Renée sait tout!...
J’en ai acquis la conviction dans le premier regard que nous avons
échangé ce matin. Le supplice de cette minute, aucune parole ne saurait
l’exprimer...
Et je suis restée en face d’elle, droite, impassible, mangeant le pain
qu’elle m’offrait et souffrant mille morts sous son œil de tranquille
mépris!... A l’humiliant silence qu’elle gardait j’aurais préféré
des reproches, des cris, des larmes... Mais pourquoi aurait-elle
eu des cris et des larmes? Elle ne l’aime pas; ce n’est point dans
son cœur que je l’ai blessée, ce n’est que dans ses droits. S’il en
était autrement elle n’aurait pu me revoir, elle serait partie... ou
m’aurait chassée.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais comment est-elle arrivée à la vérité?--C’est hier que Robert
nous a quittés. Je me souviens maintenant qu’elle a passé la soirée
enfermée chez elle. Ce malaise subit n’était qu’un prétexte, sans doute
elle savait déjà... Il a fallu qu’elle nous surprît ensemble! qu’elle
entendît nos paroles! Mais où? quand? Du petit salon de la tourelle un
escalier extérieur conduit jusqu’à la galerie sur laquelle s’ouvre une
des fenêtres de l’atelier. Tous les jours elle passe de longues heures
dans ce petit salon arrangé à son usage; elle aura entendu le marteau
de Robert frapper sur le marbre, une curiosité l’aura tentée, elle sera
montée sans bruit...