DANS LEQUEL, GRÂCE À SÉLENA, GONTRAN PEUT AUGMENTER SES CONNAISSANCES
ASTRONOMIQUES
[Illustration]
Un mois s'était écoulé depuis que l'ingéniosité de Fricoulet avait, une
fois encore, sauvé la petite colonie.
Emporté par le courant astéroïdal, l'_Éclair_ avait repris sa vitesse
initiale de dix-huit cent mille lieues par jour.
Là-bas, tout là-bas, le Soleil apparaissait avec son disque, dont le
diamètre diminuait de plus en plus sensiblement, absorbant dans son
rayonnement, très pâle cependant, la Terre, Vénus et Mercure.
On distinguait encore, à l'oeil nu, Mars qui, semblable à une étoile de
première grandeur, oscillait de droite à gauche du disque solaire,
jouant alternativement le rôle d'étoile du matin et du soir.
À l'avant apparaissait déjà au-dessus de l'horizon, Saturne, lune d'un
bleu pâle, auréolée d'argent.
Et dans le noir de l'infini, étincelant comme des diamants sur un écrin
de velours, brillaient Orion, la Grande-Ourse, Pégase, Andromède, la
Petite-Ourse, les Gémeaux.
Cet aspect du ciel, semblable à celui qu'elle avait eu de la Terre,
n'était pas pour peu dans l'étonnement non interrompu de Mlle
Ossipoff.
--Cependant, dit-elle un jour à Fricoulet, nous nous trouvons à près de
deux cent cinquante millions de lieues de l'observatoire de Poulkowa.
--Ce qui vous prouve, mademoiselle, répondit le jeune ingénieur, que
lorsqu'il s'agit d'infini, la distance ne compte pas plus que le temps,
lorsqu'il s'agit d'éternité.
--La belle phrase! fit Gontran avec un petit ricanement moqueur.
--Je ne m'en attribue nullement la paternité, répliqua en riant
Fricoulet; je l'ai trouvée dans les _Continents célestes_... que,--soit
dit entre nous,--tu m'as l'air de joliment négliger.