LETTRE CIRCULAIRE DU DUC DE RAGUSE AUX ÉLECTEURS.

«Monsieur, j'ai l'honneur de vous prévenir que, par ordonnance du, Sa

Majesté a ordonné la convocation du collége électoral du département de

la Côte-d'Or. La gravité des circonstances, le vif désir que le roi

éprouve d'être entouré des véritables représentants de la nation, vous

feront concevoir, monsieur, de quelle importance il est que tous les

individus appelés à voter soient exacts à se rendre à la convocation

dont ils sont l'objet. C'est donc au titre du bien de la patrie et du

service du roi, et en particulier au nom de l'intérêt du pays qui nous a

vus naître, que je vous engage à vous trouver à Dijon assez à temps pour

assister à l'ouverture du collége, qui aura lieu le 22 de ce mois. Je me

trouve heureux, monsieur, que la confiance du roi m'ait appelé à

concourir avec vous à des choix qui auront, j'espère, une heureuse

influence sur notre avenir.

DISCOURS DU DUC DE RAGUSE ADRESSÉ AU COLLÉGE ÉLECTORAL DE LA CÔTE-D'OR

LE 22 AOUT 1815.

«Messieurs, la gravité des circonstances qui motivent notre réunion est

d'une telle nature, qu'aucune époque de notre histoire ne peut lui être

comparée. Une catastrophe sans exemple a causé des maux intérieurs et

extérieurs qu'à peine on ose approfondir. Le patriotisme le plus

désintéressé est le seul remède à tant de maux; ainsi de la bonne

composition de l'Assemblée, à la formation de laquelle nous sommes

appelés à concourir, dépend le sort de la France. C'est donc un esprit

de concorde et d'union qui doit présider à nos choix. Nous chasserons

loin de nous le souvenir de nos divisions, car dans ces divisions se

trouvent le principe et la source des maux dont nous gémissons. Un

peuple perd sa puissance, sa considération et sa physionomie lorsqu'il

est divisé; dans quelque situation au contraire que l'empire des

circonstances l'ait placé, il est toujours redoutable et sa position est

toujours noble, lorsqu'il est uni. Que la cruelle épreuve que nous

venons de faire nous serve au moins et ne soit pas perdue pour notre

avenir; rallions-nous sincèrement autour de ce trône qui doit nous

protéger, et de la Charte qui a consacré nos droits.

«Le roi, messieurs, dont la sagesse avait prévu, il y a cinq mois, tous

les malheurs dont nous sommes accablés aujourd'hui, chercha vainement à

les prévenir; sa voix ne fut point entendue. Depuis il est accouru pour

se placer entre son peuple et les étrangers, auxquels d'anciennes haines

venaient de faire reprendre les armes, et plus que personne au monde il

gémit de notre situation. Le roi enfin, pour qui le trône serait sans

charmes si le bonheur public n'était le prix de ses soins, consacre tous

ses efforts à l'assurer. Il veut être environné des véritables

représentants de son peuple, élus par la masse des électeurs, et non de

ceux d'une faction, à l'exemple du gouvernement éphémère qui vient de

finir après avoir appelé tant de calamités sur la France. Ses lumières

lui ont assez fait connaître que la France ne saurait être heureuse sans

une liberté sage, et il met sa gloire à la fonder; lui seul peut

satisfaire ce voeu constamment exprimé, ce voeu qu'il partage, parce

qu'il sait bien que ce noble sentiment élève l'âme, et que la force des

souverains est dans l'opinion de leurs peuples. Enfin ses lumières et

son coeur garantissent à la France qu'il confond et confondra toujours

ses intérêts avec les siens.

«Tels sont, messieurs, les sentiments bien connus du souverain qui nous

gouverne, et dont j'ai pu mieux juger qu'un autre par le bonheur que

j'ai eu de l'approcher. Vous les apprécierez ces sentiments, messieurs,

et vous l'environnerez d'hommes dépositaires de votre estime et de votre

confiance, d'hommes au-dessus de leurs passions, d'hommes modérés, car

avec la modération seule se trouvent la raison, la force et la vertu.

Enfin, messieurs, vous l'environnerez d'hommes dignes de lui et de la

France, qui, aimant leur pays avant tout, mettront ses intérêts avant

les leurs propres, et qui, sous l'égide du roi et lui prêtant leurs

forces, sauveront à la fois le roi et la patrie.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (7/9) · 第 13 / 26 题