instante festo Sancti Vincentii_

(_Hist. Ed. III_, p. 188). D’où il suit que la prise de Guines

par les Anglais eut lieu du 6 au 22 janvier 1352. Un archer

anglais, nommé Jean de Dancaster, s’empara-t-il de ce château

par surprise, suivant le témoignage de Robert de Avesbury; ou la

forteresse française fut-elle livrée par la trahison de Guillaume

de Beaucaurroy, suivant la version de la plupart des chroniqueurs

français? C’est ce que le silence des actes ne nous permet pas de

décider.

Le roi Jean fonde[180], à l’imitation de la Table Ronde du roi Arthur,

un ordre de chevalerie composé des trois cents chevaliers les plus

preux de France, et appelé l’ordre de l’Étoile, parce qu’il a pour

signe distinctif une étoile d’or, d’argent doré ou de perles qu’on

porte par-dessus le vêtement. Les membres de l’ordre doivent, à toutes

les fêtes solennelles, se réunir à la Noble Maison construite exprès

pour cet objet près de Saint-Denis; c’est là que le roi tient cour

plénière au moins une fois l’an, et que chaque compagnon vient raconter

ses faits d’armes enregistrés sous sa dictée par des clercs. On ne peut

être admis dans la confrérie qu’avec l’assentiment du roi et de la

majorité des compagnons; on fait serment, en y entrant, de ne jamais

fuir dans une bataille plus loin que quatre arpents, au risque d’être

tué ou fait prisonnier; on jure aussi de se porter secours les uns

aux autres en toute occasion. Si un compagnon de l’Étoile se trouve

sans ressource sur ses vieux jours, la Noble Maison lui offre un asile

où il est assuré d’un train de vie honorable pour lui et pour deux

varlets.--Peu après la fondation de l’ordre de l’Étoile, la guerre

redouble en Bretagne où le roi d’Angleterre, allié de la comtesse

de Montfort, expédie des forces considérables. Gui de Nesle, sire

d’Offémont[181], et plus de quatre-vingt-dix chevaliers de l’Étoile,

envoyés par le roi de France au secours de la comtesse de Blois,

trouvent la mort dans une embuscade que les Anglais leur avaient

tendue; ils auraient pu se sauver, mais ils venaient de s’engager par

serment, en vertu des statuts de la nouvelle confrérie, à ne jamais

fuir. Un aussi malheureux début et plus encore les désastres qui

s’abattent ensuite sur la France ne tardent pas à amener la ruine de

l’ordre de l’Étoile. P. 126 à 128, 348, 349.

[180] L’ordonnance de fondation est du 16 novembre 1351, et la

première fête se tint le 6 janvier 1352. Du reste, pour tout ce

qui concerne l’ordre de l’Étoile, il nous suffit de renvoyer à

l’excellent ouvrage de M. Léopold Pannier, _La Noble Maison de

Saint-Ouen_, Paris, 1872, in-12, p. 84 à 127.

[181] Froissart désigne ici le combat de Mauron (Morbihan, arr.

Ploërmel, au nord-est de Ploërmel, à l’est de Rennes et de

Montfort-sur-Meu), livré le 14 août 1352, où Gautier de Bentley,

capitaine pour le roi d’Angleterre en Bretagne, à la tête de

trois cents hommes d’armes et d’un égal nombre d’archers, battit

Gui de Nesle, sire d’Offémont, maréchal de France, qui se fit

tuer ainsi que le sire de Bricquebec et Gui de Nesle, châtelain

de Beauvais. Robert de Avesbury cite en outre parmi les morts, du

côté des Français, le vicomte de Rohan, Jean Frère, les seigneurs

de Quintin, de Tinténiac, de Rochemont, de Montauban, Renaud

de Montauban, Robert Raguenel, Guillaume de Launay, etc., en

tout quatre-vingts chevaliers et cinq cents écuyers. V. Grandes

Chroniques, p. 402 de ce volume, et Robert de Avesbury, p. 189 à

191.

CHAPITRE LXXIII.

1354. ASSASSINAT DE CHARLES D’ESPAGNE; RUPTURE ENTRE LE ROI DE

NAVARRE ET SES FRÈRES, INSTIGATEURS DE CET ATTENTAT, ET LE ROI DE

FRANCE.--1355. EXPIRATION DES TRÊVES ET OUVERTURE DES HOSTILITÉS

ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE.--MORT DE JEAN, DUC DE BRABANT, ET

AVÉNEMENT DE JEANNE, MARIÉE A WENCESLAS DE LUXEMBOURG.--1356. GUERRE

ENTRE FLANDRE ET BRABANT[182] (§§ 343 et 344).

[182] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXXXVIII, p.

169 à 171.

Le roi Jean, non content d’avoir fait après l’exécution du comte d’Eu

Charles d’Espagne connétable de France, le comble de biens[183] et

lui donne notamment une terre que le roi de Navarre et ses frères

prétendent leur appartenir. A dater de ce moment, les enfants de

Navarre vouent au favori une haine mortelle. Pour assouvir leur

vengeance, ils ont recours à un guet-apens: ils surprennent une nuit

le connétable dans un petit village situé près de Laigle[184] et le

font mettre à mort par une bande que commande leur cousin le Bascle

de Mareuil. A la nouvelle de l’assassinat de Charles d’Espagne, Jean

confisque le comté d’Évreux et tout ce que le roi de Navarre possède en

Normandie; il fait aussi envahir la Navarre par les comtes de Comminges

et d’Armagnac, mais le comte de Foix, allié du roi de Navarre son

beau-frère, porte la guerre en Armagnac. P. 129 à 131, 349, 350.

[183] Charles de Castille, dit d’Espagne, fils d’Alphonse de

la Cerda, seigneur de Lunel, fut fait connétable de France en

janvier 1351 en remplacement de Raoul de Brienne, II du nom,

comte d’Eu et de Guines, exécuté le 18 novembre 1350. Dès le

23 décembre 1350, le roi Jean fit don à Charles d’Espagne, son

cousin, du comté d’Angoulême (Arch. nat., sect. hist., JJ80, p.

768), et ce don fut renouvelé en octobre 1352 (JJ81, p. 464). En

novembre 1352, Charles d’Espagne est gratifié du château et de la

châtellenie d’Archiac (JJ81, p. 452). En janvier 1353, le roi de

France unit diverses terres à la baronnie de Lunel en faveur de

Charles d’Espagne (J166, nº 28). Le 17 juillet 1353, le roi Jean

concède à Charles d’Espagne les ville, château et châtellenie

de la Roche d’Agoux (Puy-de-Dôme, ar. Riom, c. Poinsat) donnés

naguère par Philippe de Valois au connétable Imbert de Beaujeu,

seigneur de Montpensier (JJ81, p. 767).

[184] Charles d’Espagne fut assassiné le 6 janvier 1354. Charles,

roi de Navarre, Philippe et Louis de Navarre, frères du dit

roi, instigateurs de cet assassinat (JJ82, p. 278), eurent pour

complices Jean Malet, seigneur de Graville (JJ82, p. 226),

Guillaume de Mainemares, dit Maubue, chev. (JJ82, p. 469), Colard

Doublel, écuyer (JJ82, p. 511), Jean dit de Fricamps, chev.

(JJ82, p. 183), le seigneur de Clères (JJ82, p. 477), le seigneur

d’Aulnay, chev. (JJ82, p. 468), Ancel de Villiers, chev. (JJ82,

p. 466), le seigneur de Morbecque, chev. (JJ82, p. 467), Jean de

Champgerboust (JJ82, p. 443), Gillet de Banthelu (JJ82, p. 445),

Jean de Belangues (JJ82, p. 446), Jean de Gramoue (JJ82, p. 447),

Henri de Mucy (JJ82, p. 463), Philippe de Boutanvilliers (JJ82,

p. 464), Drouet de Lintot (JJ82, p. 465), Jean Du Quesne (JJ82,

p. 474), Geffroi de Marson (JJ82, p. 475), Henri Du Bois (JJ82,

p. 476), Guillaume de Manteville (JJ82, p. 510), écuyers, qui

obtinrent des lettres de rémission le 4 mars 1354.

Des lettres de rémission, octroyées au roi de Navarre sur le fait

du meurtre du connétable Charles d’Espagne, furent entérinées au

parlement, en séance du roi, le 4 mars 1354. Arch. nat., U524, t.

33, fº 61.

Pierre, duc de Bourbon et Henri, duc de Lancastre, envoyés à

Avignon pour traiter de la paix, ne parviennent pas à s’entendre

malgré tous les efforts du pape Innocent VI; et comme la trêve

vient d’expirer[185], la guerre recommence entre la France et

l’Angleterre.--Mort de Jean[186], duc de Brabant. Le duché de Brabant

échoit à Jeanne, fille aînée de Jean, mariée à Wenceslas, duc de

Luxembourg, fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, et d’une sœur de

Pierre, duc de Bourbon. Wenceslas est encore jeune, mais il gouverne

par le conseil de son oncle Jacques de Bourbon[187]. Louis, comte de

Flandre, marié à l’une des filles de Jean de Brabant, réclame Malines

et Anvers comme devant faire retour au comté de Flandre après la mort

de son beau-père, en vertu d’une convention consentie par le feu duc de

Brabant. Une guerre terrible éclate au sujet de cette réclamation entre

Flandre et Brabant; elle ne dure pas moins de trois[188] ans. Cette

guerre prend fin grâce à l’arbitrage de Guillaume de Hainaut[189], fils

de l’empereur Louis de Bavière, qui adjuge Malines et Anvers au comte

de Flandre. P. 132, 133, 350, 351.

[185] La trêve, conclue _ès tentes devant Guines_ le 6 avril

1354, devait expirer le 6 avril 1355. Les pleins pouvoirs donnés

par Édouard à Guillaume, évêque de Norwich, à Michel évêque élu

de Londres, à Henri duc de Lancastre, à Richard comte d’Arundel,

à Barthélemy de Burghersh, chambellan du roi, à Gui de Bryan

seigneur de Laghern, sont datés de Westminster le 28 août 1354

(Rymer, vol. III, p. 283). Le roi leur adjoignit des auxiliaires,

le 30 octobre suivant, pour le cas où un traité serait conclu

(_Ibid._, p. 289). Les plénipotentiaires du roi de France, Pierre

I, duc de Bourbon et Pierre de la Forêt, archevêque de Rouen,

chancelier de France, partirent pour Avignon dans le courant du

mois de novembre 1354. Les négociations, qui remplirent les mois

de janvier et de février 1355, n’eurent d’autre résultat que la

prolongation de la trêve jusqu’au 24 juin suivant.

[186] Jean III, dit le Triomphant, duc de Brabant, mourut le

5 décembre 1355. Il avait épousé en 1314 Marie, seconde fille

de Louis comte d’Évreux, décédée le 30 octobre 1335, après lui

avoir donné trois fils morts sans lignée avant leur père, et

trois filles: Jeanne, mariée à Wenceslas de Luxembourg, qui lui

succéda; Marguerite mariée à Louis de Male comte de Flandre;

Marie femme de Renaud duc de Gueldre. Jean laissait, en outre,

dix-sept bâtards, sept garçons et dix filles.

[187] Wenceslas, marié en 1347 à Jeanne de Brabant, veuve de

Guillaume II comte de Hainaut, comte de Luxembourg à la fin de

1353, fait duc par l’empereur Charles IV son frère le 13 mars

1354, était fils de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, tué à

Crécy, et de sa seconde femme, Béatrix, fille de Louis Ier, duc

de Bourbon. Wenceslas se trouvait donc, comme le dit Froissart,

neveu de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, frère cadet de

sa mère.

[188] Cette guerre ne dura guère qu’un an et demi, et non trois

ans; elle ne commença qu’en 1356, et fut signalée par la bataille

de Scheut près Bruxelles (auj. écart d’Anderlecht, prov. Brabant,

c. Molenbeek-Saint-Jean, à 4 kil. de Bruxelles), gagnée le 18

août 1356 par les Flamands sur les Brabançons. Le traité de paix

qui mit fin à cette guerre est daté du 3 juillet 1357.

[189] Guillaume III, dit l’Insensé, fils de Louis Ier de Bavière,

empereur d’Allemagne, et de sa seconde femme, Marguerite de

Hainaut, succéda à sa mère dans le comté de Hainaut le 26 février

1357.

CHAPITRE LXXIV.

1355. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE

NAVARRE.--CHEVAUCHÉE DU ROI D’ANGLETERRE EN BOULONNAIS ET EN

ARTOIS; CONCENTRATION A AMIENS ET MARCHE DES FRANÇAIS CONTRE

L’ENVAHISSEUR.--PRISE DU CHÂTEAU DE BERWICK PAR LES ÉCOSSAIS; RETOUR

D’ÉDOUARD A CALAIS[190] (§§ 345 à 351).

[190] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. XC, p. 177 à

183.

Les frères de Navarre se rendent en Angleterre où ils concluent

une alliance offensive et défensive avec Édouard contre le roi de

France[191]; à leur retour en Normandie, ils mettent en état de

défense les châteaux d’Évreux, de Breteuil et de Conches. Le roi

d’Angleterre lève trois armées à la fois: la première, composée de cinq

cents hommes d’armes et de mille archers sous la conduite du duc de

Lancastre, doit opérer en Bretagne contre Charles de Blois qui vient

de recouvrer sa liberté moyennant une rançon de quatre cent[192] mille

écus; la seconde, dont l’effectif ne s’élève pas à moins de mille

hommes d’armes et de deux mille archers, est dirigée sur la Guienne et

placée sous les ordres du prince de Galles[193] et de Jean Chandos; la

troisième enfin, forte de deux mille hommes d’armes et de quatre mille

archers, est commandée par le roi d’Angleterre en personne et doit

débarquer en Normandie. P. 133 à 136, 351 à 354.

[191] Les actes ne font aucune mention de ce voyage du roi de

Navarre et de son frère en Angleterre. On voit seulement par

la déposition en date du 5 mai 1356 de Friquet, gouverneur de

Caen pour le roi de Navarre, que le duc de Lancastre, qui était

alors en Flandre, fit offrir à Charles le Mauvais le secours de

son cousin Édouard contre la vengeance du roi Jean, que le roi

de Navarre se réfugia aussitôt auprès du pape à Avignon d’où il

se rendit en Navarre, et que ce fut de là qu’il expédia un de

ses agents, nommé Colin Doublet, en Angleterre pour annoncer au

roi qu’il se rendrait par mer avec des troupes à Cherbourg afin

de recouvrer ses places occupées par le roi de France. Cette

déposition de Friquet a été publiée par Secousse, _Preuves de

l’histoire de Charles le Mauvais_, p. 49 à 57.

[192] Les lettres de sauvegarde données par le roi d’Angleterre

à Charles de Blois pour aller en Bretagne assister au mariage

de sa fille Marguerite avec le connétable Charles d’Espagne et

chercher l’argent de sa rançon, sont datées du 10 novembre 1354

(Rymer, vol. III, p. 290). Des lettres de sauf-conduit furent

aussi délivrées le même jour à seize seigneurs bretons qui, après

avoir accompagné Charles sur le continent, devaient revenir

en Angleterre se constituer otages, en cas de non-payement de

la rançon, si Charles lui-même n’était pas de retour avant le

24 juin 1355. Parmi ces seigneurs figurent Jean, vicomte de

Rohan, banneret, Thibaud, sire de Rochefort, banneret, Bonabbé

de Rougé, sire de Derval, banneret, Jean de Beaumanoir, Yvain

Charuel, Bertrand du Guesclin. En même temps, par acte daté du 11

novembre 1354, il fut convenu qu’il y aurait trêve en Bretagne

entre les Anglais et les partisans de Charles de Blois jusqu’au

24 juin 1355 (_Ibid._, p. 290 et 291). Le 8 février 1355, Thomas

de Holland avait été nommé pour un an capitaine et lieutenant

en Bretagne (p. 295), mais Édouard lui notifia, le 14 septembre

suivant, qu’il eût à livrer les places fortes à Henri, duc de

Lancastre, appelé à le remplacer dans le commandement de cette

province et des pays adjacents (_Ibid._, p. 312).

[193] Dès le 27 avril 1355, Édouard donne des ordres pour

rassembler la flotte qui doit transporter en Guienne le prince de

Galles et son armée; le 6 mai il fait préparer pour l’expédition

de son fils deux mille cinq cents claies et quinze équipages de

ponts (Rymer, vol. III, p. 298 et 299).

Édouard s’embarque à Southampton[194] et fait voile vers Cherbourg

où l’attend le roi de Navarre; mais les vents contraires l’obligent

à relâcher quinze jours à l’île de Wight, puis à Guernesey. Le roi

de France est informé de ces préparatifs ainsi que de la prochaine

descente des Anglais en Normandie; il envoie à Cherbourg l’évêque de

Bayeux et le comte de Saarbruck qui parviennent à détacher le roi de

Navarre de l’alliance d’Édouard et le décident à faire la paix[195]

avec Jean son beau-père; toutefois Philippe de Navarre reste attaché au

parti anglais. P. 136 à 138, 354 à 356.

[194] Le 1er juin 1355, le roi d’Angleterre demande des prières

à l’archevêque de Cantorbéry, primat du royaume, à l’occasion de

la guerre contre la France qui va recommencer (_Ibid._, p. 303);

le 1er juillet suivant, il nomme gardiens du royaume pendant son

absence Thomas son fils, les archevêques de Cantorbéry et d’York,

l’évêque de Winchester, Richard comte d’Arundel et Barthélemy de

Burghersh (_Ibid._, p. 305).

[195] Un traité fut conclu à Valognes le 10 septembre 1355

entre Charles II, roi de Navarre, et le roi Jean; il avait été

négocié au nom du roi de France par Jacques de Bourbon, comte de

Ponthieu, connétable de France, et par Gautier, duc d’Athènes,

comte de Braine. Ce traité a été publié par Secousse, _Preuves de

l’histoire de Charles le Mauvais_, p. 582 à 595.

Chroniques de J. Froissart, tome 04/13 · 第 5 / 41 段