[117] C’est Jean de Montgommery, et non Aimeri de Pavie, qui fut

nommé capitaine de Calais, avant le départ du roi d’Angleterre,

le 8 octobre 1347 (Rymer, vol. III, p. 138). Jean de Montgommery

fut remplacé le 1er décembre de cette même année par Jean de

Chivereston (_Ibid._, p. 142). C’est seulement le 24 avril 1348

qu’Édouard nomme son amé Aimeri de Pavie, non capitaine de

Calais, mais capitaine et conduiseur de ses galées et de tous

les arbalétriers et mariniers montant les dites galées (_Ibid._,

p. 159). Aimeri de Pavie, chargé sans doute comme capitaine des

galées de défendre les approches de Calais du côté de la mer,

remplit-il en outre par intérim ou autrement les fonctions de

gouverneur de cette ville? On en est réduit sur ce point à des

suppositions.

[118] Le 12 août 1347, le roi d’Angleterre fit annoncer par tout

son royaume qu’il concéderait des maisons, des rentes et ferait

toute sorte d’avantages à ceux de ses sujets qui voudraient

s’établir à Calais avant le 1er septembre suivant. V. Rymer, vol.

III, p. 130.

[119] Le 3 décembre 1347, Édouard confirma les statuts donnés à

la ville de Calais en 1317 par Mahaut, comtesse d’Artois. (Rymer,

vol. III, p. 142 à 144.) Les dispositions que le roi avait

ajoutées à ces statuts dès le 8 octobre 1347 sont relativement

libérales. (_Ibid._, p. 139.) V. Bréquigny, _Mém. de l’Académie

des Inscriptions_, t. 50, p. 623 à 627.

[120] Le témoignage de Froissart est contredit par George de

Lesnen, médecin de Charles de Blois, et Olivier de Bignon, son

valet de chambre, qui déclarent, dans l’enquête faite pour la

canonisation de ce prince, que les Anglais le soumirent à une

captivité très-dure. V. dom Morice, _Hist. de Bretagne_, t. II

des _Preuves_, p. 6 et 7.

[121] Charles de Blois était fils de Marguerite, et Philippe de

Hainaut était fille de Jeanne, toutes deux sœurs de Philippe de

Valois.

CHAPITRE LXVII.

1348. RAVAGES DES BRIGANDS EN LIMOUSIN ET EN BRETAGNE; EXPLOITS DE

BACON ET DE CROQUART[122] (§§ 315 et 316).

[122] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXXXII, p. 143

à 145.

Guillaume Douglas, retiré dans la forêt de Jedburgh, continue de faire

la guerre aux Anglais, même après la prise du roi d’Écosse et malgré

les trêves entre l’Angleterre et la France[123]. P. 67.

[123] Les Écossais étaient cependant compris dans ces trêves

comme alliés de la France. V. Arch. Nat., sect. hist., J636, nº

21.

Les trêves ne sont pas observées davantage en Gascogne, Poitou,

Saintonge et Limousin. Dans ces pays de frontière, les pauvres gens

d’armes exercent le brigandage comme un métier et s’y enrichissent

avec une promptitude merveilleuse; il y en a qui font des fortunes

de quarante mille écus. Voici comment ils procèdent. Rassemblés par

bandes de vingt ou trente, ils épient pendant quelque temps un riche

village ou un fort château situé dans les environs; puis un beau jour,

de très-grand matin, ils y pénètrent furtivement et mettent le feu à

une maison. Les habitants, qui croient avoir affaire à mille armures

de fer, s’enfuient affolés de terreur; les brigands pillent le village

ou le château, après quoi ils se retirent chargés de butin. Ils font

ainsi à Donzenac[124] et ailleurs; ils s’emparent des châteaux et

les revendent. Un de ces brigands emporte par escalade le château de

Comborn[125], en Limousin. Le vicomte de Comborn, fait prisonnier

dans son château, ne recouvre la liberté qu’en payant une rançon de

vingt-quatre mille écus. Ce brigand, nommé Bacon, après avoir vendu le

château de Comborn à Philippe de Valois moyennant vingt mille écus,

devient huissier d’armes[126] du roi de France, qui le comble de

faveurs. P. 67 à 69, 299 à 302.

[124] Corrèze, arr. Brive, un peu au nord de cette ville, à peu

près à égale distance des deux rivières de Corrèze et de Vézère.

En 1355, le fils de Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac,

nommé Bernard de Ventadour et châtelain de Beyssac (auj. château

de Saint-Augustin, Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze) joua un tour

du même genre à Pierre _de Mulceone_, seigneur de Bar (Corrèze,

arr. Tulle, c. Corrèze). Il s’introduisit dans le château de

Bar avec seize hommes armés en disant que les Anglais établis à

Beaumont (Corrèze, arr. Tulle, c. Seilhac) le poursuivaient et y

vola deux mille sommées de blé, soixante lards et six mille cinq

cents deniers de bon or à l’_ange_, au _pavillon_, à la _chaire_,

à l’_agneau_, à l’_écu_ (Arch. nat., X2a 6, fºs 416 à 424). Le

15 mars 1362, Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, prêta

serment de fidélité au roi d’Angleterre représenté par Jean

Chandos, vicomte de Saint-Sauveur, lieutenant dudit roi; il

s’engagea en outre à faire prêter serment à tous ses tenanciers

et à rapporter leurs noms à Chandos ou à son sénéchal. V.

Bardonnet, _Procès-verbal à Jean Chandos des places françaises

abandonnées par le traité de Brétigny_, Niort, 1870, in-8, p. 115.

[125] Comborn, autrefois siége d’une vicomté, est aujourd’hui un

château ruiné de la commune d’Orgnac, Corrèze, arr. Brive, c.

Vigeois; ce château est situé sur la rive droite de la Vézère.

Le 23 octobre 1363, à Poitiers, en l’église Saint-Maixent,

Archambaud, _vicomte de Comborn_, prêta serment de fidélité, tant

en son nom qu’au nom de Marie sa femme, à Édouard, fils aîné

du roi d’Angleterre, prince d’Aquitaine et de Galles, duc de

Cornouaille et comte de Chester. V. Delpit, _Documents français

conservés en Angleterre_, p. 114.

[126] Ce Bacon est peut-être Jean Bacon, écuyer, fils de

Guillaume Bacon, seigneur du Molay (Calvados, arr. Bayeux, c.

Balleroy), exécuté pour crime de lèse-majesté, au commencement

de l’année 1344. Comme les biens de sa famille avaient été

confisqués, Jean Bacon put être plus vivement tenté de refaire

sa fortune par le brigandage; et la guerre en Limousin entre les

partisans de Jeanne de Penthièvre et ceux de Jeanne de Montfort

lui en fournissait l’occasion. Comme il faisait cette guerre de

partisan au service ou du moins sous le couvert de la maison de

Blois, le roi de France le combla de faveurs.

En Bretagne, un autre brigand nommé Croquart, ancien page du seigneur

de Herck en Hollande, gagne bien soixante mille écus; il figure à

la bataille des Trente[127] du côté des Anglais et se montre le plus

brave. Le roi de France lui offre une pension de deux mille livres,

s’il veut se faire Français, mais il meurt d’une chute de cheval. P.

69, 70, 302, 303.

[127] Croquart figure en effet le premier sur la liste des quinze

gens d’armes qui, réunis à sept chevaliers et à huit écuyers,

composaient les trente champions du parti anglais.

CHAPITRE LXVIII.

1349 et 1350. TENTATIVE MALHEUREUSE DE GEOFFROI DE CHARNY POUR

REPRENDRE CALAIS AUX ANGLAIS (§§ 317 à 321).

Geoffroi de Charny[128], capitaine de Saint-Omer, conclut secrètement

une convention avec un Lombard, nommé Aimeri de Pavie, auquel Édouard

III a confié la garde du château de Calais; Aimeri s’engage à livrer

ce château moyennant vingt mille écus. Le roi d’Angleterre est informé

de cette convention; il mande à Londres Aimeri de Pavie, et, après une

scène de vifs reproches, il promet le pardon au Lombard à condition

que celui-ci fera semblant de poursuivre le marché: Édouard, prévenu à

temps, aura soin de se trouver en force à Calais le jour où Geoffroi de

Charny viendra pour prendre livraison du château, et ainsi les Français

seront pris au piége qu’ils ont voulu tendre.--Geoffroi de Charny, de

son côté, ne confie son secret qu’à quelques chevaliers de Picardie, et

met sur pied cinq cents lances en vue du coup de main projeté. Il est

entendu avec le capitaine du château de Calais que le marché recevra

son exécution dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier[129]

1350. Aussitôt que le jour est fixé, Aimeri envoie à Londres son frère

prévenir le roi d’Angleterre. P. 70 à 73, 303 à 306.

[128] Geoffroi de Charny, seigneur de Pierre-Perthuis, de

Montfort et de Savoisy, avait servi, en qualité de bachelier,

avec six écuyers dans la bataille de Raoul, comte d’Eu,

connétable de France, du 9 mars 1339 au 1er octobre 1340, sur

les frontières de Flandre; il était venu de Pierre-Perthuis sous

Vézelay (Yonne, arr. Avallon, c. Vézelay;--De Camps, portef.

83, fº 317, à la Bibl. nat.). Le 2 août 1346, Geoffroi promu

chevalier était au siége devant Aiguillon où, par acte daté de

Port-Sainte-Marie, il donnait quittance de 150 livres sur ses

gages et ceux des gens d’armes de sa compagnie (Anselme, _hist.

généal._, t. VIII, p. 202); le 6 janvier 1352, il était chevalier

de l’ordre de l’Étoile de la première promotion (Pannier, _hist.

de Saint-Ouen_, p. 95 et 96); le 10 septembre 1352, il était

à l’abbaye d’Ardres où il faisait payer 50 livres à Robert de

Varennes, capitaine de la bastide de Guines (Anselme, _Ibid._,

p. 203); en octobre 1353, dans un acte où il est qualifié

«conseiller du roi», il obtenait l’amortissement de 62 livres

10 sous tournois pour la dotation d’une chapelle ou église

collégiale dont il avait projeté la fondation dès 1343 dans son

manoir de Lirey (Aube, arr. Troyes, c. Bouilly;--JJ82, p. 28); en

juillet 1356 il était gratifié par le roi Jean de deux maisons

confisquées sur Joceran de Mâcon et sises à Paris, l’une en face

l’église Saint-Eustache, et l’autre à la Ville-l’Évêque, et

cette donation était confirmée le 21 novembre 1356, à la requête

de Jeanne de Vergy sa veuve, par Charles duc de Normandie, en

faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du dit Geoffroi «tué à

la bataille livrée dernièrement près de Poitiers.» (Arch. nat.,

JJ84, p. 671.) Geoffroi de Charny avait été choisi, en effet,

le 25 juin 1355, pour porter l’oriflamme, et il se fit tuer à

Poitiers en couvrant le roi Jean de son corps. Comme Boucicaut,

comme le petit sénéchal d’Eu, comme Jean de Saintré et la plupart

des chevaliers de son temps, Geoffroi de Charny était lettré;

il est l’auteur d’un ouvrage en prose intitulé: «Demandes pour

le tournoy que je, Geoffroi de Charni, fais à haut et puissant

prince des chevaliers de Nostre Dame de la Noble Maison.»

(Galland, _Mém. de l’Acad. des Inscriptions_, t. II, p. 739.)

M. Léopold Pannier a bien voulu nous signaler en outre dans le

ms. nº 25447 du fonds français, à la Bibliothèque nationale, une

pièce de vers inédite dont l’auteur est un Geoffroi de Charny.

[129] Cette date, confirmée par les _Grandes Chroniques de

France_ (éd. P. Paris, t. V, p. 491) et par Robert de Avesbury

(181), est donnée par vingt manuscrits de la première rédaction

proprement dite (p. 313) qui sont ici plus exacts que ceux de la

première rédaction revisée.

Édouard se rend aussitôt à Calais avec une troupe de trois cents

hommes d’armes et de six cents archers placés en apparence sous les

ordres de Gautier de Mauny, car le roi veut qu’on ignore sa présence.

Au jour dit, c’est-à-dire le 31 décembre 1349, Geoffroi de Charny, à

la tête de cinq cents lances, arrive vers minuit en vue du château de

Calais, ainsi qu’il a été convenu. Il passe le pont de Nieuley dont

il confie la garde à Moreau de Fiennes, au sire de Crésecques, aux

arbalétriers de Saint-Omer et d’Aire, tandis qu’il prend position

entre ce pont et Calais, en face de la porte dite de Boulogne. Puis il

envoie en avant Oudart de Renty avec onze autres chevaliers et cent

armures de fer porter à Aimeri de Pavie les vingt mille écus promis

et prendre possession du château. Oudart de Renty et ses compagnons

trouvent le pont-levis abaissé pour leur livrer passage; mais à peine

ont-ils pénétré dans la cour du château et remis entre les mains

d’Aimeri un sac contenant la somme convenue qu’à un signal donné le

roi d’Angleterre[130], son fils et Gautier de Mauny, suivis de deux

cents combattants, se précipitent sur les Français au cri de: «Mauny,

Mauny, à la rescousse!» Oudart et les siens n’ont pas même le temps

de se reconnaître et sont faits prisonniers. Puis les Anglais montent

à cheval et courent attaquer Geoffroi de Charny qui ne se doute de

rien et commence à s’impatienter en ne voyant pas revenir Oudart de

Renty. Avant d’engager cette seconde action, Édouard, qui veut couper

la retraite aux Français, dépêche en toute hâte un fort détachement

composé de six bannières et de trois cents archers, contre les

arbalétriers des sires de Fiennes et de Crésecques préposés à la garde

du pont de Nieuley. Plus de cent vingt Français sont tués ou noyés en

défendant ce pont; mais les seigneurs de Fiennes, de Crésecques, de

Sempy, de Longvillers et de Mametz parviennent à se sauver. P. 73 à 79,

306 à 311.

[130] L’affaire fut chaude, et le roi d’Angleterre y fut serré

de près, car quinze jours après cet engagement, le 15 janvier

1350, on le voit donner deux cents marcs de rente annuelle à Gui

de Bryan «considerantes grata et laudabilia obsequia nobis per

dilectum et fidelem nostrum Guidonem de Bryan a diu multipliciter

impensa ac bonum gestum suum, _in ultimo conflictu_ inter nos et

quosdam inimicos nostros Franciæ _apud Calesium habito, vexillum

nostrum ibidem contra dictos inimicos nostros prudenter deferendo

et illud erectum sustinendo strenue et potenter_....» Rymer,

_Fœdera_, vol. III, p. 195.

Le fort de l’action s’engage là où Geoffroi de Charny combat en

personne; il voit tomber à ses côtés, frappés mortellement, Henri du

Bos et Pepin de Wierre; il est fait lui-même prisonnier, ainsi que Jean

de Landas, Hector et Gauvain de Bailleul, le sire de Créquy et tous ses

autres compagnons, après avoir fait des prodiges de valeur. Toutefois,

l’honneur de la journée est pour Eustache de Ribemont, qui se rend au

roi d’Angleterre contre qui il a soutenu une lutte acharnée, sans le

connaître. P. 79 à 81, 311 à 313.

La nuit du jour de l’an, Édouard offre en son château de Calais un

magnifique souper à ses compagnons d’armes et aux chevaliers français

prisonniers. Après le repas, il donne devant tous les assistants son

propre _chapelet_[131] (chapeau) enrichi de perles à Eustache de

Ribemont comme au plus brave, en accompagnant ce présent des éloges les

plus flatteurs; puis il rend la liberté au chevalier français, sans

exiger aucune rançon[132]. P. 81 à 84, 313 à 317.

[131] Les princes et les grands seigneurs portaient à cette

époque de chapeaux ou _chapelets_ du plus grand luxe. En 1359,

le comte d’Étampes, empruntant de Guillaume Marcel, changeur et

bourgeois de Paris, mille moutons d’or, à raison de quatre cents

moutons d’intérêt pour six semaines, afin de racheter aux Anglais

le pays d’Étampes qu’ils occupaient, donne à son prêteur, en gage

du payement de cet intérêt, son «chapeau d’or du pris de deux

cenz moutons». Arch. nat., sect. hist., JJ91, p. 399.

[132] Édouard voulut sans doute se rattraper de cet acte de

générosité chevaleresque sur ses autres prisonniers. Il est

certain du moins qu’il soumit Geoffroi de Charny à une rançon

énorme, puisque le roi Jean, pour aider ce chevalier à la payer,

lui fit donner, le 31 juillet 1351, douze mille écus d’or.

Anselme, _Hist. gén._, t. VIII, p. 201.

Mort de Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne[133], mariée à

Philippe de Valois, et de Bonne[134], fille de Jean de Luxembourg,

roi de Bohême, mariée à Jean, duc de Normandie. Philippe et Jean se

remarient bientôt après, le premier à Blanche[135], fille de Philippe

d’Évreux, roi de Navarre, le second à Jeanne[136], comtesse de

Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, mort devant Aiguillon. P. 84,

85, 317, 318.

[133] Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, mourut

le samedi 12 décembre 1349, d’après les _Grandes Chroniques

de France_ (éd. de M. P. Paris, in-12, t. V, p. 490). Les

Bénédictins se sont trompés en faisant mourir cette reine le 12

septembre 1348.

[134] D’après l’épitaphe qu’on voyait sur le tombeau de cette

princesse, dans l’abbaye de Maubuisson, Bonne de Luxembourg

mourut le 11 septembre 1349. (Dacier, édit. de Froissart, p.

366, note 2, et _L’Art de vérifier les dates_, t. I, p. 600.)

Elle serait morte le vendredi 11 août 1349, d’après les _Grandes

Chroniques de France_ (t. V, p. 490).

[135] Le 29 janvier 1350, d’après l’_Art de vérifier les dates_

(t. I, p. 597), le mardi 11 janvier 1350, d’après les _Grandes

Chroniques de France_ (t. V, p. 491), Philippe de Valois se

remaria à Blanche, fille de Philippe d’Évreux, roi de Navarre.

[136] Jean, fils aîné du roi de France, duc de Normandie, se

remaria à Jeanne, comtesse de Boulogne, le mardi 9 février 1350,

d’après les _Grandes Chroniques de France_ (_Ibid._, p. 492),

et non le 19 février 1350, comme on l’a imprimé par erreur dans

l’_Art de vérifier les dates_, t. I, p. 600.

CHAPITRE LXIX.

1347. MARIAGE DE LOUIS, COMTE DE FLANDRE, AVEC MARGUERITE FILLE DE

JEAN, DUC DE BRABANT[137] (§ 322).

[137] Ce chapitre appartient en propre à Froissart et ne se

trouve pas dans les _Chroniques_ de Jean le Bel.

Il a été dit plus haut que Louis, comte de Flandre, après avoir fiancé

à Bergues Isabelle, fille d’Édouard III, s’était réfugié en France pour

échapper à la conclusion de ce mariage. Le duc Jean de Brabant ouvre

aussitôt des négociations auprès du roi de France, afin d’obtenir la

main du comte de Flandre pour sa fille Marguerite. Philippe de Valois,

auquel le duc de Brabant promet d’engager les Flamands dans l’alliance

française, conseille à Louis de Male[138] d’agréer les ouvertures de

Jean III. Quant aux bonnes villes de Flandre, le duc de Brabant les

menace, si elles ne lui sont pas favorables, de leur faire la guerre. A

la suite de conférences tenues à Arras entre le jeune comte de Flandre

et les envoyés de Jean III, Louis de Male s’engage solennellement à

prendre Marguerite en mariage, puis il vient en Flandre où il rentre en

possession de tous ses droits seigneuriaux, et bientôt après il épouse

la fille du duc de Brabant. Une clause secrète du contrat fut que

Malines[139] et Anvers, après la mort de Jean III, feraient retour au

comte de Flandre.--L’irritation que le roi d’Angleterre ressent de ce

mariage dans le premier moment ne l’empêche pas au bout de peu de temps

de faire sa paix avec le duc de Brabant et le comte de Flandre[140]. P.

85 à 88, 318 à 320.

[138] Dès le 17 mai 1347, à Conflans près Paris, Louis de

Male élisait certains procureurs pour traiter de son mariage

avec Marguerite, fille de Jean, duc de Brabant (Arch. nat.,

_Transcripta_, JJC, fº 118 vº); à Saint-Quentin, le 6 juin, il

promettait d’être le mardi 26 juin à Lewre en Brabant (auj.

Leeuw-Saint-Pierre, prov. Brabant, à 13 kil. de Bruxelles) pour

accomplir le dit mariage (Arch. nat., JJC, fº 135 vº, p. 64), et

il assignait à sa femme 6000 livres en terre sur le comté d’Alost

(JJC, fº 128 vº). De son côté, Jean, duc de Brabant, le 18 mai

1347, à Bruxelles, nommait certains procureurs pour traiter du

mariage entre son fils aîné Henri et Jeanne, fille du duc de

Normandie, et entre son fils Godefroi et Bonne, fille du duc de

Bourbon (JJC, fº 123); à Saint-Quentin, le 2 juin, il s’engageait

à rompre le plus tôt possible son alliance avec les Flamands

et le comte de Hainaut (JJC, fº 119); il promettait au dit

Saint-Quentin, le 6 juin, d’aider le comte de Flandre à se faire

obéir des Flamands (JJC, fº 118); il déclarait n’être aucunement

l’allié du roi d’Angleterre (JJC, fº 116); enfin, il signait

une alliance avec le roi de France dans la maison des Frères

Prêcheurs (JJC, fº 139 vº). En retour, Philippe de Valois, par

lettres aussi datées de Saint-Quentin, le 6 juin 1347, promettait

que Jeanne de Normandie et Bonne de Bourbon se trouveraient au

château de Vincennes le 19 juin pour leurs mariages avec Henri

et Godefroi de Brabant, et que Louis, comte de Flandre, se

trouverait à Leeuw en Brabant le 26 juin pour son mariage avec

Marguerite de Brabant (JJC, fº 140 vº).

[139] Par cet acte daté de Saint-Quentin, le 5 février 1347,

Philippe de Valois garantit le comte de Flandre contre l’évêque

et le chapitre de Liége au sujet de Malines cédée par ledit comte

à Henri, fils du duc de Brabant, à l’occasion de son mariage avec

Jeanne, fille du duc de Normandie. (Arch. nat., sect. hist., JJC,

fº 133.) Par un autre acte rendu aussi à Saint-Quentin le 5 juin,

le roi de Navarre donne au comte de Flandre cinq mille livres

de terre en échange de la cession de Malines à Henri de Brabant

(_Ibid._, fº 131). Philippe de Valois achève de dédommager Louis

de Male en érigeant en pairie, par lettres patentes du 27 août

1347, les comtés de Nevers, de Rethel et la baronnie de Donzy. V.

Blanchard, _Compilation chronologique_, col. 105 et 106.

[140] Un traité fut conclu entre le roi d’Angleterre et le

comte de Flandre dans les premiers jours de décembre 1348. Par

ce traité, Édouard III et Louis de Male ratifient les articles

arrêtés par leurs députés et renouvellent l’alliance entre

l’Angleterre et la Flandre. Henri, comte de Lancastre, est chargé

de recevoir l’acte d’hommage du comte qui s’engage à pardonner

aux villes de Gand et de Bruges tout ce qu’elles ont fait contre

lui pendant leurs rébellions. Ce traité fut ratifié par Louis de

Male, le 4 décembre 1348 (Archives du Nord, fonds de la Chambre

des Comptes de Lille, orig. parch.) et par Édouard III le 10

décembre suivant. V. Rymer, _Foedera_, vol. III, p. 178 et 179.

CHAPITRE LXX.

1350. DÉFAITE DES ESPAGNOLS DANS UNE BATAILLE NAVALE LIVRÉE EN VUE DE

WINCHELSEA CONTRE LES ANGLAIS.--1352. EXÉCUTION D’AIMERI DE PAVIE A

SAINT-OMER[141] (§§ 323 à 329).

[141] Ce chapitre ne se trouve pas dans les _Chroniques_ de Jean

le Bel.

Édouard III apprend que les Espagnols, dont la marine s’est portée

naguère à des actes d’hostilité contre les Anglais[142], sont allés

avec de nombreux vaisseaux acheter des draps, des toiles et autres

marchandises en Flandre; il ne veut pas laisser échapper cette occasion

de se venger de ses ennemis. Il équipe une flotte puissante, dont

les navires sont montés par l’élite de sa noblesse; il en prend le

commandement et va croiser entre Douvres et Calais. P. 88 à 90, 320,

321.

[142] Vers la Toussaint, c’est-à-dire au commencement de novembre

1349, les Espagnols s’étaient emparés, à l’embouchure de la

Gironde, de plusieurs navires anglais qui portaient une cargaison

de vin en Angleterre et avaient tué les équipages. (Robert de

Avesbury, _Hist. Ed. III_, p. 184 et 185.) Édouard se plaint

amèrement des pirateries des Espagnols, dans une lettre adressée

le 10 août 1350 à l’archevêque de Cantorbéry pour demander des

prières publiques; on y trouve ce passage: «Jamque in tantam

erecti sunt (Hispani) superbiam quod, immensa classe in partibus

Flandriæ per ipsos congregata et gentibus armatis vallata,

nedum se navigium nostrum in totum velle destruere et mari

anglicano dominari jactare præsumunt, sed regnum nostrum invadere

populumque nobis subjectum exterminio subdere velle expresse

comminantur.» V. Rymer, vol. III, p. 202.

Les Espagnols, de leur côté, informés des projets du roi d’Angleterre,

ont fait leurs préparatifs pour soutenir la lutte; ils ont muni

d’artillerie leurs quarante gros vaisseaux et pris des brigands à

leur solde.--Au moment où Édouard III, monté sur un navire appelé _La

Salle du Roi_, dont Robert de Namur est capitaine, fait exécuter par

ses ménestrels un air de danse que Jean Chandos vient de rapporter

d’Allemagne, tout à coup une sentinelle placée au haut du mât annonce

que les Espagnols sont en vue: le roi fait aussitôt sonner le branlebas

de combat[143]; les navires se rapprochent pour former une ligne

très-serrée; Édouard et ses chevaliers boivent du vin, revêtent leurs

armes en toute hâte, et la bataille commence. P. 90 à 92, 321 à 324.

[143] Cette bataille navale se livra en vue de Winchelsea, le

jour de la fête de la décollation de Saint-Jean, c’est-à-dire le

29 août 1350. L’armement de la flotte anglaise s’était fait à

Sandwich. V. Robert de Avesbury, p. 185.

Chroniques de J. Froissart, tome 04/13 · 第 3 / 41 段