La vie publique.--L'autorité morale.--La magistrature spontanée.
Le plus fécond des livres, c'est l'action, l'action sociale. Le grand
livre vivant, c'est la Patrie. On l'épelle dans la commune; puis,
lisant couramment aux feuillets supérieurs, départements, provinces,
on embrasse l'ensemble, on s'imprègne de la grande âme.
Grâce à Dieu, c'est chose jugée. Le réveil actuel renvoie dans leurs
brouillards les sots humanitaires qui dirent en 1848: «Supprimons _la
caste Patrie_.» De même les artistes étourdis qui dirent plus
récemment: «Plus de France! le monde!»
Chaque patrie a deux caractères: premièrement celui d'un _organe
spécial de la vie de l'Europe_, une corde de sa grande lyre,
nécessaire et indispensable à l'harmonie totale,--et deuxièmement, le
caractère d'un _système éducatif pour ses nationaux_. La France pour
les siens est une éducation. De même l'Angleterre, l'Allemagne.
Cela sera réel de plus en plus, à mesure que chaque pays se
créera librement son administration du plus bas au plus haut (depuis
la petite commune jusqu'à l'assemblée souveraine), l'échelle
progressive de la magistrature publique où chacun, en montant, se
forme et se prépare au degré supérieur.
«Y faut-il beaucoup d'art?» C'est oeuvre de nature, quand on laisse
la nature agir. Dans les nobles pays de vie normale, comme aux
États-Unis, cela se fait de soi. Très simple éducation, mais si
puissante! et d'efficacité superbe! On l'a vu récemment; l'Europe,
tellement supérieure en culture, a vu avec surprise, avec
saisissement, sur la rive opposée, ces hommes, peu instruits, point du
tout _élevés_ (pour parler comme ici), un batelier, un tailleur, un
brasseur, mener un grand empire, des armées de cinq cent mille hommes,
des assemblées encore plus difficiles à manoeuvrer. On voudrait bien
savoir, dans le détail, au vrai, sans satire, sans panégyrique,
comment, de degré en degré, chacun d'eux a pu tellement se faire
l'esprit, le caractère. Lisaient-ils? Oh! bien peu, certainement; trop
occupés d'agir, partagés entre le métier et les fonctions publiques.
Et un matin, les voilà appelés à cette position terrible. Et ils
firent face à tout. Ces hommes simples et rudes se trouvaient au
niveau des énormes hauteurs où la Patrie les appela.
Spectacle magnifique, fait pour être envié. Je crois que cependant les
sociétés plus cultivées (France, Allemagne, etc.) auront leurs
procédés à elles, leurs arts de développement social; que
l'éducation, par exemple en toutes ses formes et ses degrés y
jouera un bien autre rôle qu'en Amérique, où elle s'arrête à une
certaine moyenne d'utilité pratique. L'école, en notre Europe, sera
organisée pour préparer, servir et l'action et la spéculation.
Turgot, avec génie, envisageant la vie entière comme une éducation,
eût voulu que l'école préparât la commune, que de l'une à l'autre on
passât sans secousse naturellement, que l'école fût déjà un degré de
la vie publique, la commune un second, la province un troisième, de
façon que l'on s'élevât, par un progrès sérieux, aux grandes vues sur
l'intérêt général du pays.
Quelqu'un qui a bien de l'esprit (Dupont-White) fait cette objection
aux idées de Turgot: «La commune moderne, dans sa petite vie
municipale, simple partie d'un tout, est-elle bien la préparation
naturelle aux fonctions gouvernementales? Ne resserre-t-elle pas les
esprits dans le souci des menus intérêts et des misères locales?»
Il n'est rien de petit en ce qui fait le sort de l'homme. Il est fort
nécessaire, selon moi, de connaître ces misères de localités. Ce
détail, c'est le réel même, c'est la vie, l'homme vivant. Tant pis
pour qui l'ignore; tant pis pour le jeune lord qui, sortant d'Oxford
ou de Cambridge, ira tout droit s'asseoir à la Chambre des Pairs. Pour
notre étudiant français (vif et impatient, généralisateur), il est
infiniment utile qu'à son retour dans sa localité, il plie et brise
son esprit à la connaissance des choses qu'on prend sur le vif une à
une. Toutes particulières qu'elles soient, elles n'en sont
pas moins générales en ce sens qu'une localité ressemble fort à
l'autre; celui qui la sait bien, a beaucoup profité dans
l'intelligence du tout. Plus le cercle est petit, les ressources
minimes, plus l'ordre est nécessaire, la sage économie, la patience
aussi et la dextérité pour le ménagement des personnes, si difficile
entre voisins. Les plus hauts intérêts, la diplomatie des empires,
sont souvent bien moins épineux. En regardant de près, on voit mieux;
on distingue que sous les chiffres sont des hommes. On prend le
respect de la vie. L'esprit formé à cette école n'arrivera jamais à
ces cruelles abstractions de nos grosses têtes politiques dont le
sauvage orgueil souvent abstrait un monde, l'extermine en bataille ou
en révolution.
* * * * *
Ce livre n'est point de politique. Je n'entreprendrai pas de suivre
l'influence que chaque fonction (administrative, judiciaire, etc.)
aura sur l'homme qui la traversera. Je ne note qu'un point, c'est que
presque toujours c'est justement au degré inférieur, la vie locale et
communale, que se trouve le plus grand combat. Là, tout est serré et
gêné. Famille et voisinage, ces mots aimables et doux qui semblent
désigner des liens naturels, des facilités d'action, le plus souvent
couvrent réellement ses obstacles et les épines où elle se débat à
grand'peine. Mais là aussi la volonté s'exerce, le caractère se fixe,
et s'il se forme en bien, la force en reste immuable et
puissante, et la vie en montant ne semble plus qu'un jeu.
Je prends l'homme au moment où, déjà engagé dans sa carrière et établi
dans sa localité, marié récemment ou près de l'être, il se consulte
entre lui et les siens, regarde comme il se posera. Moment très
capital, d'où suit la vie entière et privée et publique. Il n'a nulle
part encore à celle-ci. Le rôle qu'il y jouera dépend du caractère
qu'il va se faire, du plus ou moins d'autorité morale qu'il pourra
prendre. Donc, avant la commune, avant la vie publique, regardons-le
bien au foyer.
Le dirai-je? à notre époque soucieuse, inquiète, ce qu'il y a souvent
de pire pour le conseil, c'est la famille. Elle tremble, aux débuts de
«ce cher ami» et, dans la passion qu'elle a pour son avancement, lui
inculque mille choses misérables, timides aujourd'hui, demain lâches.
Ce serait le crime de Cham, si l'on découvrait trop ce qui se dit le
soir au foyer en ce genre par la bouche la plus respectée. Répond-il
quelque chose, défend-il quelque peu son âme, sa conscience, ce qu'il
aurait encore d'idée noble, élevée? Rarement. S'il avait cependant
tant de coeur qu'il hésitât et réclamât un peu, on dirait sans
détour: «Oh! tu en reviendras. La vie, l'expérience guériront ces
chimères... Garde-les, au reste, en un coin, à la rigueur, si tu y
tiens, mais pour toi seul. Tu peux bien démêler qu'ici tous ne sont
pas en dessous tout à fait ce qu'ils montrent en dessus.»
Jeune homme! fais-toi un ferme coeur contre ces bas
conseils et la basse sagesse qui vont venir de toutes parts. La petite
prudence souvent c'est l'imprudence qui ne voit qu'aujourd'hui. Demain
peut tout changer. Le monde va et vient. Les puissances pour qui on
veut que tu sois lâche, sont les joujoux du sort qui les fait, qui les
casse. Ce préfet, cet évêque, pour qui on te demande de te déshonorer
et de faire l'imbécile, qui sait où ils seront dans quelques jours?
Des vents, de grands vents sont dans l'air que l'on entend d'en bas.
Est-ce trombe ou tempête? Le grand balayage de Dieu? Quand cela vient,
nul ne résiste. Cela rase et emporte tout... le monde même!... Mais
non pas l'honneur.
Je sais la longue guerre que tu vas soutenir, attaqué du dehors et
souvent du dedans. Pendant que tu regardes fièrement et sans peur le
monde, l'ennemi, souvent c'est ton coeur même, tes chères affections
qui travaillent et conjurent en toi. Il faut tout à la fois aimer, et
te défendre, garder au plus profond des barrières, des remparts, comme
un fort où ton âme te reste en sûreté.
Au Moyen-âge, quand un tel abri sûr existait, du dehors beaucoup
venaient et campaient tout autour. Cela t'arrivera. Plus d'un viendra
chercher l'exemple, le conseil, l'appui d'un ferme caractère. Dans
tous les groupes d'hommes, bourg, village, atelier, quelqu'un est en
avant, comme type ou modèle. Qu'il l'ait voulu ou non, on le suit. Il
a charge d'âmes.
Le but où nous tendons, c'est l'association égale et fraternelle.
Quelque égale qu'elle soit, elle ne se fait guère sans avoir
un noyau autour duquel l'ensemble tourbillonne et s'agrège. La nature
n'emploie pas un autre procédé. Au centre d'un cristal, vous
rencontrez toujours le premier _nucleus_ sur lequel s'est groupée la
seconde formation, et puis la troisième, et tout ce qui s'est ajouté
après.
L'esprit de défiance (souvent trop légitime), craignant tout centre
fort d'attraction, est l'obstacle aujourd'hui. On se groupe; on se
ligue; on ne s'associe guère. Ceux qui peuvent aider, restent souvent
suspects, ayant bien rarement ce qui rassurerait, le sérieux accord
des actes et des paroles. Même honnêtes, sincères et désintéressés (ce
qui déjà est rare), ils sont inharmoniques, ne vivent pas _uno
tenore_, conséquents à eux-mêmes, et par légèreté ils varient, se
démentent. Ils n'obtiennent dès lors ni le respect ni l'ascendant.
L'autorité morale appartiendra surtout à ceux qui ne l'ont pas
cherchée, qui, sans l'avoir voulu, sont devenus un centre par la
gravité simple et la dignité de leur vie. Le monde, si flottant,
s'arrange de lui-même autour de ce qui varie peu et peut servir de
point d'appui.
Voici ce que j'ai vu en regardant de près en toutes conditions, et les
plus humbles même.
Ce n'est pas le talent éclatant qui faisait cela. L'homme d'autorité
était celui qui, outre le sérieux du caractère, avait deux qualités
solides. Il était _efficace_ (mot excellent du Moyen-âge), riche en
oeuvres et sobre en paroles, souvent très fort au métier spécial.
Mais, à côté du métier et de l'oeuvre, il y avait en lui
l'_homme_, l'homme de sens et de raison qui planait au-dessus, et
jugeait largement (pour lui-même et les autres) en bien des choses
qu'il n'avait pas apprises, qui n'étaient point de son métier.
Il était charpentier, je suppose. Et tel camarade le consultait, lui
disait: «J'ai tel mal... Comment guérir?--Quand tu ne boiras plus.»
Il était avoué. Il voyait arriver le plaideur jaune, étique, d'âcre
humeur militante, voulant se ruiner. Il refusait l'affaire, voyait que
le procès n'était rien que sa bile, son foie, l'envoyait se guérir.
De même, un médecin (que j'ai connu) avait pour voisin un jeune
charbonnier, fort malade. La charbonnière, jolie, un peu légère,
pleurait. Le docteur, sèchement: «Mais c'est de vous qu'il meurt,
coquette!» Elle pleura plus fort, mais changea. Il guérit.
Ainsi, on ne peut plus isoler le métier. La spécialité ne nous enferme
plus. On sent mieux que tout tient à tout, et dessous on pénètre
l'âme. L'homme moderne, qui a autorité, est pour ainsi dire prêtre au
sens antique, et obligé de répondre à mille choses. Le sacerdoce
primitif implique l'universalité. Au Moyen-âge, lorsque les grandes
fêtes amenaient la foule au parvis, les malades entouraient le prêtre
sur le seuil, le consultaient. Pour les procès, on entrait dans
l'église, et le même homme, autour du bénitier, devenait arbitre,
légiste, disait la coutume du lieu. Mais l'affaire est morale, un
secret; entrez, déposez-le. Souvent la maladie ou le procès
tenait à ce secret du coeur.
Ainsi, le prêtre alors était tout, suffisait à tout. Mais comment?
Disons-le. À force d'ignorance. Aveugle qui menait des aveugles, juge
aussi incertain qu'ignorant médecin, il jetait à la foule l'oracle du
hasard. Aujourd'hui, bien autrement forts dans nos spécialités
diverses, nous pouvons mieux aussi en saisir les rapports, l'ensemble
même par un sens élevé, et souvent par le coeur, qui nous étend
aussi l'esprit.
Le peuple sait cela d'instinct, et il s'adresse à celui où il sent la
_sûreté morale_,--le _sens compréhensif_, libre de préjugé de caste et
de métier,--enfin un _coeur vivant qui pénètre et devine_.
Quel que soit son métier, il a le sacerdoce. Sa maison, c'est
l'église, et c'est là que l'on porte ses doutes ou ses secrets. Bien
des choses que pour rien au monde on n'aurait dites au prêtre (au
membre dangereux de ce corps écrasant), on les dit au vrai prêtre,
l'homme vraiment désintéressé.
Le difficile, ainsi que je l'ai dit, c'est la contradiction qu'un tel
homme souvent trouve parmi les siens, et les tiraillements qu'il aura
dans son intérieur. Rarement ils comprennent l'abnégation, le
sacrifice. Un médecin qui renvoie le malade, un avocat qui renvoie le
client et prévient les procès, pour la famille, c'est chose dure. Aux
débuts surtout, quels obstacles et quelles réclamations! Son père
croit qu'il est fou. Sa mère souvent en pleure. Que sera-ce si elle
s'appuie d'une personne bien chère, mais innocente, aveugle,
ta jeune femme que tu viens d'épouser? Combien sera pénible ce combat
du foyer! Elle est tout naturellement avec ta mère, dans les idées
prudentes, timides même. Que devient-elle quand tu donnes un conseil
courageux d'honnêteté à l'électeur flottant? ou quand tu prends la
cause du pauvre homme contre une puissance? Ne dira-t-elle pas le mot
d'anxiété qu'on lui souffle: «Ami! tu nous perds!»
Elle est jeune pourtant, et elle aime. Aux premiers temps surtout,
elle donne prise. Son coeur n'est pas formé au beau, au saint, au
grand. Il y suffit parfois d'une émotion noble qui tranche tout.
Rousseau, dans un doute moral, fut fixé tout à coup, et sans
raisonnement, par la sublime vue du pont du Gard. Souvent, il suffit
d'avoir lu en famille _le Cid_ ou _Horace_ pour se trouver vaillant,
pour que la femme dise: «Tu as raison, ami... Oui, sois grand! Garde
ton coeur haut!»
À mesure que la vie avance, les choses changent peu à peu. On commence
à le croire moins fou. Quand tout varie, et que lui seul il reste ce
qu'il fut, on s'y fait; on prend même un certain respect pour lui.
Son père finit par dire: «C'est son tempérament. On n'y changera rien.
Il restera un juste.»
Sa mère dit: «Quel dommage qu'il ne pratique pas! Sa vie enseignerait
ce qu'il faut faire pour le salut.»
Et sa femme elle-même, témoin de toute chose, dans l'intime
intérieur, le trouvant immuable, si ferme, mais si doux, ne regarde
qu'en lui, y voit la loi vivante. Elle dit aux amies qui ne manquent
jamais pour troubler le foyer: «Il est pour moi l'église. C'est ma
religion.» Et à lui seul: «Je suis tout à toi!... Tu es fort!»
* * * * *
Quand un tel homme existe, son exemple, son influence, même indirecte,
agit immensément, souvent en profondeur, avec une efficacité que les
grands moyens collectifs ont infiniment moins. S'il est modeste et
sage, ne se met pas trop en avant légèrement, d'autant plus chacun le
regarde, le suit instinctivement[120].
[Note 120: Celui dont on croira et suivra les paroles, c'est celui
dont la vie, dont l'exemple muet, sans parole, impose et influe. J'ai
connu aux Ardennes un homme fort et rude, un rustre qu'admirait le
pays. Ce qui avait d'abord frappé les paysans, c'est que ses taureaux
(fort sauvages) avaient pour lui un respect visible, une sérieuse
considération. Ils l'aimaient et ils le craignaient. Ses terres
étaient les mieux cultivées. Il payait tout comptant et en espèces
sonnantes. Sa parole était rare, mais on disait: «C'est sûr.» Sans
vouloir ni chercher l'ascendant politique, il l'avait fort utilement.
Ses opinions libres, sans qu'il les eût prêchées, avaient converti
bien des gens. Une association réelle (sans formules expresses)
s'était faite, contre la lourde autorité qui pèse tant à la frontière.
Si le médecin était riche, n'était pas obligé d'exiger un salaire,
grande serait son influence. Il est moins que l'homme d'affaires mêlé
aux intérêts, moins tenté de chercher le sien. Les mères qui par
l'enfant dépendent de lui si souvent, le consulteraient en cent choses
où l'expérience de la vie qu'il acquiert leur serait un guide
excellent.
Le pharmacien qu'on consulte gratis a, dans beaucoup d'endroits,
autant, plus d'importance que les médecins. Là il est l'oracle réel de
la contrée. C'est un beau fait du temps que le progrès énorme et
d'instruction et d'influence qu'on voit dans cette profession.
L'ancien apothicaire, un peu ridicule, en eut peu. Mais venez vous
asseoir, un jour de fête ou de marché, chez ce pharmacien de village.
Vous serez frappé et ravi de voir tout ce qu'un homme peut faire de
bien au pauvre peuple. Son conseil sage, utile (leurs maladies sont
simples) est d'autant plus suivi qu'il est plus désintéressé. Deux
sous d'herbes souvent, c'est toute la dépense. S'il est seul, la bonne
femme qui est venue parler de son enfant, ne manque guère de parler
d'autre chose. Moment précieux de confiance. On parle du fermage, on
parle de l'impôt, de la misère qui fait les maladies. C'est là
l'occasion où un homme de sens et de coeur peut tirer la pauvre
créature du préjugé fatal qui fait le plus souvent le divorce
intérieur, l'ennui, l'obstacle du mari. Celui-ci est moins serf du
prêtre, et sans elle il aurait dans ses actes, ses votes, un peu plus
de courage. C'est le salut pour eux si un conseiller sage fait
comprendre à la femme qu'en appuyant l'Église elle appuie l'allié de
l'Église, le système violent qui retient son fils à l'armée.]
L'action personnelle, la propagande orale qui se fait d'homme à
homme par la conversation, est encore l'influence la plus sûre, la
plus forte. Deux mots en tête-à-tête, dits par l'homme estimé, ont
souvent un effet décisif et durable. Ni le sermon, ni le journal, ni
le livre n'allaient directement à la situation, au tour d'esprit,
au besoin actuel de l'individu. Il est surpris de voir que très
précisément ces deux mots vont à lui, à lui et à nul autre. C'est là
ce qui agit.
L'étincelle électrique, la communication du lumineux fluide fait ainsi
son chemin. Elle a tous les effets de l'association expresse et
formulée. L'assimilation d'intérêts, d'idées, de sentiments, doit
d'ailleurs toujours précéder.
Le foyer primitif est toujours un coeur d'homme. De là procéderont
la flamme et la lumière. Ce ne sont pas les mots, la formule verbale,
le cadre artificiel qui feront l'association. Il y faut pour ciment de
bonnes et de riches natures, vivantes, solides et généreuses.
C'est ce qu'il faut créer d'abord.