Apres que Colomb fut party des canaries il navigua vingt et ung jour

premierement devant qu’il trouvast aulcune terre mais il alla plus a

main gauche vers ostro par garbin que l’autre premier voyage Parquoy il

vint es ysles des canibales desquelz icy dessus est faicte mention et a

la premiere ysle ilz virent une forest qui est tant espesse d’arbres

qu’on ne povoit sçavoir quelle chose s’estoit: & pource le jour qu’ilz

la trouverent estoit le jour du dimenche & ilz ne l’aperceurent jusques

au dimenche: & eulx appercevant qu’elle estoit habitee ilz ne se

arresterent point la/ mais ilz s’en allerent plus avant. En ces .xxi.

jour selon leur jugement ilz firent .cccccccc.xx. lieues Le vent leur

estoit propice: car il estoit de la transmontane: Apres qu’ilz furent

partis de cestedicte isle en peu de temps ilz vindrent en une aultre

pleine et habondante de plusieurs arbres qui rendoyent une odeur

merveilleux Aucuns descendirent en terre/ mais ilz ne veirent aulcunes

personnes ne bestes: fors des liezars d’une grandeur non ouye Ceste isle

ilz l’appellerent la croix Et toute la premiere terre habitee qu’ilz

virent depuis leur partement des canaries/ ceste isle estoit des

caniballes comme apres ilz congneurent par experience: et par les

interpretz de l’isle espaignolle qu’ilz avoyent avec eulx: En

environnant ladicte isle ilz trouverent beaucoup de villages de vingt a

trente maisons l’ung Lesquelles estoyent toutes ediffiees par ordre tout

a l’entour d’une place ronde qui estoit au meilleu ou elles estoyent

toutes faictes de boys: la façon desdictes maisons est telle.

Premierement il y avoit en terre tant d’arbres si haulx qu’ilz faisoyent

la circonstance de la maison: apres ilz mettent dedans aulcuns

soliveaulx cours appuyez a ces arbres affin qu’ilz ne cheoyent La

couverture ilz la font en maniere d’ung pavillon: et ainsi toutes cestes

maisons ont la couverture aguë Et apres ilz couvrent ces boys de

fueilles de palmes: & de certaines autres fueilles semblables qui sont

tresseures pour l’eaue ilz lyent lesdictz soliveaulx avec cordes de

coton: et d’aulcunes racines qui ressemblent aux sparges: ilz ont aucuns

tectz qui sont en l’air: sur lesquelz ilz mettent du cotton et estrain

pour leur lict: & ont certaines portes ou ilz reduisent le succre en ung

certain lieu ilz virent deux statues de boys qui estoyent dessus deux

colomnes: et pensoyent que fussent leurs ydoles mais elles estoyent

mises la seullement par beaulté Ilz adoroyent seullement le ciel avec

ses planettes Noz gens en eulx approchant de ce lieu la soubdainement

les hommes & femmes se misrent a fuyr/ et en cherchant dedans leurs

maisons ilz trouverent trente femmes et garçons qui estoyent prisonniers

Lesquelz garçons ces canibales avoyent prins dedans aulcunes isles pour

les menger & les femmes pour les tenir esclaves. Les nostres trouverent

dedans leursdictes maisons vaisseaulx de pierre a nostre usage de toutes

sortes & es cuisines de chair d’homme boullie avec celle de papegaulx &

y avoit oyes et canardz en broche pour rostir & par la maison trouverent

os de bras humains Lesquelz ilz gardoyent pour faire des fers a leurs

flesches pource qu’ilz n’ont de fer ilz trouverent aussi la teste d’ung

garçon mort depuis peu de temps/ Laquelle estoit atachee a ung soliveau

et rendoit encores sang: les nostres admenerent ceulx qui estoyent prins

desdictz canibales: Ceste isle a huit fleuves tresgrans: & l’appellerent

gaudipea: pource qu’elle ressemble au mont de saincte marie de

gaudalippi d’espaigne les habitans l’appellent carachara Ilz apporterent

de ceste ysle papegaulx plus grans que faisans moult differens des

autres ilz ont tout le corps & les espaules rouges: les esles de

diverses couleurs combien que les boys soyent plains de papegaulx

neantmoins ilz les nourrissent et puis les mengeussent: L’admiral colomb

fist donner des presens aux femmes ordonna que avec ces presens elles

allassent trouver les caniballes: pource qu’elles sçavoyent ou ilz

estoyent: et lesdictes femmes y allerent et trouverent grande quantité

desdictz Canibales: lesquelz vindrent incontinent pour la cupidité des

dons: mais des ce qu’ilz virent les nostres ou pour paour qu’ilz eurent

ou par conscience de leur inhumanité en eulx regardant au visaige l’ung

l’autre se misrent a fuyr dedans les vallees & les boys Les nostres qui

estoyent allez par l’isle apres eulx apres qu’ilz furent reduitz aux

navires ilz rompirent autant de barques qu’ilz en trouverent Et se

partirent de ceste isle Gualippe pour trouver leurs compaignons a l’isle

Espaignolle: au premier voyage laisserent la main dextre a la senestre

trouverent beaucop [d’isles.] La apparut de la transmontane une grande

isle: ceulx que l’admiral avoit menez avec luy de l’isle espaignolle

entendoyent leur parler: et ceulx qui estoyent recouvrez de la main

desditz canibales disoyent que ladicte ysle s’appelloit matinina: en

affermant que dedans icelle n’y habitoit que femmes: lesquelles en

certain temps de l’an se joignent avec les Canibales comme se dit des

amazones: et si elles enfantoyent masles: elles les nourrissoyent: et

puis elles les envoyent a leurs peres: si s’estoyent fumelles elles les

retenoyent avec elles Disoyent aussi que cestes femmes ont certaines

caves grandes soubz terre: dedans lesquelles elles fuyent quant en

aultre temps de l’an que celuy qui est ordonné aucun va devers elles. Et

si aucun par force ou autrement cherche: elles se deffendent avec

flesches: lesquelles elles sçavent tirer tresbien: pour l’heure noz gens

ne se peurent approcher de cestedicte isle En navigant a la veue de

ladicte isle a dix lieues ilz passerent par une aultre isle: laquelle

ceulx de ladicte isle espaignolle disoyent estre bien peuplee &

habondante de toutes les choses necessaires au vivre humain: et qu’elle

estoit plaine de haultes montaignes & luy mirent nom de Montferrat ceulx

d’icelle isle espaignolle: Et aussi ceulx qui avoyent esté recouvrez des

canibales disoyent que aulcunesfois iceulx canibales alloyent deux cens

lieues pour prendre des hommes affin de les menger: Le jour ensuivant

noz gens descouvrirent une aultre isle/ laquelle pource qu’elle estoit

ronde l’admiral l’appella saincte marie rotonde/ une autre plus avant

l’appella sainct martin: mais en nulle de cestes ne s’arresterent Le

troiziesme jour ilz trouverent une autre isle laquelle ilz jugerent

estre longue par coste dyametralle de levant a ponent .xl. lieues les

interprestz du pays disoyent cestes isles estre d’une merveilleuse

beaulté & fertilité & ceste derniere l’appellerent saincte marie

l’ancienne: depuis laquelle ilz trouverent assez d’aultres isles: Mais

de la a cent lieues y en a une plus grande de toutes les autres & les

habitans d’icelle l’apellerent Ay ay: & les nostres la nommerent saincte

croix et la descendirent pour avoir de l’eaue: et l’admiral envoya en

terre trente hommes de sa navire qu’ilz cerchassent l’isle: lesquelz

trouverent quatre canibales avec quatre femmes: lesquelles ainsi

qu’elles virent les nostres sembloit qu’elles demandassent secours a

mains joinctes: lesquelles furent delivrees par les nostres: Les

Caniballes s’en fuyrent au boys: & l’admiral estant la par l’espace de

deux jours fist demourer en terre trente hommes des siens

continuellement en aguet Ce pendant les nostres virent venir une canoe

c’estassavoir une barque avec huyt hommes & huyt femmes. Et le signe

fait noz gens les assaillirent: et eulx avec flesches se deffendoient

par façon avant que les nostres se couvrissent avec leurs targes ung

bisquain fut tué d’une de ces femmes: laquelle avec une flesche en

frappa encores ung aultre griefvement les nostres se apperceurent que

les fleches estoyent envenimees/ et que en la poincte elles estoyent

oinctes de certain oignement venimeux: entre ces gens icy y avoit une

femme a laquelle il sembloit que toutes les aultres luy obeissoyent

comme a une royne Et avec elle y avoit ung jeune enfant son filz robuste

de regard cruel: et avoit le visaige d’ung larron. Les nostres doubtant

qu’ilz ne fussent gastez desdictes fleches delibererent pour le meilleur

venir aux estroitz & donnerent des avirons dedans l’eaue avec une barque

de la navire: et les envahirent et mirent en fons: eulx voirement aussi

bien les hommes comme les femmes en naviguant ne laissoyent a tirer

desdictes fleches. Mais ilz furent suyviz si roydement des nostres

qu’ilz se mirent sus une pierre couverte d’eaue/ et la combatant ilz

furent prins des nostres. Et l’ung d’eulx y fut tué: et le filz de la

royne fut blecé de deux coups: ilz furent conduitz devant l’admiral mais

non pourtant ilz ne perdirent leur ferocité & atrocité ne plus ne moins

que fait ung fier lyon quant il se sent prins et lyé: et a l’heure il

ronge plus et se faict plus cruel. Il n’y avoit homme qui les vist qu’il

ne sentist paour a cause de leur atrocité et dyabolic regard L’admiral

en allant a ceste heure par midy: a ceste heure par garbin: a ceste

heure en ponent: il vint a une largesse de mer plaine de innumerables

isles differentes aucunes sembloient plaines de boys et doulces. Les

aultres seiches et steriles sapeuses: montueuses: les autres se

monstroient entre les pierres de couleur cramoisy/ les autres de violet

les autres tresblanches. Parquoy plusieurs estimoyent que la fussent

metaulx & pierres precieuses. Ilz ne descendirent pas la pource que le

temps n’estoit pas bon. & aussi pour la paour de l’espesseur & quantité

de tant d’isles doubtant aussi que les navires ne trouvassent aulcunes

pierres ilz reserverent a quelque autre temps pour nombrer lesdictes

isles toutesfois aucunes caravelles qui n’avoyent besoing d’eaue trop

parfonde passerent par le millieu d’aucunes: et en compterent quarante

et six: et appellerent ce lieu la archipellage. a cause de tant de

ysles: En passant avant a cestuy train au meillieu du chemin ilz

trouverent une isle appellee buchima: de laquelle plusieurs estoyent de

ceulx la qui avoyent esté delivrez des mains des caniballes: ceulx la

disoyent qu’elle estoit bien peuplee labouree et plaine d’arbres et de

buissons & les habitans d’icelle continuellement avoyent esté ennemis

des canibales Ilz n’ont point de navires pour aller trouver l’isle

d’iceulx canibales: mais si par advanture les caniballes viennent en

leur isle pour les prendre et ilz les pevent prendre ilz leur ostent les

yeulx: ilz les taillent en pieces: et les rostissent et les devorent par

vengeance. Toutes ces choses ilz entendoient par les interpreteurs

admenez de l’isle espaignolle: les nostres pour non trop demourer

laisserent cestedicte isle fors d’ung costé vers ponent Affin de avoir

de l’eaue/ et aulcuns d’eulx descendirent en terre & trouverent une

grant maison & belle a leur coustume avec douze aultres petites mais

elles estoyent deshabitees/ et ne povoyent penser pourquoy sinon pour la

grant chaleur qui y estoit: et que les gens demourassent es montaignes:

ou pour la paour des canibales: toute ceste isle ont ung roy: lequel ilz

appellent chiacichio: et est obey avec grande reverence de tous: la

coste de ceste isle vers midy se extent environ .l. lieues: la nuyt deux

femmes & deux garçons delivrés des canibales se getterent en la mer/ &

nouerent a l’isle qui estoit leur païs.

¶ Comment colomb trouva ses gens mors.

Chapitre .xcii.

L’admiral finablement arriva avec son armee a l’isle espaignolle

loingtaine de la premiere isle des canibales .cccc. lieues mais il y

arriva a une piteuse adventure: car il trouva mors tous les compagnons

qu’il avoit laissés/ en ceste isle espaignolle est une region qui

s’appelle xainana: de laquelle l’admiral quant il s’en retourna la

premiere fois il print et emmena avec luy .x. hommes de ladicte isle

desquelz .iii. seullement y en avoit vivans Les aultres estoyent mors

pour la mutation de l’air: et quant premierement ilz arriverent a

Satheremo laquelle ont ainsi appellee: ceste coste xaniano: Ledict

admiral en laissa aller l’ung: les aultres deux de nuyt se desroberent:

et se gecterent en mer: et en nouant ilz eschapperent. De laquelle chose

L’admiral n’en tint pas grant compte/ cuydant trouver en vie les trente

& huit hommes qu’il avoit laissez: mais apres qu’il fut allé ung peu

plus avant il rencontra une canoe/ c’estassavoir barque longue de

beaucoup d’avirons: en laquelle y avoit ung frere du roy Guacenarille

avecques lequel quant l’admiral se partit avoit fait une grande alliance

et avoit affectionnement recommandé ses hommes: cestuy acompaigné d’ung

homme seul vint audict admiral et au nom de son frere luy promettoit

donner deux ymages d’or: Et comme apres qu’il fut entendu par son

langaige: il commença a narrer la mort des nostres/ mais par faulte

d’interpreteurs du tout il ne fut pas entendu. Apres quant L’admiral fut

arrivé au chasteau du boys: et il trouva les maisons que noz gens

avoyent faictes estre destruictes et converties en cendres. de laquelle

chose tous eurent grande compassion: toutesfoys pour veoir si aulcun

d’eulx seroit demouré en vie il feist tirer beaucoup de bombardes affin

que si aulcun eust esté caché qu’il saillist dehors mais c’estoyt en

vain/ car tous estoyent mors: l’admiral envoya des messaigiers au roy

guacenarille: lesquelz rapporterent par les signes que ilz avoyent peu

comprendre que en icelle isle y avoyt de plus grans roys que luy:

lesquelz ayant entendu la venue de ceste nouvelle gent estoient venus

avec grant excercite et surmonterent les nostres et les tuerent tous &

destruirent le chasteau en bruslant tout en les voulant secourir il fut

frappé d’une flesche: & monstra ung bras qu’il avoit lyé en disant que

c’estoit la cause pour laquelle il n’estoit venu vers l’admiral ce qu’il

desiroit faire L’autre jour ensuyvant l’admiral envoya ung marquis de

sibelle audict roy: lequel luy tira la bende du bras et trouva que il

n’avoit aucune blessure ne signe de playe: touteffois il trouva qu’il

estoit dedans le lict en monstrant d’avoir mal/ son lit estoit conjoinct

avec sept autres et ses concubines: ledit admiral et tous les aultres

commencerent a souspeçonner que les nostres avoyent esté tuez par le

conseil et la voulenté de luy. Touteffoys ledict marquis en dissimulant

il feist tant que le jour ensuyvant il viendroit veoir ledict admiral &

ainsi le fist: & l’admiral luy fist bonne chere & grant feste: et moult

se excusa de la mort des nostres Et quant il veit une des femmes que noz

gens avoyent osté aux caniballes/ laquelle noz gens appelloyent

Katherine: il luy feist grant feste et parla a elle moult amoureusement:

les nostres ne l’entendoyent point. Apres il s’en partit avec grant

amour. Aulcuns des nostres conseillerent a l’admiral qu’il le deust

retenir: et luy faire confesser comme les nostres avoient esté tuez &

luy faire porter la peine qu’il avoit meritee mais l’admiral considera

qu’il n’estoit pas encore temps d’irriter les habitans de ladicte isle

Le jour ensuyvant le frere de cestuy roy vint aux navires et parla avec

la femme dessusdicte et la seduyt comme l’yssue le monstra/ car la nuyt

ensuivant ou pour se delivrer de captivité ou pour la suasion du roy se

gecta dedans l’eaue avec sept autres femmes toutes convices d’elle ce

faire et passerent environ une lieue de mer/ les nostres en les suyvant

avec leurs barques en recouvrerent trois seullement: Katherine avec les

aultres troys s’en allerent au roy: lequel le lendemain ensuyvant il

s’en fuyt avec toute sa famille. Parquoy noz gens apperceurent que les

trente et huyt hommes qui estoyent demourez avoyent esté tuez de luy.

¶ Les choses que trouva le marquis frere de l’admiral en cerchant le roy

et ses gens.

Chapitre .xciii.

L’admiral envoya apres le roy ledict marquis avec .ccc. hommes armez

lequel de fortune vint a la bouche d’ung fleuve ou ilz trouverent ung

noble et bon port: lequel est apellé port royal l’entree est tant tortue

que quant l’homme est dedans il ne congnoist par ou il est entré combien

que l’entree soit grande que troys navires de fronc y puissent passer:

au millieu du port y a ung mont tout verd & bosqueux plain de papegaulx

& aultres oyseaulx qui continuellement chantent doulcement: en cestuy

port y avoit deux fleuves en allant plus avant ilz veirent une

treshaulte maison & pensant que la fust le roy ilz s’en allerent la/ &

eulx en approchant vint au devant d’eulx ung homme acompaigné de cent

hommes trescruelz de regard tous armez avec ars flesches et lances en

criant qu’ilz n’estoyent pas canibales: mais raynos/ c’est a dire nobles

et gentilz hommes: les nostres leur firent signe de paix & eulx apres

qu’ilz eurent osté leur ferocité ilz se firent ensemble bons amys de

sorte que incontinent sans aultre chose ilz descendirent es navires ou

leur fut donné des presens c’estassavoir sonnettes d’esprevier &

semblables choses/ les nostres mesurerent ladicte maison & l’entour

d’icelle estoit de .xxxii. grans pas elle estoit ronde & a l’entour

d’icelle avoit trente aultres maisons petites les solives estoyent de

canes de diverses couleurs: cousues avec ung merveilleux art les nostres

leur demandoient le mieulx qu’ilz povoyent du roy qui s’en estoit fuy:

ilz leur notifierent qu’il s’en estoit fuy a la montaigne/ & de ceste

nouvelle amytié les nostres delibererent de le faire sçavoir a l’admiral

lequel en divers lieux avoyt envoyé divers hommes pour exposer ou estoit

le roy: entre lesquelz il avoit envoyé horeda et gormalan jeunes hommes

nobles et couraigeux: et ceulx icy trouverent quatre fleuves l’ung d’une

partie et les trois d’une autre: lesquelz descendoyent d’une autre

montaigne: tous ceulx de l’isle dedans le sablon recueilloyent de l’or

en ceste maniere: ilz mettoyent leurs mains dedans aucunes fosses: et

avec la main gauche ilz tiroyent le sablon: et avec la main dextre ilz

cueilloyent l’or: et le donnoyent aux nostres: et disoit avoir veu

beaucoup de grains de la quantité d’une cloche de gingembre lequel fut

porté au roy d’espaigne il fut veu ung grain de sept onces de plusieurs

personnes.

¶ Le fleuve de l’or et beaucoup de choses trouvees.

Chapitre .xciiii.

Quant les nostres virent cela ilz retournerent a l’admiral par ce qu’il

avoit commandé sur peine de la vie: que nul ne fist autre chose que

descouvrir Ilz entendirent aussi qu’il y avoit ung certain roy aux

montaignes desquelles venoyent lesdictz fleuves lequel ilz appellent

cazichio: cannoboa. c’est assavoir seigneur de la maison de l’or. Boa

veult dire maison: canno or. Et cazichio roy ilz trouverent en cesdictz

fleuves poissons tresparfaitz et semblablement ledict marquis de sibille

dict que aupres les canibales ou moys de decembre est equinoctial: mais

je ne sçay pas comme ce peult estre pour la raison de la spere: et dit

que en iceluy moys les oyseaux faisoyent leurs nidz: et aucuns avoyent

des petis: toutesfois je demanday de l’aulteur du pole de l’orient: il

me fut dit que aux caniballes tout le chariot estoit chargé soubz le

pole artic & les grandes transmontanes il n’est venu aulcun de cestuy

voyage: auquel on puisse adjouster ferme foy pource qu’ilz sont hommes

sans lettres.

¶ Chasteau ediffié de l’admiral en l’isle espaignolle.

Chapitre .xcv.

Or print l’admiral cocinfrone ung lieu joignant a ung port affin d’y

ediffier une cité: et commença a ediffier et faire une eglise: mais en

aprochant le temps que il avoit promis au roy de luy notiffier ce qu’il

auroit trouvé renvoya en derriere douze caravelles: avec notice de ce

qu’ilz avoyent veu & entendu L’admiral estant demouré en ladicte isle

espaignolle/ laquelle aulcuns l’appellent offira: et dyent que c’est

ceste la. De laquelle ou vieil testament ou .iii. livre des roys s’en

fait mention Laquelle est par sa grandeur cinq degrez austrailles: Qui

sont des lieues mille .lxx. le pole se lieve .xxvii. degrez/ & de la

moitié du jour sicomme il dit degrez .xxii. sa longueur de levant a

ponent a .cccccccclxxx. milles: qui sont de lieues deux cens vingt

lieues La forme de ladicte isle est comme la fueille d’ung chastenier.

L’admiral delibera ediffier une cité sus une montaignette au meilleu de

l’isle de la part de la transmontane pource que la empres y avoit une

montaigne faicte avec boys: Et pierres de faire de la chaulx laquelle il

appella ysabeau: et aupres de ceste montaigne est une plaine de seize

lieues de long: & large en aucun lieu plus estroicte d’une lieue et

demye: par laquelle passent plusieurs fleuves Ceste plaine est tant

fertille que en aucuns jardins sur le sablon du fleuve ilz semerent de

diverses sortes d’herbes comme laictues: bourraiges: raves: et toutes en

terme de .xvi. jours elles creurent Pompons: concombres: et autres

choses semblables en .xxxvi. jours furent recueillis: les meilleurs que

jamais nous mengeasmes: L’admiral a cause de la notice qu’il avoit eue

des habitans de ladicte isle envoya .xxx. hommes en une province qui est

dedans ladicte isle: laquelle s’appelle Cipangy: laquelle est situee au

meilleu de ladicte ysle/ et est montueuse avec grande habondance d’or.

Ceulx qui y furent racomptent choses merveilleuses de richesses de ce

lieu la: et que de la montaigne descendoyent quatre fleuves: lesquelz se

divisent en quatre parties/ l’ung va vers le levant appellé summa

L’autre en ponent appellé Atribunco: Le troiziesme va a la transmontaine

dit Jachem et le quart a midy et est appellé Naiba.

¶ Comment l’admiral alla a la myne d’or.

Chapitre .xcvi.

Or pour retourner a nostre propos apres que l’admiral eut faict ceste

cité environnee de muraille le .xii. jour de mars se partit avec .cccc.

hommes tant a pied que a cheval et se mist en chemin pour aller a la

province de l’or de la part du midy Et apres qu’ilz eurent passé

montaignes: vallees et fleuves ilz vindrent a une plaine: laquelle est

le commencement de Cimbago: par laquelle courent aucuns ruisseaulx avec

le sablon de l’or Adoncques quant l’admiral eut cheminé par dedans

l’isle environ dixhuit lieues: et loing de sa cyté il arriva a une rive

d’ung grant fleuve: et la en une montaigne assez apparente delibera de

faire une forteresse pour plus seurement chercher les secretz du pays ce

qu’il fist: et apella la forteresse sainct thomas et luy estant en

faisant cest ediffice: Plusieurs paysans vindrent a luy pour avoir des

sonnettes et autres merceries qu’il avoit: il leur demandoit a

l’encontre que ilz luy apportassent de l’or Parquoy en peu de temps ilz

allerent et porterent assez bonne quantité d’or Entre lesquelz ung des

leur aporta ung grain d’une once: les nostres s’esmerveilloyent de telle

grandeur. Toutesfois avec signes ilz demonstroyent qu’il s’en trouvoit

encores de plusgrans & mesmement en un pays distant de la d’une demye

journee: et que la s’en trouve de grans pieces/ lesquelles pieces pour

non estre mises en oeuvre ilz ne les estimoyent gueres & oultre cela

aultres en apportoyent des pieces plusgrandes de dix dragmes l’une: et

aussi affermoyent qu’il s’en trouvoit de plusgrandes. L’admiral envoya

aucuns des siens a ce lieu la: lesquelz en trouverent beaucoup plus que

ne luy avoit esté dit ilz ont des boys plains d’espicerie: mais ilz ne

les recueillent pas sinon quant ilz la veulent permuter avec les hommes

des autres Isles voysines en platz et escuelles de terre et vaisseaulx

de boys faitz dedans aultres ysles: pource qu’ilz n’en ont point Au moys

de mars ilz trouverent des raisins saulvaiges bien meurs: combien qu’en

ceste province soit planté de pierres: toutesfois elle est plaine

d’arbres et verde. Ilz disent qu’il pleut la assez: parquoy la y a

plusieurs fleuves & ruisseaulx avec le sablon de l’or: et croyent que

celuy or descende de ces montaignes: et sont gens moult paresseux en

yver ilz tremblent de froit et combien qu’ilz ayent les boys plains de

coton toutesfois ilz ne font faire aulcuns vestemens.

¶ Des choses merveilleuses trouvees par l’admiral.

Chapitre .xcvii.

S'ensuyt le Nouveau monde & navigations · 第 12 / 18 段