Selon Pope, cette scène aurait été interpolée par les comédiens.]

PROTÉO.--Non, non, tu le prendras pour avoir porté la lettre.

SPEED.--Fort bien! je m'aperçois qu'il faut que je supporte avec vous.

PROTÉO.--Comment! monsieur, que supportez-vous avec moi?

SPEED.--Pardieu, monsieur, la lettre sans doute, n'ayant que le mot de

bête pour ma peine.

PROTÉO.--Malepeste, tu as l'esprit vif!

SPEED.--Et pourtant il ne peut attraper votre bourse paresseuse.

PROTÉO.--Allons, allons, qu'a-t-elle dit? acquitte-toi promptement de

ton message.

SPEED.--Acquittez-vous avec votre bourse, afin que nous soyons quittes

tous deux.

PROTÉO.--Eh bien! voilà pour ta peine; qu'a-t-elle dit?

SPEED.--Sur ma foi, monsieur, je crois que vous ne la gagnerez pas

aisément.

PROTÉO.--Quoi donc? t'en a-t-elle laissé tant voir?

SPEED.--Vraiment, monsieur, je n'ai rien vu d'elle; non, non, pas même

un ducat pour lui avoir remis votre lettre; et puisqu'elle a été si

dure envers moi, qui lui ai porté votre coeur, je crains qu'elle ne

soit aussi dure à vous ouvrir le sien; ne lui donnez pas d'autres

gages d'amour que des pierres, car elle est aussi dure que l'acier.

PROTÉO.--Comment! elle ne t'a rien dit?

SPEED.--Non pas seulement: _Tenez, mon ami, prenez cela pour votre

peine_. Pour me prouver votre générosité vous m'avez donné un teston!

Aussi en récompense vous pourrez à l'avenir porter vos lettres

vous-même; et ainsi, monsieur, je vous recommanderai à mon maître.

PROTÉO.--Va, pars pour sauver du naufrage ton vaisseau, qui ne peut

périr en t'ayant sur son bord; car tu es destiné à périr à terre

d'une mort moins humide. Il me faut envoyer quelque autre messager, je

craindrais que ma Julie ne dédaignât mes lettres, si elle les recevait

d'un aussi indigne facteur.

(Ils sortent.)

Les Deux Gentilshommes de Vérone · 第 8 / 40 题