ESPAGNE.

L'événement de la semaine, c'est la capture, par la frégate prussienne

_Frédéric-Charles_, de la canonnière à vapeur espagnole la _Vigilante_,

que les insurgés de Carthagène avaient fait sortir du port après s'en

être emparés. Un décret du gouvernement de Madrid, publié la veille par

la _Gazette officielle_, déclarait que les bâtiments portant le pavillon

insurgé, considérés comme pirates, pouvaient être capturés par les

puissances étrangères et invitait celles-ci à prêter main-forte aux

autorités espagnoles. Ce décret, contraire aux règles du droit des gens,

avait été accueilli presque partout avec surprise aussitôt que la

nouvelle en avait été transmise par le télégraphe; l'étonnement fut bien

plus grand encore lorsqu'on apprit l'acte du commandant prussien, qui

paraissait contraire à tous les principes de non-intervention à peu près

universellement admis, et un certain nombre de journaux n'hésitèrent pas

à accuser l'Allemagne de vouloir ressusciter la candidature du prince

Hohenzollern, et relever le trône d'Espagne à son profit. Aujourd'hui

que la lumière commence à se faire sur cet incident, on peut l'apprécier

avec plus de calme et reconnaître que la portée en est infiniment moins

grave qu'on ne l'avait pensé d'abord. D'après des renseignements dignes

de foi, il paraît avéré que le capitaine du _Frédéric-Charles_ ne

connaissait même pas le décret du gouvernement de Madrid lorsqu'il a

capturé la _Vigilante_; il a rencontré un navire armé en guerre, portant

un pavillon non reconnu, et l'a arrêté, croyant simplement se conformer

en cela au devoir de tout commandant d'un navire de guerre.

On sait d'autre part que les insurgés, exaspérés par la capture de leur

navire, menacèrent, s'il ne leur était pas rendu, de mettre à mort le

consul allemand à Carthagène. Le commandant du _Frédéric-Charles_, à

cette nouvelle, réunit en conseil le commandant d'un autre navire

allemand et le commodore anglais, et conclut avec les insurgés un traité

qui fut signé par ce dernier, et d'après lequel l'équipage de la

_Vigilante_ fut mis en liberté. La canonnière fut ensuite conduite à

Gibraltar et remise aux autorités espagnoles. Ajoutons, comme dernier

renseignement, que l'ambassadeur espagnol à Berlin s'étant présenté

devant le ministre des affaires étrangères de Prusse pour le remercier

de l'intervention du Frédéric-Charles, M. de Balan aurait décliné ses

remercîments de la manière la plus énergique, et aurait déclaré que

l'Allemagne entendait appliquer toujours le principe de la

non-intervention.

L'Illustration, No. 1588, 2 Août 1873 · 第 6 / 29 题