CHAPITRE VIII

DANS LEQUEL, GRÂCE À SÉLENA, GONTRAN PEUT AUGMENTER SES CONNAISSANCES

ASTRONOMIQUES

[Illustration]

Un mois s'était écoulé depuis que l'ingéniosité de Fricoulet avait, une

fois encore, sauvé la petite colonie.

Emporté par le courant astéroïdal, l'_Éclair_ avait repris sa vitesse

initiale de dix-huit cent mille lieues par jour.

Là-bas, tout là-bas, le Soleil apparaissait avec son disque, dont le

diamètre diminuait de plus en plus sensiblement, absorbant dans son

rayonnement, très pâle cependant, la Terre, Vénus et Mercure.

On distinguait encore, à l'oeil nu, Mars qui, semblable à une étoile de

première grandeur, oscillait de droite à gauche du disque solaire,

jouant alternativement le rôle d'étoile du matin et du soir.

À l'avant apparaissait déjà au-dessus de l'horizon, Saturne, lune d'un

bleu pâle, auréolée d'argent.

Et dans le noir de l'infini, étincelant comme des diamants sur un écrin

de velours, brillaient Orion, la Grande-Ourse, Pégase, Andromède, la

Petite-Ourse, les Gémeaux.

Cet aspect du ciel, semblable à celui qu'elle avait eu de la Terre,

n'était pas pour peu dans l'étonnement non interrompu de Mlle

Ossipoff.

--Cependant, dit-elle un jour à Fricoulet, nous nous trouvons à près de

deux cent cinquante millions de lieues de l'observatoire de Poulkowa.

--Ce qui vous prouve, mademoiselle, répondit le jeune ingénieur, que

lorsqu'il s'agit d'infini, la distance ne compte pas plus que le temps,

lorsqu'il s'agit d'éternité.

--La belle phrase! fit Gontran avec un petit ricanement moqueur.

--Je ne m'en attribue nullement la paternité, répliqua en riant

Fricoulet; je l'ai trouvée dans les _Continents célestes_... que,--soit

dit entre nous,--tu m'as l'air de joliment négliger.

Aventures extraordinaires d'un savant russe; III. Les planètes géantes et les comètes · 第 36 / 75 题