Premierement ung bassin d’argent pour donner l’eaue a laver les mains

faict de figures eslevees tout doré. Une Esguiere d’argent doree bien

grande avec sa couverture ouvree semblablement de figures eslevees deux

masses d’argent avec leurs chaines d’argent pour les massiers Et quattre

grans oreillers: C’estassavoir deux de drap d’or & deux de veloux

cramoisy: puis apres ung poille de drap d’or avec les franges d’or et de

cramoisy: et ung grant tapis: et deux pieces de tapisserie moult riches:

l’une [de] figures: et l’autre de verdure: et oultre ung pot d’argent

pour donner l’eaue a laver les mains ouvré de semblable façon comme le

bassin Et comme le roy eut receu ce present et la lettre aussi

l’embassade il se monstra bien joyeulx Et dist au capitaine que il s’en

allast en son logis qui luy avoit faict acoustrer: et que il envoyeroit

querir les hommes qu’il avoit baillé en hostaige pource que ilz estoyent

gentilz hommes et n’avoyent que boire ne que menger dedans lesdictes

navires Et neantmoins que s’il voulloit aller dedans ses navires qu’il y

allast et que le lendemain ensuivant il luy envoyeroit lesditz hostaiges

et il viendroit en la ville pour faire tout ce qui luy seroit necessaire

le capitaine laissa en son logis aller furtad: et avecques luy sept ou

huit hommes pour l’atendre en sondit logis Le capitaine en partant de

ceste place ung crocheteur de calichut fut devant luy aux navires pour

dire aux hostages comme le capitaine s’en retournoit ce que par eulx

entendu ilz se getterent dedans la mer Et areschorea facteur principal

incontinent se mist dedans ung basteau: Et en print deux des principaulx

et deux ou trois serviteurs: Et les autres en nageant s’en fuyrent en

terre/ et en ces entrefaictes le capitaine arriva aux navires: Et

commanda mettre ces deux principaulx au bas de la couverture de la

caravelle et depuis envoya dire au roy que luy en arrivant aux navires

avoit trouvé cestuy inconvenient: et que ung sien escrivain luy avoit

fait cecy & qu’il avoit retenu ces deux hostaiges pource que en la ville

il y estoit demouré plusieurs de ses gens et beaucoup de choses & qu’il

luy pleust les lui envoyer et qu’il luy envoyeroit les siens/ lesquelz

il traictoit moult bien Les ambassadeurs pour faire ce messaige furent

les deux serviteurs qu’ilz avoyent prins avec les hostaiges et toute

celle nuit le capitaine demoura en attendant la responce et l’autre jour

ensuivant le roy vint a la plaine avec plus [de] douze mille hommes et

noz gens qui estoyent dedans la ville furent prins: affin de leur

envoyer avec leurs almadies: affin d’avoir les hostaiges en change Et

vindrent vingt ou trente almadies et noz gens saillirent avecques les

basteaulx dedans lesquelz estoient les deux hostaiges. Les almadies ne

se osoyent approcher de noz bateaulx & semblablement noz basteaulx a

leurs almadies Et ainsi tout celuy jour allerent sans faire autre chose:

et puis apres qu’ilz furent retournez en terre avec les nostres: ilz

leur commencerent a faire grandes rudesses en leur faisant paour en

disant qu’ilz les vouloient tuer Celle nuyt les nostres furent en grande

tribulation: le jour ensuivant le roy envoya dire au capitaine qu’il luy

envoyeroit ses gens et ses besongnes avec les almadies & que ceulx qui

estoient dedans ne portoient aulcunes armes: aussi qu’il envoyast ainsi

ses basteaulx: ce que fist le capitaine et envoya avec eulx Saint de

tronar capitaine: & arriverent ou estoient les almadies: & commencerent

a recepvoir toute leur vaisselle d’argent & toutes leurs autres

besongnes qu’ilz avoient dedans la ville en maniere qu’il ne demoura que

ung alino fresse c’est a dire que une malle: en laquelle estoit le lict

avec son formement & quasi tous noz gens & ainsi estant l’ung de ces

gentilz hommes qui estoyent dedans noz basteaulx que Sainct de tronar

conduisoit se gecta dedans la mer: et quant les nostres qui estoient

dedans lesdictes almadies veirent cela ilz commencerent a se courroucer

et enorgueillir en telle maniere qu’ilz gecterent dedens la mer tous

ceulx qui estoient dedans lesdictes almadies: et ilz demourerent

seulletz dedans icelles almadies: et en noz basteaulx demoura ung

vieillart qui estoit gentil homme pour hostaige des nostres & deux des

garçons des nostres demourerent dedans lesdictes Almadies qui ne peurent

eschapper. Et l’autre jour le capitaine ayant pitié du vieillart qui

estoit pour hostaige. Car il y avoyt troys jours qu’il n’avoit mengé

l’envoya en terre. Et luy bailla toutes les armeures qui estoyent

demourés dedans lesdictes navires. Lesquelles appartenoyent a ceulx qui

se estoyent gettez dedens la mer Et le capitaine le envoya dire au roy

que il luy envoyast ses deux garçons lesquelz le roy leur envoya &

depuis demourerent trois ou quatre jours que nul des navires ne

descendict en terre ny aucun de la ville a nous Le capitaine & tous les

autres avecques le facteur principal delibererent d’envoyer au roy de

Calichut qu’il luy envoyast deux hommes pour seureté/ et qu’il yroit en

la ville: mais il n’y avoit celuy qui voulsist faire le messaige au

dernier ung chevallier appellé françoys chorea deist qu’il yroit parler

au roy et ainsi fut faict et luy dist comme areschorea facteur principal

avoit deliberé de descendre en terre pour asseoir le train de la

marchandise avec lui & qu’il luy envoyast pour ostage deux marchans:

c’estassavoir ung de Guzerate moult riche: surquoy respondit ledict

guzerate more au roy qu’il luy envoyeroit deux de ses nepveux dequoy le

roy fut bien content & l’autre jour françoys chorea envoya la responce

au capitaine: et soubdainement areschorea se mist en point/ & aussi les

hommes pour ostage lesquelz le roy envoya ausdictes navires: et

areschorea s’en alla en la ville: et en sa compaignie .viii. ou dix

hommes lequel jour areschorea retourna bien tard esdictes navires pour

dormir & l’autre jour retourna a la ville pour mettre a effect ce qui

avoit esté ordonné le jour precedent: les hostaiges touteffois

demourerent es navires: le roy luy envoya bailler la maison d’ung

marchant Guzerate. & le enchargea qu’il aprint audict facteur les

coustumes et train de ladicte ville: & ainsi areschorea commença a

negocier et faire ses besongnes la langue qui se parloit pour nous

estoit en Arrabic de sorte qu’on ne povoit parler au roy sans mettre

vingt mores au millieu: lesquelz sont mauvaises gens: et estoyent moult

contraires a nous autres: en façon que a toutes heures ilz usoyent &

envers nous de tromperie: et nous disoient que nous ne envoyssions aucun

en noz navires: et quant le capitaine veit que chascun jour alloit de

ses gens en la ville: et que nully n’en retournoit pour faire responce:

il delibera de s’en partir et commanda de faire voilles: et nous ainsi

estans pres de la ville en une maison assez gardee d’hommes: veismes

comme les navires s’en alloyent a guzerate a cause de ses deux nepveux

qui estoient dedans lesdictes navires areschorea trouva façon d’envoyer

ung garçon avec une almadie aux navires lequel garçon feist ung protest

au capitaine quoy voyant le capitaine ledict protest de areschorea s’en

retourna au port: & ainsi commença ledict areschorea a traicter avec le

roy et accorda petit a petit le train ainsi qu’il voullut et pource que

cestuy guzerate ne se voulloit plus empescher de noz besongnes: a cause

de ces deux nepveulx qui estoyent es navires pour ostage. Le roy chargea

ung turc grant marchant qu’il fist noz besongnes: et nous fist saillir

de la maison de laquelle nous estions: et nous fist mettre dedans une

aultre maison aupres celle ou nous estions: et incontinent ilz

commencerent a veoir aucunes de noz marchandises: desquelles ilz en

achepterent une partie: & demourasmes deux moys & demy avant que nous

eussions acomply nostre train Lequel nous achevasmes a grant paine de

areschorea [et] de ceulx qui estoyent avec luy: et apres qu’il fut

parachevé le roy luy bailla une maison joygnant a la mer laquelle avoit

ung jardin: dedans laquelle areschorea mist une baniere avec les armes

du Roy: et cestuy train le roy en fist deux lettres signees de sa main

l’une desquelles estoit escripte en une lame de laton: lequel devoit

demourer en la maison du facteur et l’autre d’argent avec son signe

escripte d’or laquelle devoit estre portee au roy de Portugal.

Lesquelles lettres ainsi faictes areschorea fut aux navires et consigna

ceste lettre d’argent au capitaine & mena en la ville ces deux hommes

qui estoient aux navires pour ostage: et dela quant nous commençasmes a

nous fier d’eulx en sorte qu’il sembloit que nous feussions en nostre

pays. Et ung jour nous estans ainsi vint une navire qui alloit d’ung

royaulme en ung aultre: en laquelle navire avoit cinq elephans: entre

lesquelz y en avoit ung moult grant et de grant pris pource qu’il estoit

praticqué en guerre & la navire estoit moult grande: & y avoit beaucoup

de gens dedans bien armez & apres que le roy eut entendu la venue de

ladicte navire il envoya dire audict capitaine qu’il prioit qu’il

voulsist prendre ceste navire qui portoit ung elephant duquel il luy

vouloit bailler beaucoup d’argent: le capitaine luy envoya dire qu’il le

feroit: mais qu’il les tueroit s’ilz ne se vouloyent rendre le roy se

consentit de cela: et envoya ung more a noz navires: affin qu’il fust

present a veoyr en quelle maniere on prendroit ladicte navire. Et aussi

pour parler a eulx affin qu’ilz se rendissent: et incontinent le

capitaine envoya une caravelle bien garnie d’artillerie: et bien armee

avec soixante ou septante hommes laquelle fut deux nuitz derriere

ladicte navire sans la povoir joindre et l’autre jour ensuyvant ilz la

joignirent et arriverent sus elle en disant a ceulx qui estoient dedans

qu’ilz se rendissent: et les mores se misrent a rire pource qu’ilz

estoient gens assés: & la navire moult grande et commencerent a tirer

avec flesches: & quant le capitaine de la caravelle veit cela fist

descharger l’artillerie de sorte qu’elle desbarra ladicte navire &

incontinent ilz se rendirent et ainsi les menerent a calichut avec tous

les hommes. Le roy saillit dehors a la marine pour les veoir et le

capitaine de la caravelle bailla au Roy le capitaine de ladicte navire

et la navire semblablement le roy se esmerveilla fort comme une

caravelle tant petite et avec si peu de gens povoit prendre une navire

si grande dedans laquelle y avoit troys cens hommes de guerre: le roy

receut la navire & les elephans. avec ung grant plaisir et soulas. et de

la caravelle il fut sus la navire.

¶ Coustumes et choses de calichut.

Chapitre .lxxiiii.

La cité de calichut est grande & n’est point de muraille environnee: et

y a plusieurs lieux dedans icelle vuidez: et les maisons sont loing

l’une de l’autre: Elles sont faictes de pierre de taille et de chaulx

Elles sont couvertes de Palmes: et leurs portes sont grandes et bien

ouvrees: et a l’entree desdictes maisons y a ung mur dedans la closture

duquel y a beaucoup de herbes. Et viviers plains d’eaue/ dedans lesquelz

ilz se lavent. Aussi ilz ont des puys d’eaue de laquelle ilz boivent. et

par la cité y a d’aultres grans viviers plains d’eaue: esquelz va le

menu peuple se laver et cela est par ce qu’ilz se lavent trois ou quatre

fois le jour tout le corps: le roy est ydolatre combien que aulcuns

ayent creu qu’il fust crestien: lesquelz n’ont pas entendu de ses

coustumes comme nous avons faict qui avons faict le faict de la

marchandise oudict calichut. lequel Roy s’appelle guaffer. Tous ces

gentilz hommes & les gens qui le servent sont hommes qui ne sont blancz

ny noirs et sont bien disposez depuis la ceincture en bas et en hault

ilz sont nudz. A l’entour de eulx c’estassavoir des parties honteuses

ilz portent draps de coton blancz et fins et aussi d’aultre couleur. Ilz

vont deschaulx et sans bonnetz fors les grans seigneurs qui portent des

bonnetz de veloux et de drap d’or: desquelz bonnetz aulcuns d’eulx sont

moult beaulx et leurs oreilles sont pertuysees: & es pertuys ilz portent

des joyaulx Aux bras ilz portent braceletz d’or. Les gentilz hommes

portent en leurs mains espees & targes Leurs espees sont nues et sont

plus larges par la poincte que par ung aultre lieu. Leurs Targes sont

rondes comme rondelles d’ytalie moult legieres. Desquelles y en y a de

noires et de rouges: Ce sont les plus grans joueurs d’espee et de targe

qui soyent au monde Et ne font aultre chose que de jouer: et de telz

faictz en y a en la court du Roy sans nombre. Ilz ont cinq ou six

femmes: et celle qui est la mieulx aymee ne luy demande riens: pource

qu’il dort plus souvent avec elle que avec les aultres: entre eulx n’y a

point de chasteté: ny honte: et les filles depuis qu’elles ont huyt ans

elles commencent a gaingner leurs vies par deshonnesteté: les femmes

vont nues ainsi comme les hommes/ et portent sur elles grandes

richesses: et ont leurs cheveulx bien longz et sont bien belles: elles

prient les hommes qu’ilz leur ostent leur virginité/ pource qu’elles

estans vierges ne trouveroyent maris: ces gens icy mengent deux fois le

jour Ilz ne mengeussent point de pain: ne boivent point de vin. Ilz ne

mengeussent ne chair ne poisson Leur viande est ris: beurre: laict:

succre: ou fruyct. Devant que ilz mengent ilz se lavent/ et deppuis

qu’ilz sont lavez Si aulcun qui ne se feust lavé touchoit leurs viandes:

ilz ne mengeroyent point jusques a ce qu’ilz se seroyent retournez

laver: Par façon que en ceste chose ilz y font de grandes cerimonies

Tout le jour aussi bien les hommes comme les femmes mengent d’une

fueille qui s’appelle beteille. Laquelle faict la bouche vermeille: &

les dens noires: et ceulx qui ne font pas cela ce sont gens de basse

condition. Quant aucun meurt en lieu de porter le dueil: ilz escurent

leurs dens: et ne mengeussent point par certains moys de ladicte herbe.

Le roy a deux femmes et chascune a dix prestres pour l’acompaigner: et

chascun d’eulx dort avecques elles: et la congnoist charnellement pour

honnorer le roy Et pour ceste cause les filz ne sont point heritiers du

royaulme Mais ses nepveux filz de ses seurs Et pour grande magnificence

d’estat: Il demoure en la maison plus de mille ou cinq cens femmes:

lesquelles n’ont autre office que de nettoyer la maison et de arroser la

maison devant le roy ou il veult aller: et l’arrosent d’eaue mistionnee

les maisons du roy sont grandes & dedans lesdictes maisons y a beaucop

de fontaines: dedans lesquelles le roy se lave & quant il en sault hors

il va en son chalit riche: & le tirent deux hommes & devant luy y a

plusieurs personnes qui sonnent de divers instrumens et aussi y a

plusieurs gentilz hommes avec leurs espees et rodelles. et beaucoup

d’archers: et devant sa garde sont ses portiers et au dessus de luy ung

ciel treshonnestement paré on luy fait plus d’honneur que a nul roy du

monde: on ne s’aproche de lui plus pres que de trois ou quatre pas: et

quant ilz luy baillent aucune chose ilz luy baillent avec une verge par

ce que ilz n’osent le toucher Quant ilz parlent avec luy ilz parlent

avec la teste basse la main devant la bouche & nul gentil homme ne se

monstre devant luy sans espee et rodelle. Quant ilz luy font la

reverence: ilz mettent la main sur la teste Et nul officier ne homme de

basse condition ne le veoit et ne sçauroit parler a luy et mesmement les

pescheurs sy ung gentil homme va par la rue et ung pescheur luy vint a

l’encontre ou il s’en fuyt ou il reçoit plusieurs coups de baston. Quant

le roy meurt les gentilz hommes le bruslent & ses femmes avec luy ilz

bruslent le roy avec du boys de sandal pour le honnourer. Le boys de

sandal est semblable au cipres rouge. Les hommes de basse condition ilz

les enterrent ilz portent longue barbe. Ilz sont grans compteurs et

escripvains Ilz escripvent en une fueille de palme avec une plume de fer

sans aucune tainture Et ainsi fait une autre sorte de gens qui sont

grans marchans et s’appellent cussurantes ilz sont d’une province qui

s’appelle Combaye. Ceulx icy sont naturellement ydolatres: et adorent le

soleil: la lune: et les vaches: et si aucun tuoit une vache on le

tueroit. & ces marchans cussurantes ne mengent d’aucune chose qui

reçoive mort ny du pain: ny aussi ny boivent vin Et si aucun garçon par

erreur mengeue de la chair ilz l’envoyent dehors par le monde a demander

pour l’amour de dieu combien qu’ilz fussent descendus et fussent filz de

grans seigneurs et de riches marchans Ces gens icy croyent aux

enchanteurs: & aux devineurs: ilz sont plus blancz que les naturelz de

calichut Ilz portent les cheveulx moult longz & aussi la barbe Ilz sont

vestus de drap de coton bien fin Ilz portent voilles et leurs cheveulx

entortillez comme ceulx des femmes. Ilz se marient avec une seulle femme

comme nous: ilz sont moult jaloux et tiennent leurs femmes enfermees:

elles sont moult belles et chastes: ilz sont marchans de draps de

turquie et de joyaulx.

¶ Des marchans de calichut et le voyage de l’espicerie du chaire en

alexandrie.

Chapitre .lxxv.

Dedans calichut y a d’aultres marchans qui s’appellent zetiettes et sont

d’une aultre province Ilz sont ydolatres et grans marchans de joyaulx et

perles D’or et d’argent Ilz sont plus noirs que ceulx de calichut: et

vont nudz ilz portent les toques petites et basses. Les chevaliers

portent toques et sont faictes de queue de beuf & de cheval Ces gens icy

sont les plus grans enchanteurs de monde Chascun jour ilz parlent

invisiblement au dyable. Leurs femmes sont moult corrompues en luxure

autant que femmes qui soyent sur terre. Audit calichut y a des mores de

la mecque de turquie/ de Babiloine: et de perse: et de beaucop d’autres

provinces: et sont tresgrans marchans & riches gens Lesquelz tiennent en

ceste cité de calichut de toutes les marchandises qui y arrivent:

C’estassavoir joyaulx de toutes sortes et aussi d’autres choses moult

riches: du musc: d’ambre: bengin: encens: boys: aloes: rubarbe:

porcelaine: clou de giroffle: canelle: brisil: sendal: lacque: noix/

muscade: et macis. Toutes ces choses viennent de dehors: gingembre:

poyvre. tamaris: mirabolans: et casse: fistule: et tut croissent en la

terre de calichut Et aulcune canelle saulvaige Ces mores sont tant

riches et graves que quasi ilz commandent a toute la terre de calichut

En la montaigne de cestuy royaulme demoure ung roy moult grant & grave

qui s’appelle Naremega: et est ydolatre Lequel tient deux ou trois

femmes Le jour qu’il meurt ilz le bruslent & toutes ses femmes avec luy

Et tous ceulx qui sont mariez quant aucun meurt ilz luy font une fosse

et le mettent la dedans. et a l’heure la femme se vest tout des plus

riches habillemens qu’elle ait: & tous ses parens avec elle la meinent

avec instrumens et feste a la fosse. Et quant elle va a la fosse elle va

dançant a rebours comme vont les escrevisses Et la fosse est embrasee de

feu et elle se laisse cheoyr dedans. Et ses parens sont tous prestz avec

potz plains d’huille et beurre Lesquelz parens des ce qu’elle est cheute

en ladicte fosse ilz gettent lesditz potz sur elle affin qu’elle brusle

plustost. En cestuy royaulme y a beaucoup de chevaulx et elefans pource

qu’ilz en font leur guerre Lesquelz elefans sont si bien enseignez et

aprins qu’il ne leur fault sinon la parolle. Et ilz entendent tout comme

personnes humaines Et cela nous autres l’avons veu en calichut. Les

elefans que le roy tient et lesquelz il chevauche sont les plus fors et

furieux du monde Deux d’iceulx tirent une navire en terre. Les navires

dudit calichut ne naviguent sinon depuis octobre jusques par tout le

moys de mars En ces moys est leur esté: et les autres moys leur yver:

ausquelz ilz ne naviguent point et tiennent leurs navires en terre Au

moys de novembre se partent de calichut les navires de la mecque avec

les espiceries Et vont a vida qui est porte de la mecque. Et de la les

portent par terre au chaire. et du chaire en alexandrie.

¶ Grande occision de mores et de chrestiens dedans calichut.

Chapitre .lxxvi.

Apres que nous eusmes demouré environ troys moys dedans calichut et que

le train estoit ja affermé: & deux de noz navires chargees d’espiceries

Ung jour le capitaine envoya en Calichut pour dire au roy qu’il y avoit

trois moys qu’il estoit en sa ville: et que nous n’avions chargé sinon

deux navires: et que les mores caichoyent leurs marchandises Et que les

navires de la mecque chargeoyent secrettement & apres qu’elles estoyent

chargees elles s’en alloyent. Et que celuy capitaine luy seroit moult

obligé s’il vouloit le faire bien tost despescher: pource que le temps

de son partement s’approchoit fort. Le roy luy fist responce qu’il luy

feroit bailler toutes les marchandises qu’il vouldroit. Et que l’une

desdictes navires ne chargeroit jusques a ce que les nostres fussent

chargees: et que si aucunes navires desditz mores se partoyent que le

capitaine les prinst pour veoir dedans s’il y avoit de la marchandise:

et que s’il y en avoit il la luy feroit donner pour le pris que

l’avoyent achepté lesditz mores. Le seiziesme jour de decembre audit an

Mil cinq cens. Areschorea facteur principal luy estant dedans ladicte

ville de Calichut a faire compte avec les deux facteurs & escripvains de

noz deux navires Lesquelles estoyent ja bien chargees pour partir et se

partit une navire de mores avec plusieurs marchandises et le capitaine

la print. Le capitaine more d’icelle navire et les plus honnorables

d’icelle navire descendirent et s’en allerent dedans calichut: et firent

de tresgrandes plainctes & clameurs: en maniere que tous les mores se

misrent a parler au Roy en disant que dedans la ville nous avions plus

de richesses que cela que nous avions porté en son royaulme: et que nous

estions tous larrons les plus grans robeurs du monde et que nous avions

prins ceste navire en son port et que deça en avant ilz se obligeoyent

de nous tuer tous/ et que toute sa magesté robast la maison du facteur.

Le roy comme homme sedicieux se consentit a cela. Et nous aultres non

sachans aucune chose de cecy/ Aulcuns des nostres alloyent par la ville

pour faire leurs besongnes veirent venir tout le peuple contre eulx en

les tuant et frappant Et aucuns des nostres saillirent pour donner

secours et ayde ce que fut faict et en tuasmes des leur sept ou huit &

des nostres en fut tué deux ou trois/ nous estions environ .lxx. hommes

avec espees & cappes et eulx estoyent sans nombre avec lances: espees &

rondelles: arcz: et flesches et nous contraignirent en telle sorte qu’il

nous fut necessaire de nous retirer a la maison: et en nous reculant ilz

en blesserent cinq ou six des nostres: avec une grande peine nous

serrasmes la porte: et puis ilz se combatirent fort & ferme contre la

maison laquelle par tout estoit environnee de muraille de la haulteur

d’ung homme a cheval nous avions sept ou huit arbalestriers avec

lesquelles nous tuasmes ung certain nombre de gens de leurs hommes: et

se gecta sur nous plus de troys mil hommes de guerre: Et quant nous

vismes cela nous mismes une banniere affin que des navires ilz nous

envoyassent secours. Les basteaulx vindrent et eulx joinctz a la playe

la ilz tirerent de leur artillerie et ne faisoient riens A l’eure les

mores commencerent a rompre le mur de la maison en façon que en demye

heure ilz la mirent toute par terre et avoient trompettes & tabourins

avec grans cris/ et croyons que le roy fust avec eulx a cause d’ung sien

chambellan qui y estoit Et quant areschorea vit qu’il n’y avoit remede

aucun et qu’il y avoit deux heures qu’ilz combatoient tant asprement par

maniere que nous ne povyons plus tenir delibera que nous saillissions

dehors a la playe en rompant par eulx pour veoir si les basteaulx nous

pourroient saulver et ainsi fismes/ et ainsi la pluspart de nous aultres

arrivasmes la jusques a ce mettre en l’eaue et les basteaulx n’osoient

approcher pour nous recevoir et ainsi par faulte d’ung petit de secours

ilz tuerent areschorea et avec luy cinquante et trois hommes: et de nous

aultres eschappa a nager environ .xx. personnes tous bien blecez entre

lesquelz eschappa ung filz dudit areschorea de l’aage de unze ans Et

ainsi entrasmes dedans es bateaux quasi noyez le capitaine desditz

basteaulx estoit las: pource que le grant capitaine estoyt malade et

fusmes conduitz aux navires. Et quant le grant capitaine veit ceste

discencion et le maulvais traictement de noz gens: il commanda qu’on

print dix navires de mores qui estoyent dedans le port. Et commanda que

tous ceulx qui seroyent trouvez dedans fussent tuez ce qu’il fut fait: &

en tuasmes la quantité de cinq cens hommes: et en prinsmes vingt ou

trente qui s’estoyent cachez ou bas de la navire et toutes les

marchandises/ et pillasmes lesdictes navires de tout ce qu’il y avoyt

dedans/ en l’une d’icelle y avoit trois elefans Lesquelz nous tuasmes et

les mengeasmes. Et apres que les navires furent deschargees nous les

bruslasmes toutes dixset le jour ensuyvant noz navires s’approcherent

plus pres de la ville. Et la bombardasmes en telle maniere que nous

tuasmes beaucoup d’hommes. Et leur feismes grant dommaige. Et ilz

tiroyent de terre de aucunes pieces d’artillerie: Mais elles estoyent

moult foibles Et ainsi que nous estions la passerent deux Navires:

Lesquelles alloyent a Pandarada qui est loing de calichut de cinq

lieues/ et les navires donnerent en terre: et nous ne les peusmes

prendre par ce qu’elles estoient en lieu trop sec et quant le capitaine

veit cela il delibera d’aller a cuchin: ou nous chargeasmes noz navires.

¶ Comment les navires chargent a Cuchin.

Chapitre .lxxviii.

Nous partismes de calichut pour aller a cuchin qui est loing de calichut

de .xxx. lieues: et est royaulme sans subjection. Les gens d’icelluy

sont ydolatres & [de] la mesme langue de calichut et en allant nostre

chemin trouvasmes deux navires de calichut chargees de ris et allasmes

droit a elles et les gens s’en fuyrent avec leurs basteaulx en terre et

nous prinsmes les navires et le capitaine voyant qu’elles ne portoyent

aultres merchandises les envoya brusler & arrivasmes a cuchin le .xxiii.

jour de decembre et gectasmes noz ancres dedans la bouche d’ung fleuve:

le capitaine envoya ung povre homme du pays de guzerate: lequel de sa

voulenté partit de calichut pour venir en portugal: & alla dire au roy

tout ce qui nous estoit advenu en calichut et que s’il luy plaisoit le

capitaine chargeroit voulentiers ses navires en son royaulme et que pour

payement des choses qu’il y prendroit/ il luy bailleroit or et

marchandise. Le roy luy fist responce qu’il estoit moult desplaisant de

la grant injure qu’il luy avoit esté faicte et qu’il avoit grant plaisir

de la venue en son pays par ce que il sçavoit que nous estions bonnes

gens et feroit tout ce que nous vouldrions. Ledit guzerate dist au roy

qu’il seroit de besoing que nous eussions quelque seureté laquelle se

faisoit homme pour homme. et qu’il envoyast audit capitaine quelc’un de

ses hommes: et que incontinent les nostres qui estoyent dedans les

navires descenderoyent en terre. Le roy soubdainement envoya deux hommes

de ses principaulx: avec autres marchans et monstres de marchandises en

noz navires: et deirent au capitaine qu’ilz feroient tout ce qu’il luy

plairoit Le capitaine envoya incontinent le facteur avec quatre ou cinq

hommes: avec charge qu’ilz acheptassent de la marchandise. Touteffois

ledict Capitaine retenoit avec luy les hommes qu’ilz avoient envoyez

pour hostages: lesquelz il les traicta moult honorablement & chascun

jour ilz se changeoient par ce que les gentilz hommes de celles contrees

ne naviguent point sur mer/ et se par adventure ilz mengent dessus la

mer ilz ne pevent plus veoir le roy Et demourasmes la .xiiii. ou .xv.

jours en chargeant noz navires loing de cuchin a ung lieu appellé

Carangallo: auquel lieu y a des chrestiens: juifz: mores: & zafaras et

en cedit lieu nous trouvasmes une juifve de Sibille: Laquelle estoit

venue par le caire. et a la mecque: et de ce lieu elle vint avec nous

avec deux autres crestiens lesquelz disoyent qu’ilz vouloyent passer

pour aller a romme: & en hierusalem. Le capitaine eut grant plaisir

d’avoir trouvé ces deux crestiens Les navires estans ja quasi toutes

chargees vint une armee de calichut: en laquelle y avoit de .lxxx. a

.lxxxv. navires entre lesquelles y en avoit .xxv. moult grandes: Le roy

des ce qu’il eut congnoissance de la venue de ceste dicte armee envoya

dire au capitaine que s’il vouloit combatre avec eulx qu’il luy

envoyeroit navires et hommes Le capitaine luy fist responce qu’il n’en

estoit point de necessité: et pource que il estoit desja nuyt: ladicte

armee s’esloigna de nous d’une lieue et demye: ainsi qu’il fut nuyct

commanda de mettre les voylles en hault en menant avec luy les hommes

qu’il tenoit pour hostaiges. pour ceulx qui estoyent demourez dedans la

ville et estoyent sept hommes Le capitaine disoit que sans aultre

secours que le sien il romproit ladicte armee: la nuyt ne luy fist aucun

vent pour aller sur l’armee de calichut. Le jour ensuivant qui fut le

dixiesme jour de Janvier mil cinq cens. nous allions a eulx: Et eulx

venoyent a nous en maniere que nous fusmes bien pres l’ung de l’autre Le

capitaine avoit deliberé de combatre avec ladicte armee. Et estant ja

aussi pres comme le traict d’une bombarde: Sainct de tronar capitaine

avec sa navire: et une aultre navire demourerent en derriere en telle

maniere que le capitaine vit que entre eulx il n’y avoit point de ordre

Pourquoy il determina de prendre son chemin vers portugal: pource que il

avoit vent en pouppe. Neantmoins tout ce jour la: il suivit tousjours

l’armee de Calichut jusques a une heure de nuyt: et en celle nuyt nous

la perdismes de veue Pourquoy le cappitaine delibera du tout de partir

pour venir en portugal: en laissant ledict facteur & ses gens dedans

ladicte ville et emmena avec luy les hommes de cuchin lesquelz il

commença a festoyer en les priant qu’ilz voulsissent menger car il y

avoit ja trois jours qu’ilz n’avoyent mengé Et avec grant peine ilz

mengerent: et nous vinsmes a nostre chemin.

¶ Du royaulme de cananor: et du recueil que feist le roy a noz navires.

Chapitre .lxxviii.

S'ensuyt le Nouveau monde & navigations · 第 10 / 18 段