Le procédé de M. Rouillet permet non-seulement de calquer le contour des
objets, mais encore d'obtenir des effets d'ombre et de lumière. Les
ombres ayant souvent des couleurs parfaitement tranchés, on conçoit
qu'on puisse suivre facilement les contours de ces ombres. Mais en se
servant de crayon noir et blanc ou de pastels, on peut aussi reproduire
ces ombres sur l'étoffe transparente, leur donner l'intensité qu'elles
ont dans la nature et marquer leurs décroissements successifs. Si on
reporte ce dessin sur un papier de couleur, alors il ressemble
singulièrement à une gravure au pointillé. La trame de l'étoffe fait un
petit travail en carreaux très-délicat, fort agréable à l'oeil, et dont
ou essaierait vainement d'imiter le fini et la régularité. Les dessins
ombrés exigent de l'habitude, et ne sauraient être faits du premier coup
par des personnes étrangères aux arts du dessin. Sous ce point de vue,
il y a évidemment des essais à faire et des améliorations à espérer.
Les applications du procédé de M. Rouillet, que nous venons d'exposer,
sont les plus usuelles; les peintres et les amateurs de dessin en feront
un fréquent usage. Celles dont nous allons parler, et qui sont peut-être
plus ingénieuses encore, profiteront surtout aux architectes et aux
mécaniciens. Elles ont un mérite scientifique et sont une curieuse
application des principes de la géométrie: elles prouvent combien la
science est féconde en résultats lorsque l'on sait déduire toutes les
conséquences des principes qu'elle a posés. Toutefois, dans cet exposé,
nous n'oublierons pas que nous parlons à des gens du monde et non pas à
des géomètres; nous tâcherons d'être clairs, dussions-nous sacrifier
quelquefois la rigueur mathématique à cette nécessité.
MANIÈRE DE COPIER EN PERSPECTIVE DES PEINTURES PEINTES SUR DES SURFACES
BRISÉES OU COURBES.
Le châssis sur lequel ou tend la tarlatane peut avoir toutes les formes
imaginable; par conséquent le dessinateur est en état de copier
non-seulement des objets réels ou des figures peintes sur un plan tel
que la toile d'un tableau ordinaire, mais aussi des figures dessinées
sur deux plans qui se coupent sous un angle quelconque. Imaginons qu'on
veuille copier les peintures à fresque qui occupent l'angle d'un cloître
d'Italie, vues à une certaine distance et d'un point déterminé. Le
dessinateur prend deux châssis qui font entre un angle égal à celui des
deux murs, et il donne à ses deux châssis une longueur proportionnelle à
celle des deux murs. Si l'un des deux murs a 5 mètres de long et l'autre
3 mètres le châssis correspondant aura par exemple 5 décimètres et
l'autre 3 décimètres. Il en sera de même pour la hauteur. On voit que le
problème se réduit à ceci: que le châssis soit une figure _semblable_ à
celle du mur. L'appareil ainsi disposé, le dessinateur calque les
contours qu'il voit, et, comme il les voit en perspective, son dessin
sera en perspective lui-même, et il fera un tableau semblable à celui de
l'angle du cloître vu du point ou il s'est placé.
Imaginons maintenant que les fresques aient été peintes sur une surface
courbe quelconque, une portion de cylindre, de sphère, ou bien une
surface ellipsoïde ou parabolique; il suffira de même de donner au
châssis une courbure semblable, en le construisant avec des baguettes
flexibles, puis on dessinera comme à l'ordinaire. On évite ainsi une
difficulté immense qui existait autrefois: c'est celle de transporter
sur un plan une peinture existant sur une surface courbe.
Mais cet avantage n'est pas le seul, car l'étoffe transparente, étant
séparée du châssis courbe qui la portait, redevient un plan, et l'on
obtient ainsi je redressement des images. On peut aussi appliquer sur
l'appareil tout monté le papier ou la toile destinés à recevoir la
contre-épreuve; puis on les enlève, on efface leur courbure, et l'on a
ainsi sur un plan la copie de cette peinture qui se trouvait sur une
surface courbe. Un dessin fait sur un châssis ayant la forme d'une
portion de cylindre peut être décalqué en le faisant rouler sur une
feuille de papier qui reçoit l'empreinte. C'est le procédé employé pour
imprimer les toiles peintes.