Je vais quitter Hauteville. J’y pensais depuis plusieurs jours, mais
ce soir ma décision est irrévocablement prise; je l’ai communiquée à
Renée en la priant d’en faire part à son mari et en la remerciant de
l’hospitalité qu’elle m’a accordée. Elle m’a demandé des explications
que j’ai éludées et a fait, pour me retenir, quelques tentatives qui ne
m’ont point ébranlée. Je vois qu’elle attribue mon départ à l’attitude
de M. de Belmonte, et je l’ai laissée dans cette erreur.
C’est la conduite de plus en plus blessante de M. de Hauteville qui a
provoqué ma détermination. Il ne me croit plus digne, paraît-il, de la
pureté de sa femme! Chaque fois qu’il nous trouve causant ensemble, il
montre des signes d’impatience et cherche un prétexte pour rompre notre
entretien. Aujourd’hui enfin, comme nous étions tous trois, seuls,
réunis après le dîner sur la pelouse, Renée, qui par hasard était en
belle humeur, s’assit sur l’herbe en riant; puis tout d’un coup, avec
un geste d’enfant câlin, elle s’appuya contre moi et laissa tomber sa
tête sur mes genoux. Alors, d’un mouvement rapide, M. de Hauteville la
fit brusquement se relever:
--A votre âge, dit-il d’un ton d’âpreté inexprimable, ces poses
enfantines sont aussi ridicules qu’absurdes.
Renée le regarda, étonnée, sans comprendre. Moi j’avais compris et je
ne le regardai pas.
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