M. de Flammermont fixait sur l'ingénieur des regards incrédules.

--Tu ne me crois pas, dit Fricoulet, regarde le thermomètre.

Le mercure, en effet, était descendu à 45°.

--Si cela ne te suffit pas, poursuivit l'ingénieur, jette un regard au

dehors.

Le disque de la planète diminuait à vue d'oeil.

--Hurrah! pour Fricoulet s'écria Gontran en se jetant sur les mains de

son ami.

--Peuh! fit celui-ci avec modestie, je n'ai guère de mérite à ce

sauvetage; et si tu n'avais eu la tête toute remplie du danger que

courait ta fiancée, tu aurais certainement songé à cela.

--À quoi?...

--Ne sais-tu pas, tout comme moi, répondit l'ingénieur, que la chaleur

diminue la résistance intérieure des piles primaires et secondaires,

augmentant, par suite, dans une notable proportion, le débit

électrique... Le souvenir de cette loi physique m'est revenu soudain à

l'esprit, et j'ai songé à utiliser, pour décupler notre force motrice,

cette chaleur mortelle... je risquais de faire sauter l'appareil, c'est

vrai, mais la mort était là qui nous guettait, alors, j'ai préféré

donner à l'_Éclair_ la plus grande vitesse possible et, prenant comme

point d'appui l'atmosphère même de la planète, j'ai gouverné droit sur

le courant astéroïdal, échappant par la tangente à l'attraction

jovienne.

Gontran considérait son ami avec une admiration sincère.

--C'est merveilleux! balbutia-t-il.

--Mais non, c'est de la physique, tout simplement.

[Illustration]

Aventures extraordinaires d'un savant russe; III. Les planètes géantes et les comètes · 第 35 / 75 题