impériale tandis qu'ils se trouvent dans les autres bibliothèques de
Paris ou des départements. Il faudrait en faire dresser l'état et les
faire prendre dans ces établissements auxquels on donnerait en échange
des ouvrages qu'ils n'ont pas et dont la Bibliothèque a des doubles. Il
doit résulter de cette opération, si elle est bien faite, que lorsqu'on
ne trouvera pas un livre à la Bibliothèque, il sera certain que cet
ouvrage n'existe pas en France.
«Le déplacement des objets attirés des autres bibliothèques par
l'exécution de cette mesure, ainsi que celui des livres à donner
en échange n'aura lieu que lors de l'établissement définitif de la
Bibliothèque au Louvre.»
Ce projet de la _Bibliothèque universelle_, comme on l'a appelé, plus
séduisant dans la forme que réalisable dans la pratique, ne fut pas
exécuté. D'un côté l'insuffisance des fonds accordés à la Bibliothèque,
l'augmentation prodigieuse du nombre des ouvrages entrés depuis une
cinquantaine d'années ne permettaient guère de reprendre l'impression
du catalogue, et d'un autre côté, il ne fallait pas compter sur un
grand empressement de la part des bibliothèques à répondre à un appel
qui tendait à les amoindrir.
A la même époque la question du déplacement de la Bibliothèque était à
l'ordre du jour; il s'agissait de la transférer au Louvre. Dès 1801, le
ministre de l'Intérieur, Chaptal, exposait dans un rapport les raisons
d'intérêt supérieur qui selon lui devaient faire adopter ce projet:
«L'espace manque au développement de tant de richesses[48]... Le peu
de solidité de l'édifice nécessite des réparations ruineuses et sans
cesse renaissantes, placé au milieu de théâtres nombreux[49], entouré
et presque confondu dans des maisons habitées, la sûreté du riche
dépôt qu'il renferme est menacée à chaque instant. La translation de
la Bibliothèque nationale au Louvre présente tous les avantages qu'on
peut désirer: 1º elle assure la conservation de ce précieux dépôt; 2º
elle réunit dans le même lieu la plus riche bibliothèque du monde à
la plus belle collection de peinture et de sculpture qu'on connaisse:
par elle, les chefs-d'œuvre de Phidias, de Raphaël et de Racine
n'auront plus qu'un même temple; 3º elle établit dans le centre de ces
monuments éternels du génie le corps littéraire, l'Institut qui en est
le conservateur né; 4º elle termine enfin le beau palais du Louvre et
donne pour asile aux chefs-d'œuvre de l'esprit humain le chef-d'œuvre
de l'architecture. Sans doute il en coûtera des sommes considérables
pour opérer cette translation; mais la vente des bâtiments qu'occupe en
ce moment la Bibliothèque fournit en partie à la dépense; d'ailleurs
la nécessité de cette translation est tellement sentie, si vivement
sollicitée que la différer et exposer par le retard la Bibliothèque
nationale à périr serait un crime de vandalisme dont aucun motif
d'économie ne pourrait absoudre.»
[48] Malgré l'accroissement des collections, l'état des bâtiments
n'avait pas changé depuis 1724. On avait même installé dans la partie
orientale de l'ancien palais Mazarin un service tout-à-fait étranger
à la Bibliothèque, celui de la trésorerie qui y resta jusqu'en
1833. Des artistes, comme Houdon, le sculpteur, Saint-Aubin, le
graveur, y avaient leurs ateliers. Le conservatoire ne put obtenir
le déplacement du Trésor public, et Saint-Aubin, moins opiniâtre
que Houdon, fut le seul à partir. Les démêlés de ce dernier avec le
conservatoire, à ce sujet, sont assez piquants. Le conservatoire eut
beau lui signifier son congé à diverses reprises, le citer devant le
juge de paix comme un locataire récalcitrant, ce fut la Bibliothèque
qui céda; l'artiste occupait encore son atelier en 1816, puisqu'à
cette époque le sculpteur Millehomme en demandait la concession
qui d'ailleurs lui fut refusée. Peut-être Houdon avait-il gagné le
conservatoire en laissant placer dans nos salles le plâtre original
de sa célèbre statue de Voltaire, qui fut donné à la Bibliothèque par
Madame Duvivier en 1810, et qui y est encore conservé.--La statue de
Cicéron, de Houdon, qu'on voit également dans nos galeries, a été
achetée par la Bibliothèque en 1836 et payée 150 francs.
[49] A cette époque l'Opéra était situé place Louvois.
Sur les ordres de l'empereur, le ministre de l'Intérieur Crétet
prescrivit le 7 septembre 1807 un recensement général des collections
et une évaluation de l'espace à ménager pour l'avenir. Le dénombrement
des collections fait à cette époque, donna les chiffres suivants:
252,000 volumes imprimés. (Dans ce nombre on avait compté pour un
volume seulement des recueils renfermant 20, 30, 40 et quelquefois
50 pièces).
83,000 volumes manuscrits.
85,000 monnaies, médailles, jetons, etc., etc.
1,250 pièces gravées.
4,600 bronzes, antiques, etc., etc.
4,626 volumes contenant environ 1,500,000 estampes.
La mise à exécution des projets de l'empereur, au sujet du déplacement
de la Bibliothèque, se borna à cette opération. Des réformes qu'il
avait en vue, il ne vit s'accomplir, et encore temporairement,
que celles qui concernaient l'organisation administrative de la
Bibliothèque. Le Consulat, qui ramenait partout le pouvoir à la
centralisation, établit dans la Bibliothèque l'unité administrative et
la responsabilité d'un seul. L'arrêté de Lucien Bonaparte, ministre
de l'Intérieur, en date du 28 vendémiaire, an IX, créait une place
d'administrateur et nommait:
Capperonnier, administrateur,
Van Praet, conservateur des Imprimés,
Langlès, La Porte du Theil, Legrand d'Aussy, conservateurs des
Manuscrits,
Millin, Gosselin[50], conservateurs des Médailles,
Joly, conservateur des Estampes.
[50] Gosselin avait succédé à Barthélemy de Courçay, mort le 9
brumaire an VIII.
Les conservateurs formaient sous la présidence de l'administrateur
un conseil purement consultatif. Les principes contenus dans cet
arrêté ont été reproduits dans le décret organique de 1858, qui régit
aujourd'hui la Bibliothèque nationale.
La mort de Legrand d'Aussy, arrivée le 15 frimaire an IX, appela
aux fonctions de conservateur des manuscrits en langue moderne,
Dacier, membre de l'Institut, et le 4 janvier 1806, Dacier fut nommé
administrateur de la Bibliothèque. C'est lui qui en cette qualité
eut, en 1814 et en 1815, le triste devoir d'exécuter les ordres de
restitution des alliés, commandant en maîtres dans Paris.
La Prusse fut la première à réclamer en 1814; elle demanda la
restitution de la collection de médailles romaines et des pièces dites
_bractéates_ qui avaient été rapportées de Berlin en 1806. Le 1er
octobre les commissaires prussiens, Bussler, conseiller aulique, et
Henry, bibliothécaire du roi de Prusse, signèrent un reçu de 8,465
pièces. Le 29 décembre, la Bibliothèque rendit les quelques volumes
enlevés à Potsdam parmi lesquels se trouvaient les tomes II et III des
œuvres de Voltaire annotés de sa main. Le commissaire de l'Autriche,
le baron Ottenfels se fit également restituer les volumes manuscrits
rapportés de Vienne en 1809.
Le 2 septembre 1815, les manuscrits de Wollfenbüttel furent remis
au grand chambellan du duc de Brunswick, et le 6 du même mois on
livra aux commissaires prussiens les diplômes, bulles, etc., venus
d'Aix-la-Chapelle et de diverses villes de la Belgique. Le 9 septembre,
la Bavière reprit les imprimés, manuscrits et estampes enlevés aux
bibliothèques de Munich, de Nuremberg, etc.
Ensuite ce fut le tour de l'Italie. Le 27 septembre, le général
prussien de Müffling, gouverneur de Paris, demanda, au nom de
l'empereur d'Autriche, le manuscrit de Virgile qui avait appartenu à la
Bibliothèque Laurentienne à Florence. «Vous m'obligerez, écrivait-il à
M. Dacier, en me dispensant de prendre des mesures ultérieures.» Dacier
crut devoir en référer au ministre de l'Intérieur. «Vous ne devez céder
qu'à la force, répondit M. de Barante, ou du moins à une démonstration
suffisante qu'elle sera employée.»
Le 5 octobre 1815, le baron Ottenfels, commissaire de l'Autriche, se
présenta à la Bibliothèque accompagné du capitaine Meyern, porteur
des ordres du général de Müffling et suivi d'un fort détachement de
troupes. Le conservatoire remit entre leurs mains deux cent deux
manuscrits des bibliothèques de Saint-Marc à Venise, de Mantoue, de
Milan, qui reprirent le chemin de l'Italie, avec les livres et les
manuscrits de Turin et de Rome réclamés par Mgr Marini, commissaire du
Saint-Siége.
Quelques jours plus tard, le 20 octobre, on fut obligé de rendre au
baron Fagel, ambassadeur du roi des Pays-Bas, les manuscrits rapportés
de La Haye.
Cependant la Prusse n'était pas satisfaite. Dans un long mémoire remis
le 8 octobre au Ministre de l'Intérieur, le baron Alkensten, ministre
d'Etat à Berlin, déclarait que le gouvernement prussien n'ayant pas
obtenu la restitution de tous les objets emportés par les autorités
françaises et déposés soit dans nos bibliothèques, soit dans nos
musées, il se voyait forcé de réclamer une compensation en objets de
même nature. Dans ce système il ne s'agissait rien moins que d'enlever
à la Bibliothèque des centaines de médailles, d'estampes, de livres
imprimés, surtout et plus particulièrement des manuscrits précieux
relatifs à l'ancienne poésie allemande, à l'histoire d'Allemagne,
au droit romain, à la théologie, tous objets qui n'avaient jamais
appartenu à l'étranger.
C'était un véritable démembrement des collections du département des
manuscrits. Ces prétentions émurent vivement le conservatoire et son
digne président M. Dacier. Il était en effet au moins étrange d'obliger
la Bibliothèque à un dédommagement pour des objets dont le sort était
inconnu, qui avaient pu être perdus ou détruits dans les hasards de la
guerre, ou encore transportés d'un établissement dans un autre dépôt
appartenant en 1815 aux puissances alliées, comme les 35 caisses de
livres provenant de pays conquis qui avaient été expédiées, avant 1796,
à Bruxelles et à Bruges. Dacier fit valoir ces raisons avec force dans
un rapport au ministre de l'Intérieur qu'il terminait par ces nobles
paroles:
«Dans le cas où la Bibliothèque aurait le malheur d'être obligée de
souffrir cette spoliation, je supplie Votre Excellence de charger un
autre des conservateurs d'en être l'instrument et d'avoir l'extrême
bonté d'épargner à ma vieillesse la douleur d'y prendre part. Je ne me
sens ni la force, ni le courage nécessaire pour être le témoin d'une
opération aussi désastreuse qu'humiliante et irréparable.»
Fort heureusement le Ministre ne fut pas obligé de recourir à cette
mesure extrême, l'affaire n'eut pas de suite. Dans deux lettres du
26 et du 30 octobre 1815, le baron de Müffling et le baron Ottenfels
annonçaient la fin de leur mission. Cette époque pénible des
restitutions était passée, mais la Bibliothèque en avait retiré cet
enseignement, que pour l'établissement scientifique qui les a reçus,
la présence des trophées peut à un moment donné être plus funeste
qu'utile.
PÉRIODE CONTEMPORAINE.
Dès les premières années de la Restauration, la Bibliothèque trouva
auprès du gouvernement, bien que les temps fussent difficiles, un appui
pour des acquisitions extraordinaires. En 1817, on annonçait la vente
de la bibliothèque Mac-Carthy. «Cette fameuse bibliothèque, écrivait
Van Praet, fruit de 40 ans de recherches, de soins et de dépenses,
consiste principalement en monuments typographiques uniques dont la
plupart remontent à l'origine de l'imprimerie et en livres imprimés sur
vélin, ornés des plus curieuses miniatures et d'autant plus précieux
que plusieurs ont été faits pour nos rois et leur ont appartenu.» Au
nombre de ces monuments se trouvait le Psautier de Mayence, de 1457,
le premier livre imprimé avec date. Le budget de la Bibliothèque
était bien modique pour participer à une vente aussi considérable. Le
conservatoire fit appel à la sollicitude de Louis XVIII; le roi donna
20,000 fr. sur sa cassette, le ministre une somme égale sur les fonds
de son département. 39,255 francs furent employés à l'acquisition des
plus remarquables volumes qui manquaient à la Bibliothèque; le Psautier
qu'elle poursuivait lui fut adjugé.
Le Cabinet de médailles celtibériennes de Florès, la première
collection d'antiquités égyptiennes rapportées par M. Cailliaud furent
l'objet d'un nouveau supplément de fonds. Grâce à la sollicitude du duc
Decazes qui accorda à la Bibliothèque, en sus des crédits ordinaires,
une somme de 24,000 fr., le département des médailles s'enrichit
d'environ 2,500 pièces puniques, celtibériennes, phéniciennes, etc.,
ainsi que d'une suite importante de monuments d'Egypte. En 1821, le
comte Siméon, ministre de l'Intérieur, autorisa l'acquisition de
la collection qu'un agent français dans le Levant, M. Cousinéry,
avait mis 30 ans à former. Les 5,350 pièces dont elle se composait
vinrent compléter les séries des villes grecques ou de l'Asie-Mineure
conservées dans les médailliers de l'Etat. Sur les 60,000 fr. qu'elle
coûta, 34,000 fr. furent payés par le Ministère.
Le ministère du comte de Corbières ne fut pas moins bienveillant. Il
accorda 150,000 fr. de crédits supplémentaires pour l'acquisition du
Zodiaque de Dendérah, de la 2e collection Cailliaud, des livres et
manuscrits orientaux de Langlès, des estampes des collections Denon et
Desenne, des médailles grecques de Caldavène et du cabinet Allier de
Hauteroche.
En résumé, la Bibliothèque, dans une période de 14 ans, reçut
tant du gouvernement de Louis XVIII que de celui de Charles X des
allocations extraordinaires dont le total ne s'élève pas à moins de
295,000 francs. L'insuffisance du budget normal de la Bibliothèque
devint encore plus évidente dans les années qui suivirent. En 1839,
la Chambre des Députés, sur la demande du gouvernement, alloua un
crédit extraordinaire de 1,200,000 francs qui porta le budget
annuel à 170,000 francs. A l'aide de cette augmentation, M. Naudet,
nommé directeur en 1840, en remplacement de M. Letronne, put pousser
activement les travaux de catalogue et de reliure. Son administration
fut marquée par d'importantes acquisitions, notamment par celles de la
collection de médailles françaises cédée par M. Jean Rousseau au prix
de 103,000 francs (1848), de la savante collection de manuscrits et
de livres que feu M. Eugène Burnouf avait formée sur l'Inde (1854),
des 67,000 portraits de la collection de Bure (1855), dont l'entrée au
département des Estampes ne suivit que de quelques années la donation
du docteur Jecker (1851).
En même temps, l'administration supérieure introduisit dans la
Bibliothèque des réformes qui devaient aboutir aux grands changements
de 1858. Cette réorganisation, demandée depuis longtemps, fut
l'œuvre d'une commission présidée par M. Mérimée. Elle permit à
l'administration de M. Taschereau, administrateur adjoint depuis 1852
et administrateur général en 1858, de faire entrer la Bibliothèque dans
une nouvelle voie de prospérité.
Le moment n'est pas venu de retracer l'histoire de cette période
contemporaine. Qu'il nous suffise de rappeler les donations de premier
ordre faites par M. Hennin au Cabinet des Estampes, par M. le duc
de Luynes, par M. le vicomte de Janzé au Cabinet des Médailles, les
acquisitions extraordinaires, avec le secours du Ministère, des
estampes composant la collection Devéria (1858), des 100,000 volumes
sur la Révolution française réunis par M. Labédoyère (1863), de la
suite de manuscrits rapportés de l'Inde par M. Grimblot (1866), de
la collection formée par Beuchot sur Voltaire, de celle du docteur
Payen sur Montaigne (1870); et les acquisitions faites dans les mêmes
conditions aux ventes Solar, Yemeniz et Pichon, l'acquisition de
quatre médaillons d'or antiques parmi lesquels se trouvait la célèbre
médaille d'Eucratide. En 13 ans, le crédit de la Bibliothèque reçut un
supplément total de 301,000 francs.
Les importants résultats de l'administration de M. Taschereau ont été
éloquemment résumés dans les termes suivants par son digne successeur,
le jour où M. Léopold Delisle fut appelé à la direction de la
Bibliothèque:
«Avec M. Taschereau, nous perdons un administrateur dont la
bienveillance égalait la fermeté et dont les actes tiendront une
grande place dans les annales de notre chère Bibliothèque. C'est lui
qui a fait prévaloir les salutaires principes consacrés par le décret
de 1858, lui qui a provoqué les réformes les plus sages et les plus
libérales, telles que la prolongation des séances de chaque jour, la
suppression des vacances, l'organisation de la salle réservée et de
la salle publique du département des Imprimés. C'est lui qui a fait
améliorer la condition des fonctionnaires de tout rang, lui qui a
maintenu la discipline, entretenu l'émulation, dirigé les travaux de
classement et de catalogue dont le temps démontrera de plus en plus
l'utilité et l'importance.
«Vous savez avec quelle ardeur il a dans toutes circonstances défendu
les intérêts de la Bibliothèque, soit pour faire triompher devant les
tribunaux des droits imprescriptibles, soit pour défendre l'intégrité
de nos départements menacés par des adversaires puissants, soit enfin
pour obtenir des crédits extraordinaires sans lesquels on aurait vu
se disperser ou passer à l'étranger des collections dont la France
n'aurait pu être dépouillée sans amoindrissement de son domaine
historique, littéraire et artistique.
«Nous tous, Messieurs, qui avons été témoins de ces efforts
incessamment répétés, nous qui en avons recueilli les fruits dans
chacun de nos départements, nous garderons un souvenir reconnaissant
de l'administration de M. Taschereau, et nous nous honorerons toujours
d'avoir été associés aux travaux qu'il avait entrepris et dont il a
poursuivi l'achèvement avec tant de persistance.»
Les années à venir confirmeront ce sincère témoignage rendu à l'homme
qui, pendant 22 ans, n'a cessé d'être animé d'un zèle ardent pour la
Bibliothèque et qui l'a maintenue avec éclat au rang qu'elle occupe
depuis longtemps dans le monde savant.
BUDGET, CATALOGUES, STATISTIQUE DES COLLECTIONS.
L'histoire de la Bibliothèque nationale présente une particularité
frappante, c'est la suite non interrompue des efforts de tous les
gouvernements qui se sont succédé en France pour enrichir les
collections de ce grand établissement.
A la fin de l'ancien régime, le budget de la Bibliothèque s'élevait,
année moyenne, à 83,000 livres, non compris les crédits extraordinaires
qui quelquefois firent monter, pour un exercice seulement, le total des
dépenses à 169,000 livres. Cette somme, considérable pour l'époque, fut
réduite par l'assemblée de 1790, mais en 1795 la Convention la porta à
192,000 livres.
De nouveau diminué sous l'Empire, le budget de la Bibliothèque
s'accrut, pendant la Restauration, d'allocations supplémentaires,
accordées en vue d'acquisitions extraordinaires. Sous le règne de
Louis-Philippe, depuis 1835 jusqu'en 1848, la Bibliothèque, dotée
d'un crédit extraordinaire de 1,344,000 francs qui fut voté en 1837,
put consacrer aux acquisitions et aux reliures une somme annuelle de
174,000 francs.
Sous le second Empire la somme inscrite au Budget pour les acquisitions
fut ramenée à 102,000 francs. En 1858, elle n'était plus que de
73,202 francs, chiffre que M. Mérimée, rapporteur de la Commission
de réorganisation, n'hésitait pas à qualifier de dérisoire. Dans les
années qui suivirent, notre Budget fut élevé à la somme de 114,350
francs, à laquelle vinrent s'ajouter des allocations extraordinaires
dont le total ne monte pas à moins de 301,000 francs. Aujourd'hui,
grâce à la libéralité des Chambres,[51] la Bibliothèque dispose
annuellement pour les acquisitions et les reliures, d'une somme de
200,000 francs, comprise dans les 614,023 fr., montant de ses crédits,
qui se décomposent comme il suit:
Personnel 375,000 francs[52].
Acquisitions et reliures 200,000
Matériel proprement dit: chauffage,
mobilier, habillement, etc. 39,023
---------------
614,023 francs.
===============
[51] En 1872, l'Assemblée nationale a voté un crédit extraordinaire
de 200,000 francs pour l'acquisition des monnaies gauloises de M. de
Saulcy.
[52] Le personnel de la Bibliothèque comprend 165 agents de
tous grades dont 23 conservateurs, conservateurs-adjoints et
bibliothécaires, 1 professeur d'archéologie, 69 employés, auxiliaires
et attachés, 19 ouvriers et ouvrières et 53 hommes et femmes de
service.
A cette somme il faut ajouter le crédit de 50,000 francs alloué pour la
confection des catalogues. C'est avec ces ressources extraordinaires
et aussi avec l'aide du Ministère, que la Bibliothèque est parvenue à
publier ou à préparer pour l'impression, depuis 1852 jusqu'à nos jours,
40 volumes de catalogues, savoir:
[Note: _Département des Imprimés._]
_Catalogue de l'Histoire de France_, 10 vol. in-4. (Le tome XI est en
grande partie imprimé. La copie des tables alphabétiques qui devra
former les tomes XII et XIII touche à sa fin.)
_Catalogue des sciences médicales_, 2 vol. in-4. (Le tome III est
sous presse.)
_Inventaire de la collection des ouvrages et documents sur Michel de
Montaigne réunis par le Dr J.-F. Payen et conservés à la Bibliothèque
nationale_, 1877, in-8.
_Inventaire alphabétique des livres imprimés sur vélin. Complément du
catalogue de Van Praet_, 1877, in-8.
_Bulletin mensuel des livres étrangers qui arrivent à la Bibliothèque
nationale par voie d'achat, de don ou de dépôt_, 3 vol. in-8 depuis
1875. (En cours de publication).
_Catalogue alphabétique de livres mis à la libre disposition des
lecteurs dans la salle de travail du département des Imprimés_, 1878,
1 vol. in-12.
_Notice des objets exposés_, 1878, 1 vol. in-8.
[Note: _Département des Manuscrits._]
_Catalogue des manuscrits hébreux et samaritains_, 1866, in-4.
-- _des manuscrits syriaques et sabéens_, 1874, in-4.
-- _des manuscrits éthiopiens_, 1877, in-4.
_Inventaire des manuscrits latins_, nos 8823-18613, par M. L.
Delisle, 1863-1871, 5 fasc. in-8.
_Catalogue des manuscrits français_, tomes I et II, 2 vol. in-4.
(L'impression du tome III est à la veille d'être terminée.)
_Inventaire général et méthodique des manuscrits français_, par M. L.
Delisle, tomes I et II, 2 vol. in-8. (En cours de publication).
_Notice des objets exposés_, 1878, 1 vol. in-8.
[Note: _Département des Médailles._]
_Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées_, par M.
Chabouillet, 1858, in-12.
_Description sommaire des monuments exposés_, 1867, in-12.
_Collection des monnaies et médailles de l'Amérique du Nord de 1652
à 1858, offerte à la Bibliothèque impériale. Catalogue par Al.
Wattemare_, 1861, in-12.
_Catalogue des monnaies gauloises_, in-4. (Sous presse.)
-- _des monnaies arabes_, in-4. (Sous presse.)
[Note: _Département des Estampes._]
_Le département des Estampes. Notice historique suivie d'un catalogue
des estampes exposées_, par M. le vicomte H. Delaborde, 1875, in-12.
_Inventaire de la collection Hennin_, par M. G. Duplessis, t. I, 1re
et 2e partie, 1877-1878. (En cours de publication.)
_Notice des objets exposés_, 1878, 1 vol. in-8.
DÉPARTEMENT DES IMPRIMÉS.
Dans cette liste ne sont pas compris les catalogues ou inventaires
manuscrits du département des Imprimés qu'on s'occupe aujourd'hui
d'autographier et qui ne tarderont pas à être mis à la disposition des
lecteurs. Ce sont les catalogues ou inventaires des séries suivantes:
1º Ecriture Sainte.
2º Liturgie et Conciles.
3º Pères de l'Eglise.
4º Théologie catholique.
5º Théologie hétérodoxe.
6º Droit Canon.
7º Histoire d'Angleterre.
8º -- d'Espagne et de Portugal.
9º -- d'Asie.
10º -- d'Afrique.
11º -- d'Amérique.
12º -- d'Océanie.
13º -- d'Italie.
14º Histoire générale.