cerchant de la ou venoit ceste eaue ilz trouverent la bouche laquelle se
embuschoit dedans la mer de quatre lieues avec grant impetuosité Au
devant de laquelle bouche estoient beaucop d’isles habitees de humaines
gens et paisibles & ne trouverent aulcune chose de povoir contracter Ilz
prindrent .xxxvi. esclaves puis que autre chose ne povoyent trouver pour
contracter avec gaing. Le nom de ceste province s’appelle marina tambal:
ces gens de l’isle disoient que dedans la terre ferme se trouvoit grande
quantité d’or. Apres qu’ilz furent partis de cestuy fleuve en peu de
jours ilz descouvrirent la transmontane qui estoit quasi a l’horizon &
avoient fait cinquante lieues selon leur reigle ilz dient qu’ilz sont
allez tousjours par la terre de payra pource que depuis ilz vindrent a
la bouche appellee du dragein laquelle est une bouche qui est en ceste
terre payra ou l’admiral alla par aucunes isles de la lesquelles
estoyent en grant nombre oultre ceste Payra ou ilz trouverent grande
quantité de bresil duquel ilz chargerent leurs navires: et d’icelles
isles y en avoit beaucoup deshabitees pour la crainte des canibales: &
veirent infinies maisons toutes en ruyne & beaucoup d’hommes qui
fuyoyent es montaignes/ ilz trouverent plusieurs arbres de casse
[fistule] de laquelle ilz porterent en espaigne & les medecins qui la
veirent dirent que elle eust esté tresbonne si elle eust esté recueillie
en temps deu: et y a de tresgrans arbres et gros telz que six hommes ne
les sçauroient embrasser & veirent aussi une beste quasi monstrueux qui
avoit le corps et le museau d’ung regnart et la crope & les piedz de
derriere comme le cinge & ceulx de devant comme ung homme les oreilles
comme une souriz chaulve. & a soubz le ventre ung autre ventre par
dehors comme une gibeciere ou elle caiche ses enfans depuis qu’ilz sont
nez: ne jamais ne les laisse saillir jusques a tant qu’ilz soyent
souffisans de eulx mesmes nourrir excepté quant elle les veult alaicter
ung de telles bestes ensemble ses enfans fut porté de sibille a granate
au roy & royne d’espaigne: toutesfois dedans la navire moururent les
enfans & le grant en espaigne lesquel ainsi mors furent veuz de
plusieurs et diverses personnes cestuy vincent afferme avoir navigué par
ceste coste de payra plus de .vi.c. lieues et ne doubte point que ne
soit terre ferme/ mais en certain apres qu’ilz furent partis de la payra
ilz vindrent a l’isle espaignolle le .xxiii. jour de juing mil .ccccc. &
de la ilz dient estre allez continuellement par ponent plus de quatre
cens lieues en une certaine province ou aux quatre caravelles qu’ilz
avoyent saillit une si grande tempeste au moys de juillet que deux
d’icelles se noyerent et une se rompit et estoyent plus marris de la
crainte qu’ilz avoient d’estre prins qu’ilz n’estoyent d’autre chose La
quarte caravelle demoura ferme et fort mais non sans grant travail et ja
avoyent perdu toute esperance de salut & ainsi eulx estans ilz veirent
une [de] leur navire aller ainsi que la mer la menoit pource qu’elle
estoit avec peu de gens esquelz eulx doubtant de noyer se misrent a
terre & la estoient en grant doubte et paour d’estre mal traictez de
celle gent. Et firent deliberation d’entre eulx se tuer: & aussi
estoient divers & mauvais conceptions environ par l’espace de huyt jours
& apres ce mist a faire bonace leur navire qui estoyt demouré seullement
avec .xviii. hommes & la monterent ensemble avec l’autre qui estoit
saulvee: & firent voille a la volte d’espaigne ou le dernier jour de
septembre arriverent despuis ces gens cy plusieurs aultres ont navigué a
cestuy voyage par midy & continuellement sont allez par la coste de la
terre de payra plus de mil deux cens cinquante lieues/ et jamais n’en
[ont] trouvé aulcune fin que ce soit isle: & pour cela chascun
manifestement tient estre terre ferme de laquelle dernierement a esté
apporté de la casse en toute perfection et de l’or. des perles & bresil
de la sorte dessusdicte: poyvre. et canelle: saulvaiges herbes &
plantes: et arbres: & bestes d’estrange et diverses sortes que nous
n’avons point.
¶ Cy finist le quatriesme livre de la navigacion et commence le
cinquiesme.
¶ Le nouveau monde translaté de langue espaignolle en ytalienne: et de
ytalienne en françoys.
¶ C’est une lettre de alberic vespuce qu’il escripvit a laurens pere de
medicis.
Chapitre .cxiii.
Cy apres ces jours passez amplement je escripvy mon retour de ces
nouveaulx pays lesquelz avec l’armee/ et avec les despens et
commandement du roy de portugal avons cerchez et trouvez lesquelz a esté
licite [et] convenable les appeller Nouveau monde pource que noz
predecesseurs plusgrans que nous n’y ont point esté aumoins ilz n’en ont
eu de congnoissance et a tous ceulx qui les orront sera bien nouvelle
chose par ce que cecy excede l’oppinion des nostres anciens: car la plus
part d’iceulx dient que oultre la ligne equinoctialle & vers midy n’y
estre terre mais la mer tant seullement. lequel ilz ont appellé
atlantique Et si aucun d’eulx a dit y estre terre ferme: ycelle ont dit
non estre habitee par plusieurs raisons: mais ceste oppinion est faulce
et toute contraire a la verité comme j’ay declairé en ma derreniere
navigacion par ce que en celles parties meridionalles j’ay trouvé la
terre estre plus habitee de peuple que n’est nostre europe ou l’asie ou
l’affrique et encores l’air plus temperé et plus doulx qu’il n’est en
aucune region de nous congneue aultre comme dessoubz entendras ou
briefvement seullement escripray les principaulx pointz et les choses
plus dignes d’estre notees et de memoires: Lesquelles de moy veues ou
ouyes en ce nouveau monde comme cy dessoubz seront et ont esté
manifestes.
¶ L’ordre de la navigation avec une tresgrande fortune.
Chapitre .cxiiii.
Le quatorziesme jour du moys de may mil cinq cens/ avec heureuse
navigation nous partismes de ollisipe avec trois navires et nous
commanda le roy de portugal chercher nouveaulx pays vers ostro Et vingt
moys continuellement nous navigasmes au midy: de laquelle navigation
l’ordre est telle Premierement nous navigasmes par les isles fortunees
ainsi aultreffois dictes: Mais au present s’appellent isles grandes des
canaries: lesquelles sont au troiziesme climat et confine a l’occident
habité depuis allasmes par la mer occeane par tout le rivage d’affricque
et partie de ethioppe jusques au promonthoere d’ethiope ainsi appellé de
tholomee lequel maintenant des nostres est appellé le chef verd et des
ethiopiens beseghier et le pays naudraga lequel est quatorze degrez
dedans la zene torride de la ligne equinoctialle vers le septentrion
laquelle d’elle mesmes est habitee de noz gens La nous prismes les
choses qui nous estoyent necessaires Et cela fait nous haulçasmes les
ancres: et estendismes les voylles aux vens & eslargismes nostre chemin
vers le pol antartique et le prismes ung bien petit par l’occident a
cause du vent lequel volture s’appelle & depuis que nous fusmes partis
dudict chief verd navigasmes par l’espace de deux moys et trois jours
devant que aucune terre a nous aultres se apparust.
Les perilz et dangiers que nous avons souffert je les laisse a
l’estimation de ceulx lesquelz ont eu la vraye congnoissance &
experimenté quelle chose s’est de cercher les choses incertaines affin
que en une parolle je narre briefvement les choses Sachés que des
.lxviii. jours esquelz nous navigasmes: nous en eusmes .xliii.
continuelz avec pluye: tonnoirre: et obscurations en telle maniere
obscurs que soleil le jour ne serain en la nuit jamais nous ne veismes
pour laquelle chose si grant paour entra dedans nous que quasi toute
esperance de vie avions perdue a cause desdictz terribles vens et
impetuosité de mer mais au dernier il pleut a dieu nous monstrer la
terre et nouveaulx pays & ung autre monde incongneu: Lesquelles choses
veues nous resjouysmes autant que ung chascun peult croire quant il luy
advient telles choses C’estassavoir quant d’ung grant peril diverses
peines & d’une si grant fortune on vient a recouvrer saulvement. Le
septiesme jour d’aoust dudit an mil .ccccc. ung es rivaiges d’iceulx
pays arrivasmes en remerciant nostre seigneur dieu avec prieres
solempnelles & fut dicte et chantee une messe & congneusmes icelle terre
n’estre isle: mais terre ferme par ce que de treslongz rivaiges
s’estendoit & estoit habitee de peuple infiny pource qu’en ycelle terre
y a assez gens et peuples et de toute generation et de bestes saulvaiges
desquelles en nostre pays ne s’en trouve nous trouvasmes beaucoup de
choses que jamais nous n’avions veues lesquelles seroyent trop longues a
reciter une a une Quant nous arrivasmes audit pays toutes noz choses
necessaires pour vivre quasi nous estoyent faillies: nous n’avions plus
de boys et bien peu d’eaue: mais la clemence de dieu ne nous voulut
point habandonner a luy soit honneur et gloire.
¶ La distance du chef verd jusques a la terre ferme trouvee.
Chapitre .cxv.
Nous fismes conseil de naviguer selon le rivaige de ceste terre vers
orient et jamais le regard d’icelle terre habandonner/ et tant nous
allasmes que arrivasmes a ung coing ou est le rivaige qui nous monstra
qui estoit vers le midy: et depuis ce lieu la ou nous touchasmes
premierement terre jusques a cestuy coing y a environ .ccc. lieues. En
ceste espace de temps que naviguions par plusieurs fois nous
descendismes en terre et conversasmes amyablement avec les gens de ce
pays la comme dessoubz entendrez. Je m’estoye oublié d’escripre que du
promonthoere du chef verd jusques au commencement de ceste terre y a
environ sept cens lieues je estime pourtant que nous ayons navigué plus
de .M.cccccccc. lieues partie pour l’ignorance des lieux et du
nautonnier et partie des tempestes et vens lesquelz empeschoyent nostre
droit chemin en nous envoyant en diverses versures et si je [ne] eusse
donné courage a mes compaignons ausquelz la cosmographie estoit
incongneue nous estions tous noyez: nul nautonnier n’estoit conducteur
de la navigation & nul d’eulx ne congnoissoit a cinq lieues pres le lieu
ou nous estions: par ce que nous avons esté vacabons & errans mais les
instrumens des aultres corps celestes seullement a nous le monstroyent
la verité & s’estoyent les quadrans et l’astralabe comme tous
congneurent par ainsi depuis en avant tous les nautonniers m’ont faict
grant honneur par ce que je leur ay monstré que sans la congnoissance de
la clarté de naviguer que la doctrine de la science de la cosmographie
doit estre plus celebree que tous les nautonniers de l’universel monde
par ce qu’ilz n’ont notice: sinon de ces lieux la ou ilz ont assez
navigué ledit coing nous monstra vrayement par le moyen du rivaige: et
que estions aux parties du midy nous acordasmes de cercher quelles
choses il y avoit en cestuy pays & navigasmes selon le rivaige environ
.cccccc. lieues & plusieursfois descendismes en terre et parlasmes et
conversasmes avec ceulx du pays et d’iceulx estions fraternellement
receuz & avec eulx demourions aulcuneffois continuellement .xv. ou .xx.
jours et amyablement estions logez comme dessoubz entendrez De ceste
terre une partie est en la zene torride oultre la ligne equinoctialle
vers le pol antartique par ce que son principe commençoit a huit degrez
oultre icelle equinoctialle Selon ce rivage par si long temps nous
navigasmes que apres que nous eusmes passé le tropique en capricorne
trouvasmes le pol antartique de son orizon plus hault cinquante degrez
et fuismes aupres d’icelluy antartique a .xviii. degrez et demy Ce que
j’ay veu et congneu de la nature de ces gens la et de leurs coustumes et
du traictement et fertilité de la terre & la salubrité de l’air: de la
disposition du ciel & des corps celestes: et mesmement des huit
estoilles fixes de la spere: mais des nostres anciens veuz: ou voirement
qu’ilz en ayent traicté cy dessoubz je le narreray.
¶ De la nature et des coustumes de ces gens la.
Chapitre .cxvi.
Premierement quant aux gens de celluy pays nous avons trouvé si grande
multitude de gens tant que nul homme ne le sçauroit nombrer comme se
list en l’apocalipse et si vous dy que ces gens icy sont doulx et
traictables & tous aussi bien les masles que femelles vont nudz nulle
partie du corps ilz ne couvrent ainsi comme yssus du ventre de leur mere
ainsi vont ilz jusques a la mort: ilz ont les corps grans: carrez: bien
disposez et proporcionnez: et sont de coulleur tirant sur le rouge:
Laquelle leur vient ainsi comme je pense: par ce que en allant ainsi
tous nudz ilz sont tainctz du soleil et ont les cheveulx noirs & longs
ilz sont en alleure et es jeux agilles: et de une liberalité et honneste
visage: lequel eulx mesmes le destruisent par ce qu’ilz se percent les
joues: les levres & les narines & les oreilles: et ne croyez que les
pertuis soyent petis ou que tant seullement ilz en ayent ung percé par
ce que j’en ay veu assez: lesquelz ont seullement au visaige sept
pertuis desquelz chascun est capable d’y mettre une noix et ilz
estoupent lesdictz pertuis avec pierres de couleurs: perses: de marbre:
et de cristal et de albastre: et avec oz tresblancz: et d’aultres choses
artificiellement ouvrees selon leur usaige Lesquelles choses si les
voyez vous en aurez horreur: car cela est semblable a ung monstre:
c’estassavoir ung homme a seullement dedans les joues & es levres sept
pierres: desquelles y en y a assez de la longueur de la moitié de la
paulme et ne seriez sans admiration par ce que par plusieursfois j’ay
consideré et jugé ces sept pierres estre du poix de seize onces En
chascune oreille y a trois pertuis: esquelz ilz tiennent d’aultres
pierres lesquelles sont pendantes a certains aneaulx Et ceste coustume
est seullement des hommes par ce que les femmes ne se percent leur
visaige mais les oreilles seullement: ilz ont une autre coustume assez
enorme & hors de toute creance humaine par ce que les femmes sont fort
libidineuses & font enfler les membres de leurs maris en si grande
grossesse qu’ilz semblent difformez & laitz: & cela elles le font avec
ung certain artifice de morsure & certaines bestes venimeuses & pour
ceste cause plusieurs perdent leursdictz membres et demourent chastrez
ilz n’ont point de draps de laine ne de lin ne aussi de coton pource
qu’ilz n’en ont point de besoing/ aussi ilz n’ont point de biens propres
mais toutes les choses sont communes ilz vivent ensemble sans roy sans
empereur & chascun de soy mesmes est seigneur ilz ont autant de femmes
qu’ilz en veulent. Le filz se mesle avec la mere & le frere avec la seur
et le premier avec la premiere toutes et quanteffois qu’ilz veullent:
ilz divisent leur mariage et en toutes ces choses ilz ne gardent ordre
Oultre cela ilz n’ont nulles eglises ny tiennent aucune loy: et aussi ne
sont ydolatres que diray je plus oultre ilz vivent selon la nature ilz
se pevent dire plustost epicuriens que stoiciens ilz ne sont point
marchans ny ont marché d’aulcune chose Les peuples des leur combatent
sans art ny sans ordre Les jeunes obeyssent aux vieux quant ilz
bataillent apres la bataille ilz bruslent les vieux hommes &
s’entretuent cruellement Et ceulx la qui sont prins en la bataille ilz
les gardent non pas pour leur sauver la vie/ mais affin qu’ilz soyent
mengez Par ce que la partie qui est victorieuse mengeue la perdante/ et
entre eulx la chair humaine est a eulx commune viande. De ceste chose
soyez asseurez par ce qu’il a esté veu le pere avoir mengé ses enfans et
ses femmes/ et j’ay congneu ung homme auquel j’ay parlé lequel se
divulgoit avoir mengé plus de trois cens corps humains. Je demouray en
une certaine cité vingt et huyt jours en laquelle je veis par les
maisons la chair humaine salee qui estoyt pendue aux poutres de la
maison comme a nous est usance de pendre le lart. Et je vous dis que
eulx ilz se esmerveilloient pourquoy nous ne mengions noz ennemis: et
dyent que la chair humaine est une chose tressavoureuse: Leurs armes
sont arcs & flesches: et quant ilz se affrontent aux batailles ilz ne
couvrent nulles parties de leur corps pour eulx deffendre et en ceste
chose ilz ressemblent aux bestes brutes en tant que nous a esté possible
nous les avons persuadez de ne faire plus telles choses: et les
remouvoir de ces mauvaises coustumes/ lesquelz nous promisrent les
laisser. Les femmes combien qu’elles aillent nues elles sont
libidineuses. Neantmoins elles ont les corps bien formez et nectz: & ne
sont si laydes tant qu’on pourroit bien estimer. pource qu’elles sont
charnues. et a cause de cela moins appert leur laidure. laquelle est
converte au moyen de la bonne qualité et corporance qu’elles ont. Et
nous est aparu une chose merveilleuse que entre toutes ces femmes n’en
avons pas veu une qui eust les tettes avallees: et a celles qui avoyent
enfanté n’apparoissoit a leur ventre aucune fracture & n’estoit
different de celuy des vierges: & en toutes les aultres parties du corps
elles leur ressembloyent: Quant elles se povoyent mesler avec les
crestiens elles habandonnoyent toute honnesté. Ilz vivent en ce pays la
cent cinquante ans: Et peu souvent sont malades: et s’ilz tombent en
quelque maladie ilz se guarissent eulx mesmes de certaines racines
d’herbes. Ce sont les choses plus notables que j’aye veues entour eulx.
L’aer y est assez temperé et bon et comme je ay congneu par leur
relation: jamais n’y a peste ou aulcune maladie laquelle procede de
l’aer corrompu. S’ilz ne meurent de mort violente ilz vivent longuement:
et la cause si est. Ainsi comme je croy par ce que les vens austraulx
tousjours y tirent: lesquelz a nous est le vent D’acquilon Ilz se
delectent de pescher. Et la mer y est bonne a pescher par ce qu’elle est
habondante de toutes sortes de poisson: ilz ne sont point veneurs: je
pense que c’est a cause des bestes sauvaiges: desquelles en y a de
diverses sortes/ et mesmement de lyons et ours & innumerables serpens/ &
de celles horribles & difformes bestes/ pource que la y a de tresgrandes
forestz d’arbres de une grandeur inestimable Ilz ne sont hardis a cause
qu’ilz sont tous nudz et sans armes: d’eulx exposer a telz dangers.
¶ La fertilité de la terre et qualité du ciel.
Chapitre .cxvii.
En ce pays la la terre est moult fertille et doulce/ et de plusieurs
montagnettes et infinies valees: et habondante de tresgrans fleuves et
arrousee de Fontaines tressalutaires & de larges forestz et espesses: et
a peine penetrables & de toutes generacions de bestes sauvaiges y a
dedans Les arbres sont tresgrans: ilz viennent sans estre cultivez
desquelz le fruict a bon goust et delectable: et proffitable aux corps
humains Et iceulx fruictz ne sont semblables aux nostres: la se
engendrent innumerables herbes et de racines desquelles ilz font du
pain: et de tresbonnes viandes: et ont beaucoup de semences en toutes
manieres aux nostres differentes: nulle generacion de metal se trouve la
fors celuy de l’or duquel ces pays la sont habondans Combien que en ce
nostre premiere navigation n’en ayons point apporté les habitans nous
notiffient & nous afferment dedans la terre estre grande habondance
d’or: & d’eulx n’estre riens estimé ou voire estre prisé: ilz ont des
marguerites comme aultresfois ay escript: Si je vouloye escripre toutes
les choses qui sont la & lesquelles sont dignes de memoire: les diverses
generations des bestes et la multitude d’icelles ce seroit une chose
trop prolixe et longue: & croy certainement que pline n’a point touché
la meilleure partie de la generation des papegaulx: Et la reste des
autres oyseaulx & semblablement des bestes lesquelles en iceulx mesmes
pays sont en si grande diversité de bectz & de couleur que de les
paindre parfaictement/ le maistre policlete le grant paintre y eust bien
failly a les paindre: tous les arbres sont odoriferans: & chascun rend
gomme ou huylle: ou quelque aultre liqueur: desquelz si la proprieté
estoit a nous congneue: je ne doubte point qu’elles soyent salutaires
aux corps humains: et certainement si le Paradis terrestre estoit en
quelque partie de la terre je estime qu’il ne fust pas loing de ce pays
la. desquelz comme ay escript La situation est au midy en si grande
temperance d’aer que jamais n’a a yver froit ne a esté chault.
¶ Des estoilles de celuy pole entarticque.
Chapitre .cxviii.
Une grant partie de l’an le ciel & l’air sont serains et vagues de
grosses vapeurs. En ces pays la pluyes y cheoyent menuement et durement
troys ou quatre heures: et se deffont a la semblance d’une brouee le
ciel est aorné de tresbeaulx signes et figures: et aucunesfois avons veu
venus et jupiter et les mouvemens & les circuitions d’icelles j’ay
consideré: & d’icelles ay mesuré la circonferances & le dyametre avec
une briefve voye de geometrie: & ay congneu iceluy ciel estre de
plusgrant grandeur: j’ay veu en iceluy ciel trois canopes deux
certainement cleres & l’autre obscur: le pole entartique n’est figuré
avec l’urse majeur et mineur comme le nostre articque aparoist/ ny
aupres de luy se veoit aulcune clere estoille et de celles lesquelles
sont a l’entour de luy. Elles sont menees avec ung brief circuyt & trois
en y a lesquelles ont la figure du triangle ortogone desquelles celle
qui est du millieu a neuf demiz degrez de circonferance & quant cestes
naissent de la senestre se veoit ung canope blanc d’une tresgrande
grandeur: lesquelles estoilles quant elles parviennent au meillieu du
ciel elles ont ceste figure.
Depuis cestes trois il en vient aultre deux: desquelles celle du millieu
a de la circonference du dyametre douze demis degrez & avec elles venoyt
ung aultre canope blanc et cestuy la a six aultres estoilles tresbelles
et trescleres entre toutes les aultres le suyvent de l’octave espere/
lesquelles en la supersticion du firmament celle du meillieu a de la
circonferance du dyametre degrez trente et deux: & avecques icelles va
ung canope noir et de une grande magnitude: et si se voyent en la voye
lactee/ c’est a dire le chemin sainct jacques: et telles figures ont
quant elles sont en la ligne meridionalle.
¶ Des choses qui sont en celuy hemispere: Hemispere c’est la moytié du
ciel aux philosophes repugnantes.
Chapitre .cxix.
J’ay congneu beaucoup d’autres estoilles tresbelles desquelles le
mouvement diligemment ay noté: et tresbien les ay descriptz en ung petit
livre ay faict en ma navigacion: lequel a present tiennent nostre Roy de
portugal lequel livre j’espere qu’il me restituera: en celui hemispere
c’est a dire j’ay veu choses non consentantes aux raisons des
philozophes. J’ay veu deux foys l’arc ou ciel blanc: environ la minuyt:
et n’a pas esté veu seullement de moy mais de tous les mariniers
semblablement: et assez de foys nous avons veu la lune nouvelle: en
celuy jour ouquel elle se conjoinct avec le soleil toutes les nuytz en
celles parties du ciel courent plusieurs vapeurs et torches ardantes ung
peu plus avant ay dit en celuy hemispere lequel a proprement parler
n’est a plain hemispere: au regard du nostre: mais peu s’en fault qu’il
ne soit semblable a la forme a nostre parquoy ainsi m’a esté advis de
l’appeller.
¶ La forme de la quarte partie du monde retrouvee.
Chapitre .cxx.
Comme j’ay escript et dit de olispe d’ou nous partismes lequel est de la
ligne equinoctialle: est distant de degrez .xxxix. et navigasmes oultre
la ligne equinoctialle .l. degrez. Lesquelz ensemble font degrez .xc.
laquelle somme contient la quarte partie du souverain cercle selon la
vraye raison de mesurer a noz anciens donnee Adoncques la chose est
manifeste que nous avons navigué la quarte partie du monde: et pour
ceste raison nous autres qui habitons la europe environ la ligne
equinoctialle a degrez .xxxix. et demy en la largesse septentrionale
nous sommes en iceulx esquelz degrez .l. oultre ceste mesme ligne en la
meridiale longuesse angulairement degrez cinq en la ligne transversale:
et a ce que plus amplement entendez la perpendiculaire ligne laquelle ce
pendant que nous sommes droictz du eminent point du ciel il pend en
nostre teste et a eulx il pend au costé: et es costés pour laquelle
chose se fait que nous sommes en la ligne droicte: Mais eulx ilz sont en
la ligne transversalle non droicte et la forme se faict d’ung triangule
orthogone: de laquelle lygne la maniere nous tenons comme par la figure
cy dessoubz apperra magnifestement Et cestes choses diectes de la
cosmographie souffisent.
¶ Comment ce livre est intitulé le troiziesme jour.
Chapitre .cxxi.
Lors furent les choses dignes d’estre notees: lesquelles j’ay veues en
ceste ma derniere navigacion: laquelle je appelle troiziesme jour pour
ce que les deulx jours furent aultres deux navigacions: lesquelles je
fis par le commandement du roy d’espaigne vers l’occident: esquelles
parties j’ay noté choses nouvelles desquelles par le moyen du souverain
dieu nostre createur j’en ay faict ung journal: affin que se quelque
foys me advient avoir temps de povoir recueillir toutes cestes choses
merveilleuses d’en composer ung livre de geographie ou de cosmographie:
affin que mes successeurs se recordent d’ung si grant artifice: Lequel
en partie a noz predecesseurs a esté incongneu Mais de nous congneu. Je
prie donc dieu tout clerement qu’il me proloigne la vie affin que avec
sa bonne grace et avec le salut de mon ame: je puisse mettre a effect ma
bonne voulenté. veu la bonne disposition ou je suis: Les autres deux
jours je les garde en mes coffres & quant le roy de portugal m’aura
rendu le troiziesme jour je m’efforceray de retourner au pays et au
repos affin que avec les saiges et mes amys je puisse estre aydé et
conforté en cest oeuvre pour l’achever.
¶ Excusation de Emery et quelle soit son intention.
Chapitre .cxxii.
Si vous demande pardon sy ceste mienne derniere navigacion ou voirement
le dernier jour ne vous ay envoyé: comme par les miennes dernieres
lettres vous avoye promis: je croy que vous entendez la cause laquelle
si est du Roy de portugal n’ay peu avoir mes livres: je pense encores de
faire ung voyage & sera la quatriesme: j’ay promis de le faire & y a ja
deux navires aprestees pour aller chercher nouvelles regions vers midy
de la bande vers levant je me appareille pour le vent lequel vent
d’affricque s’appelle auquel voyage par le moyen de dieu: je pense faire
beaucoup de choses qui seront au proffit et utilité de ce royaulme: et a
l’honneur de ma vieillesse: et je n’atens aultre chose sinon de cestuy
roy le congié Dieu permette cela qui sera le meilleur et cela qui se
fera entendrez.
¶ Contre l’audace de ceulx qui veullent sçavoir plus que leur est
besoing.
Chapitre .cxxiii.
De langue Espaignolle en langue rommaine: Le joyeulx interpreteur ceste
epistre a translatee affin que les latins entendent quantes choses
merveilleuses se retrouvent en la journee et de ceulx ausquelz l’audace
s’abesse: lesquelz veullent trouver le ciel et sa majesté et sçavoir le
plus qu’il n’est licite de sçavoir quant depuis de temps en ça que le
monde est commencé ne s’est trouvé la grandeur de la terre: et cela qui
dedans elle est contenu.