GRANDISSEMENT DES OBJETS.

Pour simplifier l'exposition du procédé, je suppose que l'un veuille

faire le dessin d'une statuette double de sa grandeur. On dessinera

d'abord cette statuette sur le châssis d'après le procédé ordinaire et

dans une proportion quelconque, préférant celle où le dessin présentera

la plus grande netteté; puis on marquera sur une grande toile, ou sur un

plan vertical quelconque, deux points de repère dont la distance

verticale soit double de la hauteur de la statue. Cela fait, on placera

le châssis devant la grande toile, et derrière le châssis on mettra une

lampe à mèche plate de façon à ce que le plan de la mèche soit

perpendiculaire à celui du châssis. On baissera cette lampe jusqu'à ce

que la flamme se réduise à un point lumineux. Alors les rayons de

lumière traversant le châssis éclaireront la grande toile; main partout

où le fusain aura marqué sur la tarlatane, la lumière ne la traversera

point, et par conséquent l'ombre des traits se projettera sur la toile

sous forme de lignes noires qu'il suffira de suivre avec un crayon

quelconque, en s'effaçant de manière à ne pas intercepter la lumière.

Pour que la grandeur du dessin soit le double de celle de la statue, il

suffira de faire varier la distance du châssis de la toile et de la

lampe au châssis, jusqu'à ce que l'ombre du sommet de la tête et celle

des pieds de la figure, coïncident avec les deux points de repère. La

distance verticale de ces deux points étant double de la hauteur de la

statue, il est évident que le dessin sur la toile sera une fois plus

grand que la statue que l'on avait prise pour modèle.

M. Lassus, rapporteur de la commission qui a examiné le procédé de M.

Rouillet, a perfectionné la lampe employée pour le grossissement des

objets. Pour que l'ombre portée sur la toile soit nette, pour qu'il n'y

ait point de pénombre, il faut que la flamme soit réduite à un point

lumineux, il place donc la flamme de la lampe au foyer d'un miroir

métallique concave en forme d'ellipsoïde de révolution A B C, qui fait

converger tous les rayons vers un orifice très-étroit D, à travers

lequel ils s'échappent, et qui peut être considéré comme un point

lumineux; on voit, en comparant les deux flèches placées devant ce

point, comment le grandissement a lieu. La plus petite représente un

objet dessiné sur la tarlatane; la plus grande est l'ombre amplifiée de

l'objet.

[Illustration.]

Le grandissement jusqu'au quintuple s'obtient sans que les ombres des

traits s'élargissent. Au delà, les contours deviennent vagues et les

ombres s'affaiblissent. On aura toujours soin de suivre avec le crayon

l'axe du trait et non le bord extérieur ou intérieur des ombres. Le

grandissement des objets est un grand service rendu aux peintres en

général et aux peintres d'histoire en particulier. Ils pourront ainsi

grandir leurs esquisses dans une proportion quelconque, et ne perdront

plus des heures précieuses à mesurer la grandeur relative des parties

ainsi amplifiées.

Pour obtenir un grandissement médiocre, M. Rouillet conseille un procédé

fort simple: il consiste à placer à une petite distance du châssis sur

lequel se trouve le dessin un papier transparent bien tendu. La flamme

étant derrière le châssis, l'ombre de l'esquisse se projette sur le

papier et on en suit les contours que l'on aperçoit en se mettant

derrière le papier tendu. Ainsi, dans la première méthode, le

dessinateur se place entre le châssis et le papier ou la toile; dans la

seconde, il se place derrière le papier.

L'Illustration, No. 0043, 23 Décembre 1843 · 第 14 / 17 题