nommé capitaine de Calais, avant le départ du roi d’Angleterre,
le 8 octobre 1347 (Rymer, vol. III, p. 138). Jean de Montgommery
fut remplacé le 1er décembre de cette même année par Jean de
Chivereston (_Ibid._, p. 142). C’est seulement le 24 avril 1348
qu’Édouard nomme son amé Aimeri de Pavie, non capitaine de
Calais, mais capitaine et conduiseur de ses galées et de tous
les arbalétriers et mariniers montant les dites galées (_Ibid._,
p. 159). Aimeri de Pavie, chargé sans doute comme capitaine des
galées de défendre les approches de Calais du côté de la mer,
remplit-il en outre par intérim ou autrement les fonctions de
gouverneur de cette ville? On en est réduit sur ce point à des
suppositions.
[118] Le 12 août 1347, le roi d’Angleterre fit annoncer par tout
son royaume qu’il concéderait des maisons, des rentes et ferait
toute sorte d’avantages à ceux de ses sujets qui voudraient
s’établir à Calais avant le 1er septembre suivant. V. Rymer, vol.
III, p. 130.
[119] Le 3 décembre 1347, Édouard confirma les statuts donnés à
la ville de Calais en 1317 par Mahaut, comtesse d’Artois. (Rymer,
vol. III, p. 142 à 144.) Les dispositions que le roi avait
ajoutées à ces statuts dès le 8 octobre 1347 sont relativement
libérales. (_Ibid._, p. 139.) V. Bréquigny, _Mém. de l’Académie
des Inscriptions_, t. 50, p. 623 à 627.
[120] Le témoignage de Froissart est contredit par George de
Lesnen, médecin de Charles de Blois, et Olivier de Bignon, son
valet de chambre, qui déclarent, dans l’enquête faite pour la
canonisation de ce prince, que les Anglais le soumirent à une
captivité très-dure. V. dom Morice, _Hist. de Bretagne_, t. II
des _Preuves_, p. 6 et 7.
[121] Charles de Blois était fils de Marguerite, et Philippe de
Hainaut était fille de Jeanne, toutes deux sœurs de Philippe de
Valois.
CHAPITRE LXVII.
1348. RAVAGES DES BRIGANDS EN LIMOUSIN ET EN BRETAGNE; EXPLOITS DE
BACON ET DE CROQUART[122] (§§ 315 et 316).
[122] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. LXXXII, p. 143
à 145.
Guillaume Douglas, retiré dans la forêt de Jedburgh, continue de faire
la guerre aux Anglais, même après la prise du roi d’Écosse et malgré
les trêves entre l’Angleterre et la France[123]. P. 67.
[123] Les Écossais étaient cependant compris dans ces trêves
comme alliés de la France. V. Arch. Nat., sect. hist., J636, nº
21.
Les trêves ne sont pas observées davantage en Gascogne, Poitou,
Saintonge et Limousin. Dans ces pays de frontière, les pauvres gens
d’armes exercent le brigandage comme un métier et s’y enrichissent
avec une promptitude merveilleuse; il y en a qui font des fortunes
de quarante mille écus. Voici comment ils procèdent. Rassemblés par
bandes de vingt ou trente, ils épient pendant quelque temps un riche
village ou un fort château situé dans les environs; puis un beau jour,
de très-grand matin, ils y pénètrent furtivement et mettent le feu à
une maison. Les habitants, qui croient avoir affaire à mille armures
de fer, s’enfuient affolés de terreur; les brigands pillent le village
ou le château, après quoi ils se retirent chargés de butin. Ils font
ainsi à Donzenac[124] et ailleurs; ils s’emparent des châteaux et
les revendent. Un de ces brigands emporte par escalade le château de
Comborn[125], en Limousin. Le vicomte de Comborn, fait prisonnier
dans son château, ne recouvre la liberté qu’en payant une rançon de
vingt-quatre mille écus. Ce brigand, nommé Bacon, après avoir vendu le
château de Comborn à Philippe de Valois moyennant vingt mille écus,
devient huissier d’armes[126] du roi de France, qui le comble de
faveurs. P. 67 à 69, 299 à 302.
[124] Corrèze, arr. Brive, un peu au nord de cette ville, à peu
près à égale distance des deux rivières de Corrèze et de Vézère.
En 1355, le fils de Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac,
nommé Bernard de Ventadour et châtelain de Beyssac (auj. château
de Saint-Augustin, Corrèze, arr. Tulle, c. Corrèze) joua un tour
du même genre à Pierre _de Mulceone_, seigneur de Bar (Corrèze,
arr. Tulle, c. Corrèze). Il s’introduisit dans le château de
Bar avec seize hommes armés en disant que les Anglais établis à
Beaumont (Corrèze, arr. Tulle, c. Seilhac) le poursuivaient et y
vola deux mille sommées de blé, soixante lards et six mille cinq
cents deniers de bon or à l’_ange_, au _pavillon_, à la _chaire_,
à l’_agneau_, à l’_écu_ (Arch. nat., X2a 6, fºs 416 à 424). Le
15 mars 1362, Guiraud de Ventadour, seigneur de Donzenac, prêta
serment de fidélité au roi d’Angleterre représenté par Jean
Chandos, vicomte de Saint-Sauveur, lieutenant dudit roi; il
s’engagea en outre à faire prêter serment à tous ses tenanciers
et à rapporter leurs noms à Chandos ou à son sénéchal. V.
Bardonnet, _Procès-verbal à Jean Chandos des places françaises
abandonnées par le traité de Brétigny_, Niort, 1870, in-8, p. 115.
[125] Comborn, autrefois siége d’une vicomté, est aujourd’hui un
château ruiné de la commune d’Orgnac, Corrèze, arr. Brive, c.
Vigeois; ce château est situé sur la rive droite de la Vézère.
Le 23 octobre 1363, à Poitiers, en l’église Saint-Maixent,
Archambaud, _vicomte de Comborn_, prêta serment de fidélité, tant
en son nom qu’au nom de Marie sa femme, à Édouard, fils aîné
du roi d’Angleterre, prince d’Aquitaine et de Galles, duc de
Cornouaille et comte de Chester. V. Delpit, _Documents français
conservés en Angleterre_, p. 114.
[126] Ce Bacon est peut-être Jean Bacon, écuyer, fils de
Guillaume Bacon, seigneur du Molay (Calvados, arr. Bayeux, c.
Balleroy), exécuté pour crime de lèse-majesté, au commencement
de l’année 1344. Comme les biens de sa famille avaient été
confisqués, Jean Bacon put être plus vivement tenté de refaire
sa fortune par le brigandage; et la guerre en Limousin entre les
partisans de Jeanne de Penthièvre et ceux de Jeanne de Montfort
lui en fournissait l’occasion. Comme il faisait cette guerre de
partisan au service ou du moins sous le couvert de la maison de
Blois, le roi de France le combla de faveurs.
En Bretagne, un autre brigand nommé Croquart, ancien page du seigneur
de Herck en Hollande, gagne bien soixante mille écus; il figure à
la bataille des Trente[127] du côté des Anglais et se montre le plus
brave. Le roi de France lui offre une pension de deux mille livres,
s’il veut se faire Français, mais il meurt d’une chute de cheval. P.
69, 70, 302, 303.
[127] Croquart figure en effet le premier sur la liste des quinze
gens d’armes qui, réunis à sept chevaliers et à huit écuyers,
composaient les trente champions du parti anglais.
CHAPITRE LXVIII.
1349 et 1350. TENTATIVE MALHEUREUSE DE GEOFFROI DE CHARNY POUR
REPRENDRE CALAIS AUX ANGLAIS (§§ 317 à 321).
Geoffroi de Charny[128], capitaine de Saint-Omer, conclut secrètement
une convention avec un Lombard, nommé Aimeri de Pavie, auquel Édouard
III a confié la garde du château de Calais; Aimeri s’engage à livrer
ce château moyennant vingt mille écus. Le roi d’Angleterre est informé
de cette convention; il mande à Londres Aimeri de Pavie, et, après une
scène de vifs reproches, il promet le pardon au Lombard à condition
que celui-ci fera semblant de poursuivre le marché: Édouard, prévenu à
temps, aura soin de se trouver en force à Calais le jour où Geoffroi de
Charny viendra pour prendre livraison du château, et ainsi les Français
seront pris au piége qu’ils ont voulu tendre.--Geoffroi de Charny, de
son côté, ne confie son secret qu’à quelques chevaliers de Picardie, et
met sur pied cinq cents lances en vue du coup de main projeté. Il est
entendu avec le capitaine du château de Calais que le marché recevra
son exécution dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier[129]
1350. Aussitôt que le jour est fixé, Aimeri envoie à Londres son frère
prévenir le roi d’Angleterre. P. 70 à 73, 303 à 306.
[128] Geoffroi de Charny, seigneur de Pierre-Perthuis, de
Montfort et de Savoisy, avait servi, en qualité de bachelier,
avec six écuyers dans la bataille de Raoul, comte d’Eu,
connétable de France, du 9 mars 1339 au 1er octobre 1340, sur
les frontières de Flandre; il était venu de Pierre-Perthuis sous
Vézelay (Yonne, arr. Avallon, c. Vézelay;--De Camps, portef.
83, fº 317, à la Bibl. nat.). Le 2 août 1346, Geoffroi promu
chevalier était au siége devant Aiguillon où, par acte daté de
Port-Sainte-Marie, il donnait quittance de 150 livres sur ses
gages et ceux des gens d’armes de sa compagnie (Anselme, _hist.
généal._, t. VIII, p. 202); le 6 janvier 1352, il était chevalier
de l’ordre de l’Étoile de la première promotion (Pannier, _hist.
de Saint-Ouen_, p. 95 et 96); le 10 septembre 1352, il était
à l’abbaye d’Ardres où il faisait payer 50 livres à Robert de
Varennes, capitaine de la bastide de Guines (Anselme, _Ibid._,
p. 203); en octobre 1353, dans un acte où il est qualifié
«conseiller du roi», il obtenait l’amortissement de 62 livres
10 sous tournois pour la dotation d’une chapelle ou église
collégiale dont il avait projeté la fondation dès 1343 dans son
manoir de Lirey (Aube, arr. Troyes, c. Bouilly;--JJ82, p. 28); en
juillet 1356 il était gratifié par le roi Jean de deux maisons
confisquées sur Joceran de Mâcon et sises à Paris, l’une en face
l’église Saint-Eustache, et l’autre à la Ville-l’Évêque, et
cette donation était confirmée le 21 novembre 1356, à la requête
de Jeanne de Vergy sa veuve, par Charles duc de Normandie, en
faveur de Geoffroi de Charny, fils mineur du dit Geoffroi «tué à
la bataille livrée dernièrement près de Poitiers.» (Arch. nat.,
JJ84, p. 671.) Geoffroi de Charny avait été choisi, en effet,
le 25 juin 1355, pour porter l’oriflamme, et il se fit tuer à
Poitiers en couvrant le roi Jean de son corps. Comme Boucicaut,
comme le petit sénéchal d’Eu, comme Jean de Saintré et la plupart
des chevaliers de son temps, Geoffroi de Charny était lettré;
il est l’auteur d’un ouvrage en prose intitulé: «Demandes pour
le tournoy que je, Geoffroi de Charni, fais à haut et puissant
prince des chevaliers de Nostre Dame de la Noble Maison.»
(Galland, _Mém. de l’Acad. des Inscriptions_, t. II, p. 739.)
M. Léopold Pannier a bien voulu nous signaler en outre dans le
ms. nº 25447 du fonds français, à la Bibliothèque nationale, une
pièce de vers inédite dont l’auteur est un Geoffroi de Charny.
[129] Cette date, confirmée par les _Grandes Chroniques de
France_ (éd. P. Paris, t. V, p. 491) et par Robert de Avesbury
(181), est donnée par vingt manuscrits de la première rédaction
proprement dite (p. 313) qui sont ici plus exacts que ceux de la
première rédaction revisée.
Édouard se rend aussitôt à Calais avec une troupe de trois cents
hommes d’armes et de six cents archers placés en apparence sous les
ordres de Gautier de Mauny, car le roi veut qu’on ignore sa présence.
Au jour dit, c’est-à-dire le 31 décembre 1349, Geoffroi de Charny, à
la tête de cinq cents lances, arrive vers minuit en vue du château de
Calais, ainsi qu’il a été convenu. Il passe le pont de Nieuley dont
il confie la garde à Moreau de Fiennes, au sire de Crésecques, aux
arbalétriers de Saint-Omer et d’Aire, tandis qu’il prend position
entre ce pont et Calais, en face de la porte dite de Boulogne. Puis il
envoie en avant Oudart de Renty avec onze autres chevaliers et cent
armures de fer porter à Aimeri de Pavie les vingt mille écus promis
et prendre possession du château. Oudart de Renty et ses compagnons
trouvent le pont-levis abaissé pour leur livrer passage; mais à peine
ont-ils pénétré dans la cour du château et remis entre les mains
d’Aimeri un sac contenant la somme convenue qu’à un signal donné le
roi d’Angleterre[130], son fils et Gautier de Mauny, suivis de deux
cents combattants, se précipitent sur les Français au cri de: «Mauny,
Mauny, à la rescousse!» Oudart et les siens n’ont pas même le temps
de se reconnaître et sont faits prisonniers. Puis les Anglais montent
à cheval et courent attaquer Geoffroi de Charny qui ne se doute de
rien et commence à s’impatienter en ne voyant pas revenir Oudart de
Renty. Avant d’engager cette seconde action, Édouard, qui veut couper
la retraite aux Français, dépêche en toute hâte un fort détachement
composé de six bannières et de trois cents archers, contre les
arbalétriers des sires de Fiennes et de Crésecques préposés à la garde
du pont de Nieuley. Plus de cent vingt Français sont tués ou noyés en
défendant ce pont; mais les seigneurs de Fiennes, de Crésecques, de
Sempy, de Longvillers et de Mametz parviennent à se sauver. P. 73 à 79,
306 à 311.
[130] L’affaire fut chaude, et le roi d’Angleterre y fut serré
de près, car quinze jours après cet engagement, le 15 janvier
1350, on le voit donner deux cents marcs de rente annuelle à Gui
de Bryan «considerantes grata et laudabilia obsequia nobis per
dilectum et fidelem nostrum Guidonem de Bryan a diu multipliciter
impensa ac bonum gestum suum, _in ultimo conflictu_ inter nos et
quosdam inimicos nostros Franciæ _apud Calesium habito, vexillum
nostrum ibidem contra dictos inimicos nostros prudenter deferendo
et illud erectum sustinendo strenue et potenter_....» Rymer,
_Fœdera_, vol. III, p. 195.
Le fort de l’action s’engage là où Geoffroi de Charny combat en
personne; il voit tomber à ses côtés, frappés mortellement, Henri du
Bos et Pepin de Wierre; il est fait lui-même prisonnier, ainsi que Jean
de Landas, Hector et Gauvain de Bailleul, le sire de Créquy et tous ses
autres compagnons, après avoir fait des prodiges de valeur. Toutefois,
l’honneur de la journée est pour Eustache de Ribemont, qui se rend au
roi d’Angleterre contre qui il a soutenu une lutte acharnée, sans le
connaître. P. 79 à 81, 311 à 313.
La nuit du jour de l’an, Édouard offre en son château de Calais un
magnifique souper à ses compagnons d’armes et aux chevaliers français
prisonniers. Après le repas, il donne devant tous les assistants son
propre _chapelet_[131] (chapeau) enrichi de perles à Eustache de
Ribemont comme au plus brave, en accompagnant ce présent des éloges les
plus flatteurs; puis il rend la liberté au chevalier français, sans
exiger aucune rançon[132]. P. 81 à 84, 313 à 317.
[131] Les princes et les grands seigneurs portaient à cette
époque de chapeaux ou _chapelets_ du plus grand luxe. En 1359,
le comte d’Étampes, empruntant de Guillaume Marcel, changeur et
bourgeois de Paris, mille moutons d’or, à raison de quatre cents
moutons d’intérêt pour six semaines, afin de racheter aux Anglais
le pays d’Étampes qu’ils occupaient, donne à son prêteur, en gage
du payement de cet intérêt, son «chapeau d’or du pris de deux
cenz moutons». Arch. nat., sect. hist., JJ91, p. 399.
[132] Édouard voulut sans doute se rattraper de cet acte de
générosité chevaleresque sur ses autres prisonniers. Il est
certain du moins qu’il soumit Geoffroi de Charny à une rançon
énorme, puisque le roi Jean, pour aider ce chevalier à la payer,
lui fit donner, le 31 juillet 1351, douze mille écus d’or.
Anselme, _Hist. gén._, t. VIII, p. 201.
Mort de Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne[133], mariée à
Philippe de Valois, et de Bonne[134], fille de Jean de Luxembourg,
roi de Bohême, mariée à Jean, duc de Normandie. Philippe et Jean se
remarient bientôt après, le premier à Blanche[135], fille de Philippe
d’Évreux, roi de Navarre, le second à Jeanne[136], comtesse de
Boulogne, veuve de Philippe de Bourgogne, mort devant Aiguillon. P. 84,
85, 317, 318.
[133] Jeanne, fille de Robert II, duc de Bourgogne, mourut
le samedi 12 décembre 1349, d’après les _Grandes Chroniques
de France_ (éd. de M. P. Paris, in-12, t. V, p. 490). Les
Bénédictins se sont trompés en faisant mourir cette reine le 12
septembre 1348.
[134] D’après l’épitaphe qu’on voyait sur le tombeau de cette
princesse, dans l’abbaye de Maubuisson, Bonne de Luxembourg
mourut le 11 septembre 1349. (Dacier, édit. de Froissart, p.
366, note 2, et _L’Art de vérifier les dates_, t. I, p. 600.)
Elle serait morte le vendredi 11 août 1349, d’après les _Grandes
Chroniques de France_ (t. V, p. 490).
[135] Le 29 janvier 1350, d’après l’_Art de vérifier les dates_
(t. I, p. 597), le mardi 11 janvier 1350, d’après les _Grandes
Chroniques de France_ (t. V, p. 491), Philippe de Valois se
remaria à Blanche, fille de Philippe d’Évreux, roi de Navarre.
[136] Jean, fils aîné du roi de France, duc de Normandie, se
remaria à Jeanne, comtesse de Boulogne, le mardi 9 février 1350,
d’après les _Grandes Chroniques de France_ (_Ibid._, p. 492),
et non le 19 février 1350, comme on l’a imprimé par erreur dans
l’_Art de vérifier les dates_, t. I, p. 600.
CHAPITRE LXIX.
1347. MARIAGE DE LOUIS, COMTE DE FLANDRE, AVEC MARGUERITE FILLE DE
JEAN, DUC DE BRABANT[137] (§ 322).
[137] Ce chapitre appartient en propre à Froissart et ne se
trouve pas dans les _Chroniques_ de Jean le Bel.
Il a été dit plus haut que Louis, comte de Flandre, après avoir fiancé
à Bergues Isabelle, fille d’Édouard III, s’était réfugié en France pour
échapper à la conclusion de ce mariage. Le duc Jean de Brabant ouvre
aussitôt des négociations auprès du roi de France, afin d’obtenir la
main du comte de Flandre pour sa fille Marguerite. Philippe de Valois,
auquel le duc de Brabant promet d’engager les Flamands dans l’alliance
française, conseille à Louis de Male[138] d’agréer les ouvertures de
Jean III. Quant aux bonnes villes de Flandre, le duc de Brabant les
menace, si elles ne lui sont pas favorables, de leur faire la guerre. A
la suite de conférences tenues à Arras entre le jeune comte de Flandre
et les envoyés de Jean III, Louis de Male s’engage solennellement à
prendre Marguerite en mariage, puis il vient en Flandre où il rentre en
possession de tous ses droits seigneuriaux, et bientôt après il épouse
la fille du duc de Brabant. Une clause secrète du contrat fut que
Malines[139] et Anvers, après la mort de Jean III, feraient retour au
comte de Flandre.--L’irritation que le roi d’Angleterre ressent de ce
mariage dans le premier moment ne l’empêche pas au bout de peu de temps
de faire sa paix avec le duc de Brabant et le comte de Flandre[140]. P.
85 à 88, 318 à 320.
[138] Dès le 17 mai 1347, à Conflans près Paris, Louis de
Male élisait certains procureurs pour traiter de son mariage
avec Marguerite, fille de Jean, duc de Brabant (Arch. nat.,
_Transcripta_, JJC, fº 118 vº); à Saint-Quentin, le 6 juin, il
promettait d’être le mardi 26 juin à Lewre en Brabant (auj.
Leeuw-Saint-Pierre, prov. Brabant, à 13 kil. de Bruxelles) pour
accomplir le dit mariage (Arch. nat., JJC, fº 135 vº, p. 64), et
il assignait à sa femme 6000 livres en terre sur le comté d’Alost
(JJC, fº 128 vº). De son côté, Jean, duc de Brabant, le 18 mai
1347, à Bruxelles, nommait certains procureurs pour traiter du
mariage entre son fils aîné Henri et Jeanne, fille du duc de
Normandie, et entre son fils Godefroi et Bonne, fille du duc de
Bourbon (JJC, fº 123); à Saint-Quentin, le 2 juin, il s’engageait
à rompre le plus tôt possible son alliance avec les Flamands
et le comte de Hainaut (JJC, fº 119); il promettait au dit
Saint-Quentin, le 6 juin, d’aider le comte de Flandre à se faire
obéir des Flamands (JJC, fº 118); il déclarait n’être aucunement
l’allié du roi d’Angleterre (JJC, fº 116); enfin, il signait
une alliance avec le roi de France dans la maison des Frères
Prêcheurs (JJC, fº 139 vº). En retour, Philippe de Valois, par
lettres aussi datées de Saint-Quentin, le 6 juin 1347, promettait
que Jeanne de Normandie et Bonne de Bourbon se trouveraient au
château de Vincennes le 19 juin pour leurs mariages avec Henri
et Godefroi de Brabant, et que Louis, comte de Flandre, se
trouverait à Leeuw en Brabant le 26 juin pour son mariage avec
Marguerite de Brabant (JJC, fº 140 vº).
[139] Par cet acte daté de Saint-Quentin, le 5 février 1347,
Philippe de Valois garantit le comte de Flandre contre l’évêque
et le chapitre de Liége au sujet de Malines cédée par ledit comte
à Henri, fils du duc de Brabant, à l’occasion de son mariage avec
Jeanne, fille du duc de Normandie. (Arch. nat., sect. hist., JJC,
fº 133.) Par un autre acte rendu aussi à Saint-Quentin le 5 juin,
le roi de Navarre donne au comte de Flandre cinq mille livres
de terre en échange de la cession de Malines à Henri de Brabant
(_Ibid._, fº 131). Philippe de Valois achève de dédommager Louis
de Male en érigeant en pairie, par lettres patentes du 27 août
1347, les comtés de Nevers, de Rethel et la baronnie de Donzy. V.
Blanchard, _Compilation chronologique_, col. 105 et 106.
[140] Un traité fut conclu entre le roi d’Angleterre et le
comte de Flandre dans les premiers jours de décembre 1348. Par
ce traité, Édouard III et Louis de Male ratifient les articles
arrêtés par leurs députés et renouvellent l’alliance entre
l’Angleterre et la Flandre. Henri, comte de Lancastre, est chargé
de recevoir l’acte d’hommage du comte qui s’engage à pardonner
aux villes de Gand et de Bruges tout ce qu’elles ont fait contre
lui pendant leurs rébellions. Ce traité fut ratifié par Louis de
Male, le 4 décembre 1348 (Archives du Nord, fonds de la Chambre
des Comptes de Lille, orig. parch.) et par Édouard III le 10
décembre suivant. V. Rymer, _Foedera_, vol. III, p. 178 et 179.
CHAPITRE LXX.
1350. DÉFAITE DES ESPAGNOLS DANS UNE BATAILLE NAVALE LIVRÉE EN VUE DE
WINCHELSEA CONTRE LES ANGLAIS.--1352. EXÉCUTION D’AIMERI DE PAVIE A
SAINT-OMER[141] (§§ 323 à 329).
[141] Ce chapitre ne se trouve pas dans les _Chroniques_ de Jean
le Bel.
Édouard III apprend que les Espagnols, dont la marine s’est portée
naguère à des actes d’hostilité contre les Anglais[142], sont allés
avec de nombreux vaisseaux acheter des draps, des toiles et autres
marchandises en Flandre; il ne veut pas laisser échapper cette occasion
de se venger de ses ennemis. Il équipe une flotte puissante, dont
les navires sont montés par l’élite de sa noblesse; il en prend le
commandement et va croiser entre Douvres et Calais. P. 88 à 90, 320,
321.
[142] Vers la Toussaint, c’est-à-dire au commencement de novembre
1349, les Espagnols s’étaient emparés, à l’embouchure de la
Gironde, de plusieurs navires anglais qui portaient une cargaison
de vin en Angleterre et avaient tué les équipages. (Robert de
Avesbury, _Hist. Ed. III_, p. 184 et 185.) Édouard se plaint
amèrement des pirateries des Espagnols, dans une lettre adressée
le 10 août 1350 à l’archevêque de Cantorbéry pour demander des
prières publiques; on y trouve ce passage: «Jamque in tantam
erecti sunt (Hispani) superbiam quod, immensa classe in partibus
Flandriæ per ipsos congregata et gentibus armatis vallata,
nedum se navigium nostrum in totum velle destruere et mari
anglicano dominari jactare præsumunt, sed regnum nostrum invadere
populumque nobis subjectum exterminio subdere velle expresse
comminantur.» V. Rymer, vol. III, p. 202.
Les Espagnols, de leur côté, informés des projets du roi d’Angleterre,
ont fait leurs préparatifs pour soutenir la lutte; ils ont muni
d’artillerie leurs quarante gros vaisseaux et pris des brigands à
leur solde.--Au moment où Édouard III, monté sur un navire appelé _La
Salle du Roi_, dont Robert de Namur est capitaine, fait exécuter par
ses ménestrels un air de danse que Jean Chandos vient de rapporter
d’Allemagne, tout à coup une sentinelle placée au haut du mât annonce
que les Espagnols sont en vue: le roi fait aussitôt sonner le branlebas
de combat[143]; les navires se rapprochent pour former une ligne
très-serrée; Édouard et ses chevaliers boivent du vin, revêtent leurs
armes en toute hâte, et la bataille commence. P. 90 à 92, 321 à 324.
[143] Cette bataille navale se livra en vue de Winchelsea, le
jour de la fête de la décollation de Saint-Jean, c’est-à-dire le
29 août 1350. L’armement de la flotte anglaise s’était fait à
Sandwich. V. Robert de Avesbury, p. 185.