Le barbier turc

Ce n'est pas l'Orient, avec ses splendeurs éblouissantes et ses couleurs

aux mille reflets, que nous représente M. Donnai; mosquées, minarets,

bazars, tout cela est connu, nous l'avons vu et revu cent fois. M.

Bonnat, lui, semble se complaire davantage dans les scènes d'intérieur;

il aime à étudier de près les moeurs de ces pays si différents des

nôtres, il cherche à y prendre la vie sur le fait, et à nous la rendre,

telle qu'elle lui est apparue, dans toute son étrange simplicité.

Voyez plutôt cette boutique de barbier, sans meubles, sans accessoires

autres que quelques plats et quelques rasoirs appendus aux murs: comme

l'opérateur se tient droit, bien campé sur ses pieds nus! quel naturel

dans sa robe flottante, serrée seulement à la ceinture! quelle vérité

dans la tête un peu inclinée de côté et dans le mouvement des mains,

dont l'une appuie sur la peau, tandis que l'autre manie avec dextérité

le redoutable instrument! Et le patient, accroupi avec un sérieux tout

oriental, joue-t-il assez complètement son rôle passif! Jambes et mains

croisées, oeil fermé, corps immobile, quelle attitude résignée! et comme

ou reconnaît bien le musulman qui obéit à la loi du Prophète en livrant

son crâne au rasoir du barbier!

Conçue sans prétention, dessinée avec soin, cette jolie étude est peinte

avec la chaleur de ton qui caractérise le talent de M. Bonnat, et nous

sommes heureux, en la retrouvant gravée dans l'_Illustration,_ de nous

rappeler tout le succès qu'elle obtint au dernier Salon.

L'Illustration, No. 1588, 2 Août 1873 · 第 12 / 29 题