disait-il, que l'on n'a pas compris, parce qu'il a paru demander un
ordre à part du ministre, vu le prix excessif auquel il peut être
porté: c'est le fameux ouvrage de Servet intitulé: _Christianismi
restitutio_. Il fait doublement époque dans l'histoire de l'esprit
humain; il atteste la barbarie de Calvin qui fit brûler dans le même
bûcher le livre et l'auteur. Cet exemplaire est le seul qui ait
échappé aux flammes, on prétend même qu'il en a été arraché. Il
offre une autre époque plus consolante; il est le premier ouvrage
où l'on ait décrit la circulation du sang, et cela avec presque
autant de clarté qu'on le ferait aujourd'hui. Cet exemplaire, si
célèbre dans le monde entier, complèterait la collection précieuse,
chère et infiniment rare de Servet que le roi possède dans sa
Bibliothèque. C'est aussi le seul qui manque dans la Bibliothèque
impériale de Vienne. Ce livre n'ayant qu'une valeur arbitraire, il
n'est pas possible de prévoir à quel prix il peut être porté par le
sous-bibliothécaire de l'Empereur, par les commissionnaires d'Italie,
d'Espagne, de Berlin, et par plusieurs particuliers curieux. Je crois
devoir me borner à assurer que le public ne cesse de manifester son
vœu pour que cet ouvrage unique, si célèbre dans toute l'Europe,
passe dans la Bibliothèque de Sa Majesté. Cette espèce de conquête y
jetterait, surtout aux yeux des étrangers, un éclat infini sur les
acquisitions que le ministre a fait faire, et annoncerait au public
ce qu'il a lieu d'attendre de M. le Bibliothécaire dans sa nouvelle
place.»
Ce pressant appel fut entendu; le baron de Breteuil donna l'ordre
d'acheter ce livre si curieux qui fut payé 4,121 livres.
Le total des adjudications de la vente La Vallière faites à la
Bibliothèque s'éleva à la somme de 117,577 livres dont 41,097 livres
pour le département des manuscrits, 65,036 pour le département
des Imprimés, et 11,444 livres pour le département des Estampes.
Quelques mois plus tard, en 1785, on employa une somme de 60,000
livres à l'achat de quittances provenant de la Chambre des Comptes et
appartenant à Beaumarchais. Ces papiers pesaient plus de 600 quintaux
et remplirent plusieurs voitures entières.
On pourrait penser que ces dépenses extraordinaires dûrent ralentir le
mouvement des acquisitions. Il n'en fut rien cependant. Le registre
des comptes de la Bibliothèque de 1785 à 1789, dont sont extraites
les notes suivantes, prouve que sans préjudice des achats courants
et ordinaires, on ne laissa échapper aucune occasion favorable à
l'accroissement de nos collections:
«19 janvier 1785. Payé au sieur Peters la somme de 24,000 livres pour
le prix de la collection des œuvres de Rembrandt cédée par ledit sieur
Peters à la Bibliothèque du roi.
«17 juin 1786. Payé au sieur Leclerc la somme de 6,000 livres, à-compte
du prix des estampes, plans et autres ouvrages remis par lui à la
Bibliothèque du roi.
La même année, le baron de Breteuil ouvre un crédit de 12,000 livres
pour l'acquisition de livres d'histoire naturelle à la vente de la
Bibliothèque de Le Camus de Limars.
«21 décembre 1787. Payé à M. Abeille, secrétaire du bureau du commerce,
la somme de 6,000 livres pour le prix convenu des manuscrits et
portefeuilles par lui cédés à la Bibliothèque du roi, conformément aux
lettres de M. le baron de Breteuil des 11 novembre et 1er décembre 1787.
«19 janvier 1788. Payé à M. Joly, garde du Cabinet des Estampes, la
somme de 3,000 livres pour le prix des dessins des tableaux de Carle
Vanloo, étant dans le chœur des Augustins de la place des Victoires et
dont l'acquisition a été ordonnée pour être placés à la Bibliothèque.
«31 mai 1788. Payé à M. l'abbé de Courçay, garde-adjoint du Cabinet
des Médailles, la somme de 10,851 livres pour le prix des médailles
acquises par ledit Cabinet à la vente de feu M. Dennery conformément
aux lettres de M. le baron de Breteuil des 30 novembre 1786, 3 mai et 4
juin 1788.
«4 mars 1789. Payé au sieur Patin, au nom et comme fondé de procuration
de M. le cardinal de Loménie, la somme de 3,102 livres faisant partie
de celle de 8,502 livres portée en une ordonnance expédiée le 21
juillet 1788, pour le paiement de différents ouvrages acquis par la
Bibliothèque du roi tant de mon dit sieur cardinal de Loménie que des
sieurs de Rulhières et abbé Lourdet.
«30 juin 1789. Payé au sieur Fournier, huissier, la somme de 3,300
livres pour le prix de la collection de l'histoire de France en 52
volumes acquis à la vente de feu M. le Maréchal de Richelieu sous le nº
1606 du catalogue pour le cabinet des Estampes de la Bibliothèque du
roi.
«7 juillet 1789. Payé au sieur de La Lande 1,131 livres pour le prix de
volumes provenant de la même vente et destinés au même département.»
Les dernières années du règne de Louis XVI furent donc bien remplies.
Jusqu'à sa fin, l'ancien régime se montra fidèle à ses traditions, en
cherchant avec une constante sollicitude à enrichir la Bibliothèque,
qui lui doit son origine et les principaux éléments de sa grandeur.
Avant de commencer l'histoire de la période révolutionnaire, il ne
serait peut-être pas inutile de donner quelques détails sur les
ressources de la Bibliothèque, sur son organisation, sur l'état de
son personnel en 1789. Ce résumé permettra de juger, en plus exacte
connaissance de cause, les changements qui ont suivi.
Sous Louis XV, le budget de la Bibliothèque était annuellement de
68,000 livres, dont 46,469 livres pour le personnel, et 21,531 livres
pour les acquisitions et le matériel. Dans ce dernier chiffre étaient
compris pour une somme de 5,202 livres, les reliures proprement dites
et l'achat des maroquins. Ces fonds permettaient à peine de faire les
dépenses courantes et quand il se présentait des collections précieuses
de livres, de manuscrits, de médailles ou d'estampes, les ministres
accordaient des crédits spéciaux. C'est ainsi qu'en 1765, pour ne citer
qu'une année, les dépenses montèrent à la somme de 129,047 livres.
En 1778, le fonds ordinaire de 68,000 livres devenant insuffisant,
le gouvernement ouvrit un crédit supplémentaire qui varia suivant
les circonstances et qui porta le budget annuel à 83,000 livres en
moyenne. Dans les dernières années du règne de Louis XVI, par suite des
acquisitions extraordinaires de l'époque, le chiffre des dépenses fut
bien supérieur, il monta jusqu'à 169,220 livres 10 sols dont 63,000
livres pour les acquisitions.
Cette somme considérable, qui équivaut à peu près à notre budget
actuel, était justifiée par la nature et l'importance des services
rendus par la Bibliothèque, par la réputation que dès cette époque
elle avait d'être la première de l'Europe. Sans être encore absolument
publique, elle était régulièrement ouverte à tout le monde deux fois
par semaine de 9 h. à 2 h. et quelquefois plus tard. En outre, tous
les jours, les gens de lettres et même ceux qui sans être hommes de
lettres avaient des recherches sérieuses à faire y avaient facilement
accès. On lit dans une note manuscrite du temps: «Dans les jours
préférés par les savants et les gens de lettres on leur donne plusieurs
volumes à la fois, on les entoure, pour ainsi dire, de la bibliothèque
qu'ils désirent et celle du roi devient la leur.» Le nombre des
communications, qui ne devait pas dépasser un volume les jours publics,
était donc illimité, pour ainsi dire, les jours réservés.
Au département des Imprimés, il n'était pas rare de recevoir, en une
séance, plus de cent personnes et de communiquer plusieurs centaines
de volumes. Indépendamment de ces communications intérieures, il y
avait dans les trois départements des Imprimés, des Manuscrits et des
Estampes, un service de prêt bien organisé, qui depuis longtemps avait
pris une grande extension. Les registres d'inscription des livres
prêtés à cette époque contiennent de nombreuses mentions et témoignent
en même temps que de la libéralité avec laquelle se communiquaient les
livres, de l'empressement des gens de lettres à en profiter. Pendant
plusieurs années Voltaire fut un emprunteur assidu de la Bibliothèque.
La lettre suivante qu'il adressait à l'abbé Bignon, peut avoir été
écrite vers 1730:
«Monsieur
«Je vous suplie de vouloir bien avoir la bonté de me permettre
d'emprunter à la biblioteque du roy quelques livres anglois que je
ne pourois pas trouver ailleurs, jen donneray mon reçeu, et je ne
manqueray pas de les raporter dans un mois. J'ose vous demander cette
grace monsieur d'autant plus librement que je scay que vous avez
passé votre vie à en acorder aux gens de lettres. Votre réputation
authorise la liberté que je prends. Je passeray dans quelques jours à
la biblioteque, et si vous voulez bien monsieur m'y faire donner vos
ordres jen profiteray avec la reconnoissance que vous doivent tous
les hommes qui pensent.
«Je suis avec bien du respect
«Monsieur
votre très-humble et
très-obéissant serviteur.
«VOLTAIRE.»
A Paris ce 5 aoust.
Les noms qu'on retrouve le plus souvent sur les registres de 1740 à
1788 sont ceux de Montesquieu, Buffon, d'Alembert, Diderot, Condorcet,
Marivaux, Lacépède, Daubenton, Maupertuis, l'abbé Lambert, Crébillon,
Florian, Berquin, Fréron, Suard, La Harpe. En 1788 Mirabeau, en 1790
Sieyès, et dans les années suivantes, nombre de députés à la Convention
usent largement du prêt.
La Bibliothèque se trouvait ainsi mêlée au mouvement général des
esprits en facilitant les travaux de ceux qui demandaient des réformes.
Elle recevait, pour ainsi dire, le reflet des idées du temps:
«Ce qu'on ignore encore, faisaient justement observer les
bibliothécaires à l'Assemblée nationale en 1790, c'est que la
Bibliothèque du Roi offre un spectacle bien curieux qui ne serait pas
sans utilité pour la politique. C'est là et c'est là seulement qu'on
voit vers quelle étude se porte l'esprit humain: il fut un temps où il
ne s'occupait que d'érudition et où l'on ne demandait que des auteurs
grecs ou latins. Ensuite il se tourna vers la littérature, on ne
cherchait que des poëtes et des orateurs; les sciences exactes et la
physique ont eu leur tour.
«On s'appliqua ensuite à l'économie politique, on rechercha les livres
anglais. L'Assemblée nationale a donné de nouvelles vues à la nation et
la Bibliothèque s'en aperçut aussitôt. On y a vu accourir des hommes
qui n'y venaient pas: de simples artisans qui ont voulu développer le
génie qu'ils se sentaient et qu'ils avaient cru jusqu'alors inutile de
cultiver.»
Et l'abbé des Aulnays ajoutait avec une fierté légitime: «Nos places
sont destinées à seconder par la communication de nos richesses les
efforts que l'esprit humain fait en tous sens soit pour perfectionner
les routes anciennes, soit pour s'en frayer de nouvelles. Nous sommes
presque toujours les premiers confidents de ses efforts et nous en
sommes les témoins journaliers[31].»
[31] «La culture de l'esprit et des sciences n'est pas plus
négligée à Paris que les misères humaines: vous y avez au moins
douze bibliothèques publiques. Il est fâcheux que celle du Roi ne
soit ouverte à tout le monde que deux fois la semaine; mais pour
peu que vous soyez connu par quelque production littéraire, vous
y êtes admis les autres jours avec toute l'honnêteté possible par
M. l'abbé Desaulnais, garde des livres de Sa Majesté, toujours
charmé d'être utile aux gens de lettres et par ses lumières et par
le vaste dépôt confié à ses soins; il a même la complaisance de
vous accorder jusqu'à deux heures, au lieu qu'autrefois il fallait
se retirer à midi précis; il seconde et prévient les vues de M.
Lenoir, bibliothécaire du Roi...»--_Les historiettes du jour_ par M.
Nougaret. T. 1, p. 253.
Malgré les exigences d'un service public déjà bien chargé, malgré de
nombreuses acquisitions, la Bibliothèque, au moment de la Révolution,
avait la plus grande partie de ses collections rangées et classées. De
1720 à 1789 le département des Imprimés s'était accru d'un cinquième
et renfermait à cette dernière date plus de 300,000 volumes ou pièces.
Néanmoins le catalogue était à jour. La publication s'était arrêtée[32]
au premier volume du catalogue de la jurisprudence, mais chaque ouvrage
classé soit d'après le système de Clément, soit d'après le plan du
catalogue imprimé portait une cote indiquant exactement sa place
sur les rayons. Les intercalations, à l'aide de lettres ou de signes
supplémentaires et de sous-chiffres, avaient été régulièrement faites,
et si les lecteurs n'avaient de catalogues à leur disposition que pour
quelques séries, ils obtenaient rapidement communication des volumes
qui se trouvaient sans difficulté.
[32] En 1753.
Il en était de même au département des Manuscrits. Là aussi le
classement des volumes se rattachait à deux systèmes, l'un s'appliquant
aux manuscrits orientaux, grecs et latins, dont le catalogue avait été
publié, et n'admettant pas d'intercalations; l'autre aux manuscrits
français, parmi lesquels les intercalations s'étaient continuées.
En outre, parallèlement à ces quatre grands fonds, la plupart des
collections entrées au XVIIe et au XVIIIe siècle avaient été maintenues
dans leur ensemble et avaient conservé le classement et le numérotage
se rapportant à l'inventaire dressé au moment de leur annexion à la
Bibliothèque. A côté du département des Manuscrits, le département
des titres et généalogies, considérablement accru depuis sa création
en 1720, ne contenait pas moins de 5,200 boîtes de pièces de toutes
sortes et un grand nombre de portefeuilles remplissant neuf salles.
Cette masse de documents divisée en deux parties, la série des travaux,
notes et mémoires des généalogistes et la série des titres originaux,
était classée par ordre alphabétique, et les répertoires tenus à jour
rendaient les recherches si commodes, «qu'en peu de minutes, suivant
un témoignage du temps, on pouvait présenter tous les titres relatifs à
chaque demande.»
Au département des Médailles, dont le nombre avait doublé dans la
seconde moitié du XVIIIe siècle, l'ordre avait été maintenu par l'abbé
Barthélemy. La collection d'antiques, en particulier, avait été mise en
ordre par ses soins, ainsi que celle dont la Bibliothèque venait d'être
enrichie par la libéralité du comte de Caylus.
L'activité de Joly et de son fils, qui lui était adjoint, avait fait
face aux travaux de rangement nécessités par les nouvelles entrées
du cabinet des Estampes qui, depuis 1750, s'était augmenté en nombre
et en richesses de plus d'un tiers. En 1783, il avait même été
question d'appliquer aux collections du département une classification
scientifique, d'après le système de Heinecke. Mais l'insuffisance des
ressources empêcha de mettre à exécution cette idée qui allait être
reprise quelques années plus tard. Joly constatait avec une sorte de
douleur naïve son impuissance à faire tout le bien qu'il méditait:
«Ce qu'on a peine à croire, écrivait-il, c'est que le service de cet
immense dépôt n'a été fait, jusqu'à ce jour, que par deux personnes, le
garde et son adjoint, tandis que MM. les autres gardes en ont, les uns
plus, les autres moins, quoique le nombre des estampes, qui égale au
moins celui des livres imprimés, demande le même travail, à cela près,
que l'auteur d'une estampe a voulu souvent se faire deviner.
«J'espère, Messieurs[33], que vous aurez égard à l'impossibilité
de ranger, de décrire et de démontrer un pareil océan de richesses
instructives et agréables avec deux personnes seulement, je crois que
quatre ne seraient rien de trop.»
[33] Ces observations étaient adressées aux membres du Comité des
finances de l'Assemblée nationale.
Tel était l'état des choses à la fin de l'ancien régime, et par
lui-même, il fait l'éloge de ceux qui l'avaient créé. Depuis longtemps,
en effet, le travail était la règle à la Bibliothèque, et ce serait
une erreur de croire que les places qui y étaient occupées par des
hommes de mérite fussent considérées par eux seulement comme une
récompense due à leurs travaux littéraires. Le principe, déjà établi
alors, était que l'on devait tout son temps à ses fonctions: le passage
suivant, emprunté à un rapport des gardes en 1790, montre comment ils
comprenaient leur devoir:
«Le service public qui était projeté en 1720, n'eut lieu que 23 ans
après. Alors on pouvait joindre et on joignait d'autres places à
celles du département. On pouvait chercher dans la publication de
quelques ouvrages une consolation à l'obscurité de ses travaux et un
dédommagement à la modicité de ses appointements. Désormais et depuis
plus de vingt-cinq ans, il faut toujours détourner ses pensées de
dessus soi, les appliquer continuellement à l'utilité d'autrui, et pour
tout dire, en un mot, renoncer soi-même à la gloire pour aider les
autres à en acquérir.»
L'exemple donné par les gardes était suivi par leurs subordonnés,
commis, écrivains et garçons qui formaient le personnel du département.
Les écrivains n'étaient pas des scribes ou des copistes; antérieurement
on les appelait _Scriptores regiæ bibliothecæ_. C'étaient véritablement
des gens de lettres, des professeurs royaux, des savants distingués:
l'abbé Barthélemy, pour ne citer qu'un nom[34], avait été simple
écrivain. De même les garçons devaient, en général, avoir reçu
«une éducation honnête» et savoir le latin. Enfin, à côté de ce
cadre normal et régulier, il y avait, aux départements des imprimés
et des manuscrits, un personnel d'attachés désignés sous le nom
d'_Interprètes_, dont les connaissances spéciales, en langues mortes
ou vivantes, étaient utilisées, soit pour la rédaction des catalogues,
soit pour l'acquisition des livres étrangers.
[34] Crébillon, le poëte tragique et Duclos, l'historien, furent
attachés à la Bibliothèque «le premier, écrivait M. de Maurepas le 5
septembre 1747, pour y être occupé à l'arrangement et à la traduction
des poëtes anciens et modernes et le second au même travail pour les
manuscrits français et latins.»
En 1789, le personnel de la Bibliothèque comprenait 54 agents de tous
grades, dont voici l'état avec le montant des appointements de chacun:
LENOIR, bibliothécaire en chef 12 500 livres[35]
L'abbé MARTIN, secrétaire 2 000 id.
L'abbé DUPRAT, aumônier, sans appointements.
L'abbé O. SULLIVAN, chapelain[36] 600 livres.
de VILLENEUVE, trésorier 1 100 id.
IMPRIMÉS.
L'abbé des AULNAYS, garde[37] 5 000 id.
MALIN, 1er commis 2 400 id.
L'abbé CAPPERONNIER, 2e commis[38] 1 800 id.
VAN PRAET[39], 1er écrivain 2 000 id.
CARRA, 2e écrivain 1 500 id.
GAUTHIER, 3e écrivain 1 200 id.
CŒUILHE, 4e écrivain 1 000 id.
TOURNAY, surnuméraire
CAZENAVE, garçon 800 id.
CHEVRET, aîné, garçon 800 id.
LE PRINCE, cadet, garçon 800 id.
CHEVRET, cadet, garçon 800 id.
MANUSCRITS.
CAUSSIN DE PERCEVAL[40], garde 5 000 id.
PARQUOY, 1er commis 1 500 id.
LE PRINCE, aîné, 2e com. (Inspecteur
de la librairie) 1 600 id.
DUBY, 3e commis 800 id.
GÉNÉALOGIE.
L'abbé COUPÉ, garde 4 000 id.
AUBRON, 1er commis 3 000 id.
GOURIER, commis 1 000 id.
LEVRIER DE CHAMPRION, commis 1 000 id.
DE VILLIERS, commis 1 000 id.
ESTAMPES.
JOLY, garde 3 000 id.
JOLY, fils, adjoint 1 200 id.
INTERPRÈTES.
LE ROUX DES HAUTES RAYES, (p. les lang. occ.) 1 200 id.
DE GUIGNES, id. 1 000 id.
ANQUETIL, id. 900 id.
RUFFIN, id. 800 id.
DE KERALIO, (pour la langue allem.) 1 000 id.
BEHENAM, (pour la langue grecque) 1 200 id.
DOM CHAVICH, (pour la langue arabe.) 2 400 id.
VENTURE, (pour les langues orientales) 800 id.
MÉDAILLES.
L'abbé BARTHÉLEMY, garde 5 000 id.
BARTHÉLEMY DE COURÇAY, garde-adjoint 2 000 id.
BARBIÉ, 1er commis 1 200 id.
COINTREAU, 2e id. 800 id.
Plus 14 suisses ou frotteurs.
[35] Dans cette somme se trouvaient compris les intérêts des 100,000
fr. montant du brevet de retenue payé par Lenoir à la famille de
Bignon. Le successeur de Lenoir, Lefèvre d'Ormesson, acheta la charge
de bibliothécaire du roi pour une somme égale.
[36] La chapelle de la Bibliothèque était encore ouverte en 1791.
[37] L'abbé des Aulnays, censeur royal, était garde du département
des Imprimés depuis 1775. Il avait remplacé Capperonnier, de
l'Académie des inscriptions, professeur de grec au Collége royal,
qui, lui-même avait succédé à l'abbé Sallier en 1761.
[38] Neveu du prédécesseur de l'abbé des Aulnays.
[39] Van Praet était entré à la Bibliothèque en 1784, et sa
réputation était déjà si bien établie, que le bibliothécaire
Strattmann, de Vienne, avait voulu l'attacher à la Bibliothèque
impériale d'Autriche.
[40] De 1741, date de la mort de l'abbé Sevin, jusqu'à 1787, époque
où Caussin de Perceval fut nommé, trois gardes s'étaient succédé au
département des Manuscrits: Melot, de l'Académie des inscriptions, de
1741 à 1759; Capperonnier de 1759 à 1761, qui passa aux Imprimés et
Béjot, de l'Académie des inscriptions, professeur d'éloquence latine
au Collége royal, de 1761 à 1787.
LA BIBLIOTHÈQUE PENDANT LA RÉVOLUTION.
La Révolution ouvre pour la Bibliothèque une nouvelle ère de
prospérité. Tandis qu'il s'attache à détruire la plupart des
institutions royales, le nouveau régime sauve notre grand établissement
national, le transforme et en décuple les richesses. Les mesures
révolutionnaires tournent à son profit et en font le plus vaste dépôt
littéraire et scientifique du monde.
Malheureusement la précipitation avec laquelle les versements de
livres, de manuscrits, d'objets d'art se firent dans nos collections,
produisit un désordre et un encombrement que nos prédécesseurs furent
impuissants à empêcher, et qui ont laissé à notre génération un
arriéré considérable. Le nom d'un homme est resté attaché à cette
période si difficile et si laborieuse de l'histoire de notre dépôt,
qu'il personnifie pour ainsi dire: c'est Van Praet, dont la science
bibliographique, l'activité furent à la hauteur de la tâche immense que
les événements lui imposèrent.
La suppression des maisons religieuses dont les biens furent déclarés
propriété nationale, et la confiscation des biens des émigrés firent
tomber dans le domaine public une masse considérable de livres imprimés
et manuscrits. Pour les recevoir, on ouvrit, en divers points de Paris,
des magasins qu'on appela les dépôts littéraires. Une commission
composée de membres pris parmi les représentants et qui se nomma
d'abord la _Commission des monuments_, puis sous la Convention,
la _Commission des arts_, et enfin le _Conseil de conservation des
objets de science et d'art_ eut la haute direction de ces dépôts à
la tête desquels dût être placé un conservateur chargé de classer
et de cataloguer les livres acquis à la nation. C'est dans ces
dépôts littéraires que de 1792 à 1798 la Bibliothèque fut appelée à
choisir les volumes tant imprimés que manuscrits qui manquaient à ses
collections.
Pour les volumes imprimés, on distingua ceux qui provenaient des
bibliothèques d'émigrés et ceux qui étaient tirés des établissements
religieux. Les livres de la première catégorie furent versés dans les
dépôts de la rue de Lille, de la rue de Thorigny, de la rue Saint-Marc,
des Cordeliers et de la rue de l'Arsenal.
Le dépôt littéraire de la rue de Lille, ayant à sa tête Seryès, fut
formé des bibliothèques des émigrés Dangevilliers, de Castries, de
Cicé, de Caraman, Doudeauville, Rochechouart, Talleyrand-Périgord.
Le dépôt littéraire de la rue de Thorigny, dont Pyre était le
conservateur, destiné aux livres de même origine, reçut notamment
les bibliothèques des émigrés Maubec, Paulmier, Thiroux de Mondésir,
Villedeuil, Visieux.
Le dépôt littéraire de la rue Saint Marc recueillit les bibliothèques
de Penthièvre, Philippe d'Orléans, Croy d'Havri, Renard, Montaigne,
Choiseul, Egmont, Montmorency, etc. Dambreville avait la garde de ce
dépôt.
Les dépôts littéraires des Cordeliers et de l'Arsenal furent également
affectés aux volumes confisqués sur les émigrés.
Les livres des établissements religieux furent spécialement versés dans
les dépôts des Capucins Saint-Honoré, de Louis-la-Culture, des Elèves
de la Patrie, ci-devant la Pitié. Mais la plupart des bibliothèques
religieuses restèrent dans les maisons qui les avaient formées. Il
y eut ainsi des dépôts notamment aux Célestins, aux Feuillants, aux
Jacobins, aux Minimes, à l'Oratoire, aux Petits-Pères, à l'Abbaye
de Saint-Victor, à la Sainte-Chapelle, à la Sorbonne, à l'abbaye de
Saint-Germain-des-Près.
Il serait difficile de dire le nombre des volumes imprimés que la
Bibliothèque retira de ces dépôts, et l'époque précise à laquelle ces
prélèvements eurent lieu. L'opération, principalement dirigée par Van
Praet et Capperonnier, gardes du département des Imprimés, commença en
1794 et dura plusieurs années. Une masse énorme de volumes affluèrent
ainsi au département des Imprimés. Mais le choix de ces hommes,
forcément hasardeux, porta souvent sur des exemplaires doubles et
triples, qui vinrent s'entasser pêle-mêle dans les greniers, sans nul
profit pour la Bibliothèque, tandis que lui échappait telle édition
rare, tel exemplaire précieux, à jamais perdu pour elle et pour la
science.