Vous qui lirez ce present livre quant desormais trouverez secques/

entendez que secques c’est ung roc qui est dedans la mer lequel est

couvert de bien peue d’eau/ & est une chose dangereuse pour lez navires/

car si elles y heurtent elle se rompent et la est la mer et y a grans

cours d’eaue par lequel on ne navigue point que de jour en tastant si

l’eaue est parfonde & avec l’ordre de ladicte eaue/ pource qu’en cedit

goulfe se rompirent deux navires sur lesdictes secques. Et est assavoir

que cestuy chef de Chantin se garde avec ledit chef blanc vers ostro &

la transmontane & est de sçavoir que derriere icelluy chef blanc dedans

la terre est un lieu apellé par nom Hoden/ et y a jusques la six

journees de chameau/ lequel lieu n’est point muré/ mais est habité des

arrabes et y a port ou arrivent les caravannes qui viennent de Tambutu

et d’autres lieux des mores qui veulent venir a nostre barbarie de deça

et les vivres des habitans de ce lieu la si est de datiles & orge

desquelz ilz en ont aulcunement/ mais non pas a souffisance/ et boyvent

laict de chameaulx & des autres bestes pource qu’ilz n’ont point de vin

ilz ont aussi des vaches et chievres mais non pas trop pource que la

terre est seiche et y a des beufz et vaches mais petiz au regard des

nostres. Ces gens icy tiennent la loy de macommet & sont tresennemys de

jhesucrist et jamais ne sont fermes & vont tousjours vagans par iceulx

desers Ce sont hommes qui vont aux terres des mores et viennent aussi a

nostre Barbarie de deça et sont aucuns de bonne generation Et ont grande

habondance de Chameaulx et avec iceulx ilz conduisent leur marchandise

et argent de la Barbarie et aultres choses a Tambutu et autres terres

desdictz Mores. Et dela ilz tirent l’or et graine de Paradis que ilz

admenent de deça. Et sont hommes bruns & vestent aulcunes petites cappes

sur la chair avec une tresse rouge sur le chef et ainsi se habillent

leurs femmes sans chemise. Les hommes portent en leurs testes ung

couvrechef a la façon Moresque & vont tousjours deschaulx. En ces lieux

la areneux tousjours se trouve des Lyons Leopardz/ et des oeufz

d’austruche Desquelz ay mengé plusieurs foys et sont bons. Et encores

est de sçavoir que ledict seigneur de Portugal a faict de ceste isle

D’argin ung repaire pour les crestiens en ceste maniere que nul ne peult

entrer dedans ledict Goulfe pour marchander avec les dessusditz arrabes

fors ceulx qui ont leur repaire en ladicte isle d’argin & y tiennent

continuellement leurs facteurs qui achaptent et vendent avecques

lesdictz arrabes qui viennent a la marine en faisant marchandises de

diverses choses/ comme de draps/ toilles/ argent. tapiz/ & aultres

choses et sur tout forment/ & pource qu’ilz sont tousjours affamez ilz

donnent a l’encontre des esclaves noirs. A ceste cause ledict seigneur

infant a faict faire ung chasteau en ladicte isle D’argin pour conserver

a perpetuité telz traffigues et pour icelle occasion les caravelles de

portugal tout l’an vont et viennent a ladicte isle D’argin sesdictz

arrabes d’avantaige ilz ont beaucoup de chevaulx barbarisques desquelz

ilz font marchandise et les conduisent es terres des mores et les

vendent aux seigneurs lesquelz leur donnent a l’encontre des esclaves/

ilz conduisent semblablement aux terres desditz mores ouvraiges de soye

moresque qui se font en Grenate et a thunes de barbarie/ et aussi y

conduisent argent et beaucop d’aultres choses a l’encontre desquelles

ilz ont des esclaves et de l’or lesquelz arrivent audit port et lieu de

hoden et de la se partirent et une partie s’en va aux montaignes de

Barche et de la arrivent en sicille/ et une autre partie se conduit a

cestuy lieu de argin et les vendent aux portugallois qui y ont leur

repaire en maniere que chascun an s’en tire par lesditz portugallois

plus de mil esclaves vous declairant que cestuy traffigue a esté ordonné

depuis ung peu de temps en ça/ car ceulx de portugal qui souloient venir

avecques leurs caravelles en cedit goulfe D’argin descendoient en terre

de nuyct et assailloient aulcuns villaiges de pescheurs et encores

couroient par la terre en maniere qu’ilz prenoient desdictz arabes aussi

bien masles que femelles et les menoyent a Portugal pour vendre et ainsi

le faisoient par l’autre costé et plus avant que tient ledict chef blanc

jusques au fleuve de senega lequel est ung grant fleuve et depart une

generation qui s’appelle azenaghi du premier royaulme des mores lesquelz

azenaghi sont hommes grisastres et si sont plus bruns que grisastres et

habitent en aucuns lieux de ladicte coste qui est oultre le chef blanc

et iceulx arrabes par le desert se confinent audit hoden & vivent

semblablement de dates orges et laict de chameaulx/ mais ceulx qui sont

plus pres de la terre desdictz mores vivent de millet et d’aultres

legumes Ce sont hommes de peu de viande car en ayant ung peu de farine

d’orge moullue ilz se maintiendront frais tout ung jour & ne sont point

gens de provision parquoy bien souvent les portugalois en prenoient et

les vendoient pour esclaves & iceulx icy sont meilleurs esclaves que ne

sont pas les mores/ mais quoy que ce soit depuis ung bien peu de temps

en ça tout s’est reduict a paix et au faict de la marchandise & ne

permet ledit seigneur infant qu’a nulluy d’eulx soit faict aucun

dommaige pource qu’il espere en conversant les crestiens avec eulx on

les pourroit remettre a nostre foy pource qu’ilz ne sont pas bien fermes

en la foy machometane/ car ce qu’ilz en ont ilz ne l’ont que par ouy

dire. Et est a noter que ceulx icy azenagi ont une coustume bien

estrange pource que continuellement ilz portent ung couvrechief alentour

de la teste qui leur vient a travers du visaige et leur couvre la bouche

et partie du nez et disent que la bouche est une brute chose qui

continuellement rend aulcune ventosité et mauvaise odeur et pourtant

elle se doit tenir couvert en la voullant comparer au ciel et que ses

deux parties se veullent couvrir et est vray qu’ilz ne descouvrent

jamais leur bouche sinon quant ilz mengent/ j’en ay veu plusieurs mais

jamais je ne les veiz que ilz n’eussent leurs bouches cachees sinon

quant ilz mengent/ Entre eulx ilz n’ont point de seigneur fors ceulx qui

sont les plus riches sont aucunement des autres plus honnorez et obeiz/

toutesfoys ilz sont povres gens et mensongiers larrons plus que gens de

tout le monde & grans traistres et sont hommes de commune grandeur mais

ilz sont maigres et portent leurs cheveulx pendans sur l’espaule a la

maniere d’allemens Mais ilz ont les cheveulx noirs & oignent tous les

jours leurs cheveulx avec la gresse de poisson et fleurent tresmal &

cela ilz ont par grande gentillesse.

¶ Commutation de sel pour autant d’or et le long chemin qu’il fault

faire pour aller querir/ et la longue distance.

Chapitre .x.

Si ont ilz encores de coustume qui est a priser que leurs femmes soyent

grasses et que sur tout elles ayent grandes tettes et pour cela quant

elles sont en l’aage de .xvii. ans ou environ ilz leurs rompent les

tettes par la moytié par force avec une corde en maniere que elle leur

viennent pendillant/ en bas/ et ainsi qu’elles enfantent elles le font

une autreffois parquoy elles sont treslongues c’est une chose

tresabhominable a veoir. Et est assavoir que jamais n’avoyent eu notice

d’aultres crestiens que desditz portugaloys/ lesquelz leur firent guerre

par l’espace de quatorze ans ou environ en prenant plusieurs de leurs

comme j’ay devant dit et les vendoyent pour esclaves vous certifiant que

quant ces gens icy eurent la premiere veue des voilles ou navires sur la

mer jamais au paradvant eulx ny leurs predecesseurs n’en avoyent veu et

croyoyent que ce feussent grans oyseaulx ayans aesles blanches qui

vollassent/ et fussent venuz d’aucun estrange pays et fussent la arrivez

& apres que lesdictz Portugalois abbaissoyent leurs voilles pour

descendre a leurs rivages aulcuns d’eulx pensoyent que desdictes

caravelles feussent poissons en les voyant de loing et aulcuns disoyent

que c’estoient fantosmes qui alloyent de nuyt et avoient tresgrant paour

et c’estoit pource que les caravelles se trouvoient en peu d’espace de

temps en plusieurs lieux et estoyent assaillis des hommes qui estoyent

dedans/ et mesmement de nuyt/ et aulcuneffois faisoyent leurs assaulx a

.xxv. lieues loing l’ung l’autre/ & aucuneffois moins selon qu’il estoit

ordonné entre eulx mariniers Et aussi ainsi que les vens les servoyent

aucuneffois plustost ça/ plustost la et disoyent entre eulx si ces gens

icy estoyent creatures humaines comment pourroyent ilz faire tant de

chemin en une nuyct que nous ne sçaurions faire en trois Ilz

n’entendoient point la maniere de naviguer parquoy du tout tenoyent que

ce fussent fantosmes et de cecy j’ay esté certifié par plusieurs

portugalois lesquelz en ce temps la pratiquoient iceulx rivaiges avec

leurs caravelles & semblablement de ceulx qui avoyent esté prins en ce

temps la par lesditz portugalois. Et par cecy povez considerer comme ces

gens cy estoyent nouveaulx aux choses nostres quant ilz avoyent telle

oppinion Sur ledict port de Edon plus avant en terre de six journees y a

ung lieu qui s’appelle Tagaza qui vault a dire en nostre Langue chargeur

ou se charge tresgrande quantité de sel de pierre lequel se charge

chascun an avec tresgrandes caravanes de chameaulx appartenans ausdictz

arrabes & Azanaghi et se devisent en plusieurs parties et passent par

Tambutu & vont a melly empire des mores si vous ditz que incontinent que

ledit sel est arrivé audit empire que en huyt jours il est tout vendu et

se vent la charge au pris de deux cens mitigali ou .ccc. selon qu’elle

est & ung mitigal vault environ ung ducat Et puis apres avec leur or ilz

s’en retournent en leurs maisons Vous advisant que cestuy empire de

Melchy/ si est tant chault et aussi les vivres pour les bestes ayans

quatre piedz y sont si contraires que la plusgrande partie des bestes

qui vont avec ycelle Caravane de cent n’en retourne pas vingt cinq. Et

audict pays de Melly ilz n’ont aucunes bestes de quatre piedz/ pource

qu’elles se meurent toutes & encores plusieurs desditz Arrabes et

Azanaghi audict lieu y deviennent malades et les aultres y meurent/ et

cecy est pour la grande chaleur Et dit l’on que de Tagaza a Tambutu y a

quarante journees de cheval et de Tambutu a melly environ trente J’ay

demandé ausditz arrabes et Azanaghi que font les marchans de melly de

cestuy sel/ lesquelz m’ont faict responce que une petite quantité dudit

sel s’en consumme entre eulx en leur pays pource que eulx qui sont soubz

le meridional ou equinoctial ou continuellement est autant de jour que

de nuyt ou environ auquel lieu est la plus extresme chaleur en certain

temps de l’an que leur sang se pourrist par maniere que si n’estoit

ledit sel ilz mourroyent La medecine que ilz font si est ceste/ ilz

prennent ung petit dudit sel lequel ilz destrempent en une escuelle

avecques ung petit d’eaue laquelle ilz boivent chascun jour/ et avecques

cela ilz disent qu’ilz se sauvent et que la reste dudict sel ilz le

mettent en pieces et les font aussi grandes comme ung homme les pourroit

porter habillement sur la teste avec ung grant engin/ pource qu’ilz ont

apporter grant chemin. Et est assavoir que quant ledict sel arrive

audict Melly avec les chameaux il est apporté en deux pieces pource que

plus facillement on charge lesdictz Chameaulx qui l’aportent. Et puis

apres a Melly les Mores le rompent en plusieurs pieces pour le porter

sur la teste/ Si que chascun homme en porte une piece Et ainsi se faict

ung grant excercice de gens a pied qui portent ledit sel ung grant

chemin. En notant que ceulx qui le portent ont deux fourches/ lesquelles

quant ilz se veulent reposer ilz les fichent en terre et sur icelles ilz

mettent ledict sel/ et en ceste maniere ilz le portent jusques sur une

certaine eaue Laquelle on ne m’a sceu dire si elle estoit douce ou

sallee pour sçavoir si c’estoit Fleuve ou mer pourtant il se tient que

ce soit mer/ et convient a sesdictz mores conduire ledict sel en la

maniere que dessus/ pource que ilz n’ont point de chameaulx ny aultres

bestes pour charger/ pource que la ilz ne pevent vivre Et pensés combien

il fault d’hommes a porter a pied ledict sel. Et combien ilz sont de

gens qui le consumment par chascun an.

Alors apres que ledict sel est apporté sur ladicte eaue/ lesdictz mores

de Milly tiennent ceste façon de faire. Trestous ceulx de qui est ledict

sel font ung mont a ladicte fille/ et marquent chascun le sien de son

seing/ et apres que ilz ont faict tout cela tous ceulx de ceste Caravane

se tirent en derriere demye journee. Et puis tout cela fait il vient une

aultre generation de mores qui ne se veult laisser veoir ny parler/ et

viennent avecques aulcunes leurs Barcques grande/ et semble qu’ilz

yssent hors de aulcunes ysles et descendent et apres que ilz ont veu le

sel ilz mettent une quantité d’or a l’encontre de chascun mont/ et puis

tournent en derriere en laissant trestout l’or et le sel et puis apres

qu’ilz sont partis viennent les mores de melly a qui appartient le sel

et si la quantité de l’or leur plaist ilz prennent l’or et laissent le

sel/ et s’il ne leur plaist ilz laissent l’or avecques le sel et de

rechief s’en retournent en derriere. Et puis apres viennent les aultres

mores a qui appartient l’or/ et celluy mont qu’ilz trouvent sans or/ ilz

le prennent et aux aultres mons ou est encore l’or ilz tournent a mettre

plus d’or se leur semble ou voirement ilz levent l’or et laissent le sel

et en ceste maniere ilz font leur marchandise sans veoir l’ung l’autre

et parler/ et cela est par une longue et antique coustume Et combien que

cecy semble chose moult estrange a le croire neantmoins je vous certifie

avoir fait information avec plusieurs marchans tant D’arrabes comme de

azanaghi et encores de personnes desquelz l’homme y doit adjouster foy.

¶ Comme l’empereur de melly voulut congnoistre l’ung de ces marchans.

Chapitre unziesme.

Vous serez advertis que j’ay bien voulu dire a ces marchans que je

estoye esbahy comme povoit estre que l’empereur de melly qui estoit si

grant seigneur des mores ainsi qu’ilz disent que il n’avoit peu trouver

maniere d’entendre/ ou par amour/ ou par autre voye quelz gens estoient

ceulx la qui ne se vouloyent laisser veoir ne parler/ il me fust

respondu qu’il n’y avoit pas grant temps que ung Empereur de Melly se

delibera du tout de en vouloir avoir quelque ung d’eulx entre ses mains.

Et apres que il eut eu conseil sur ceste chose qu’il debvoit faire

partir aulcuns de ses gens peu de jours avant que partist la caravane

dudict sel. Et que ilz allassent jusques au lieu la ou on faict les mons

dudit sel/ et quant ilz seroyent la arrivez qu’ilz fissent aulcunes

fosses et cela faict qu’ilz se mussassent dedans icelles/ et quant ce

viendroit que ilz viendroyent a mettre leur or aupres le mont du sel

qu’ilz saillissent desdictes fosses/ et que ilz les assaillissent/ & en

prinssent deux ou trois et que soubz bonne garde ilz les menassent

oudict melly et pour brief parler ainsi fut faict et en prindrent

quatre/ et les aultres s’en fouyrent Et d’avantaige des quatres ilz en

laisserent aller troys/ et leur sembloit que l’ung d’eulx pourroit

satisfaire a la voulenté dudict empereur. Et aussi que ilz ne fussent en

la maulvaise grace de iceulx mores. Et a celluy qui fut prins luy fut

parlé de divers langaiges de mores. Et jamais ne voulut respondre ne

parler/ ne jamais ne voulut menger/ et vesquit quatre jours/ & puis

apres mourut A cause dequoy les oppinions de ces Mores de Melly tiennent

pour l’experience que ilz sont muetz/ & les aultres dient que ilz le

font par despit Ceulx dudict Melly furent moult fort marris quant ilz

virent que celluy que ilz avoyent prins estoit mort/ pource qu’ilz

n’avoyent peu satisfaire a la voulenté de leur empereur qui estoit qu’il

en vouloit veoir ung en vie. Et puis apres quant ilz furent retournez

audict Melly ilz racompterent par ordre audit empereur le fait comme il

estoit allé lequel en eut assez de desplaisir/ et leur demanda de quelle

stature ilz estoyent/ ilz luy respondirent qu’ilz estoyent hommes

tresnoirs et bien formez de corps/ & plus grant d’une paulme qu’ilz ne

sont. Et que ilz ont la levre de dessoubz plus large de une paulme et

qu’elle vient jusques sur la poictrine et est gros et rouge en monstrant

par la part dedans qu’il boutoit hors le sang et la levre de dessus

estoit petite comme la leur/ pour laquelle defformité de leurs levres

ilz monstroient les jencives et les dens lesquelles dens ilz dient estre

plus grandes que les leur or ont audictz costez deux grans dens & ont

les yeulx gros & noirs qui sont terribles quant ilz regardent et que la

jencive boutoit le sang ainsi comme la levre et depuis n’a esté aucun

empereur qui ce soit voulu entremettre de sçavoir quelz gens ce sont

pource que pour la mort de cestuy seul demourerent par trois ans qu’ilz

ne voulurent oncques retourner avec leur or pour avoir du sel acoustumé.

Et jugent que leurs levres se pourrissent pour estre en pays plus chault

que ne sommes & pource qu’ilz n’ont peu trouver remede de leur

putrefaction que par le moyen dudict sel ilz sont retournez a leur

premiere coustume c’estassavoir a prendre dudit sel. Et telle est nostre

oppinion qu’ilz ne pevent vivre sans le sel. mais tant a qu’il n’en

chault audict seigneur infant comme la chose aille/ mais qu’il ait leur

or et cecy & tout ce que j’ay entendu touchant ceste matiere et puis que

tant de gens le dient nous le povons bien croire et j’en suis l’ung de

ceulx la pource que j’ay veu et entendu aulcunes choses du monde & veulx

croire ceste et aultres qui sont possibles Et cestuy or qui arrive a

Melly en ceste maniere se devise en trois parties la premiere va avec la

caravane qui tient le chemin de melly a ung lieu qui s’appelle Cochta

qui est le chemin qui s’adresse vers la sorie la seconde & tierce partie

vient avec une caravane de melly tambutu/ et la se partissent l’une

partie s’en va a ato/ et de ce lieu la ilz se estent vers Thunes de

Barbarie par toute la coste de dessus et l’autre partie vient a hodem

lieu dessus nommé et la se estend vers Oran et Houa Toutesfois sont

lieux de barbarie dans le destroict de Gilberterre/ et desers et

Amarochos et Arzib et azare Et Amessa lieux de barbarie hors dudict

estroict. Et de ces lieux icy nous aultres ytaliens et crestiens

achaptons des Mores ledict or pour la diversité des marchandises que

nous leur baillons. Et pour retourner a mon premier propos cecy est la

meilleure chose qui se puisse tirer de ladicte terre et pays de Azanaghy

et d’arabes pource que celle partie d’or qui arrive chascun an a Hodem

iceulx arabes et azanaghy en portent aulcune quantité sus les rives de

la mer & la vendent aux espaignolz qui continuellement sont en ladicte

isle de archin traffiquer la marchandise et changer a aultres choses En

ceste terre de arabes ne se baille point aulcune monnoye ne jamais n’en

usent et en cesdictz autres lieux il ne se trouve point mais tout leur

faict si est de changer l’une chose pour l’autre et en ceste maniere ilz

vivent & est vray que j’ay entendu que dedans la terre de ces arabes &

azanaghy et en leurs lieux ilz mengeussent des petis cochons blancs & je

croy que a venise il y en arrivé de semblables de levant vous desclarant

qu’ilz les vendent aux poix.

¶ Comment les hommes honorent les riches des habitz des femmes et de

leurs armes.

Chapitre .xii.

Ces gens icy qui habitent en cestuy desert n’ont aucun roy naturel/ bien

est vray que ilz recongnoissent et portent plus reverence a ung que a

l’autre et ceulx qui sont riches ont plus suyte comme est en plusieurs

lieux et aulcuns de ceulx icy ont suyte d’aulcunes gens mais ilz ne sont

pas seigneurs les femmes de cestuy pays sont de couleur gris & portent

cottes de cotton qui viennent de la terre des mores & quelc’une

d’icelles portent cappettes dessus escriptes Alchisel sans porter

chemise la condition de leurs armes est telle/ et est a entendre qu’ilz

n’ont armes pour vestir pour eulx deffendre et n’ont pour deffence autre

chose que la targe qui est d’ung cuir qui s’apelle auta qui est tresdur

& pour faire mal a leurs ennemys ilz portent une lance ou javete longue

& est de boys moult delie ligier avec deux ou trois dars petis en la

main de une autre forme que les nostres. Toutesfoys ilz chevauchent

chevaulx a la moresque mais ilz n’en ont gueres pource que le pays est

trop steril parquoy ilz ne les pevent gueres maintenir/ & aussi pour la

challeur ilz ne vivent pas grant temps les parties de cestuy desert sont

moult chauldes et ont peu d’eaue pour laquelle chaleur il y a

defaillance d’eaue/ le pays est sec et sterille. En cesdictes parties il

n’y pleut que trois moys de l’an. C’estassavoir en aoust septembre &

octobre encores j’ay veu en cestuy pays que en aucuns ans il y aparoist

une grant quantité de locustes/ lesquelles sont comme sauterelles/ mais

plusgrandes et sont rouges/ & apparoissent en l’air en si grande

quantité et espesseur que au lieu la ou elles sont par elles empeschent

qu’on ne peut veoir le soleil & l’air en est couvert de si grant sorte

qu’il semble que ce soit terre et est chose espouentable a veoir/ et la

ou elles tombent il ne demeure riens auculne chose que la terre que tout

ne soit gasté d’icelles locustes/ & s’elles venoist chascun an on ne

pourroit habiter audict pays/ mais il n’y viennent que en troys ou

quatre ans/ et une foys que je passoye par celuy pays les veis a la

marine & y en avoit ung nombre et quantité inestimable.

¶ Du fleuve de senega qui separe la terre areneuse de la fertilité.

Chapitre .xiii.

Apres que eusmes passé ledict chief blanc en le voyant nous navigasmes

par nostre journee au fleuve apellé senega/ qui est le premier fleuve de

la terre des mores entrant par ceste coste/ lequel fleuve divise les

mores des arrabes et azanaghy et aussi en partie la terre seiche aride

qui est le desert dessusdict de la terre fertile qui est pays de mores

lequel fleuve est grant et large en la bouche ung petit plus demye lieue

et a fons assez et faict encores une aultre bouche ung petit plus avant

et faict une isle au meillieu et si met ung chef dans la mer par .ii.

bouches & sus chascune d’icelles bouches et depuis icelles jusques en la

mer environ demye lieue/ si faict bancs et scabelles larges en notant

que audit lieu l’eaue y croist et descroist par chascun jour six heures/

c’est a dire la mer y monte et descend/ & quant elle monte elle entre

dedans ledict fleuve plus de quinze lieues et cela je le sçay par

information que j’ay eue des portugallois qui ont esté dedans ledit

fleuve Et qui veult entrer dans ledict fleuve il luy convient aller avec

le cours de l’eaue au moyen desdictz bancs et escabelles qui sont a la

bouche dudict fleuve & est a noter que du chef blanc jusques a cestuy

fleuve y a quatre vingtz lieues & la coste est toute areneuse jusques a

bien pres de la bouche de cestuy fleuve environ dix lieues. Et s’appelle

la coste de airte rotte/ laquelle touteffoys est des azanaghy et

merveilleuse chose me semble que deça ledict fleuve ilz sont tresnoirs

grans et gros et bien formez de corps Et tout le pays est verd et plain

d’arbres et si est fertil et deça sont hommes grisastres petiz et est le

pays steril et sec/ cestui fleuve on dict estre ung rameau du nil long

des quattre fleuves royaulx lequel en arrousant toute la ethiope il

baigne le pays comme il faict en Egipte. Car en passant par le caire par

certain temps de l’an/ il baigne tout le pays d’egipte et d’avantaige

ledict fleuve du nil faict d’autres rameaulx tresgros oultre celuy de

senega et y tut de grans fleuves de ceste ville de ethiope plus avant

s’en dira aucune chose.

¶ Des seigneurs qui regnent a la coste du chef vert.

Chapitre .xiiii.

Au pays de ces premiers mores du royaulme de senega est au commencement

du premier royaume de ethiope & est toute terre basse et plusieurs

peuples habitent aux rivaiges dudict fleuve de Senega lesquelz peuples

se appellent gilosi Et encores plus avant en terre par grande espace est

toute terre basse derriere achiarida/ et en oultre ledit fleuve sauf le

chef vert/ lequel est la plus haulte terre qu’il soit en toute ceste

coste elle a .lxxx. lieues oultre ledit chef vert et deça dudit chef

plus de cent .lxxx. toute la coste est pleine basse. Saichez que cestuy

roy de senega en mon temps se nommoit zachalin/ mais en cestuy pays il y

a plusieurs petiz seigneurs lesquelz aulcunesfoys par jalousie aulcuns

d’eulx se adcordent et font ung roy a leur plaisir/ mais toutesfoys il

fault qu’il soit de parens nobles. Lequel roy dure autant qu’il plaist

ausdictz seigneurs et plusieurs foys se faict le roy puissant et se

deffet d’eulx souffise vous que cest estat n’est pas ferme ainsi comme

celuy de babiloine et demoure tousjours en souspeçon d’estre mis hors et

devez sçavoir que cestuy roy et les seigneurs sont gens bien povres et

en leur pays n’y a aucune cité/ ains des villaiges avec maisons de

paille et non point de chaulx pour faire des murs et ont grande

deffaillance de pierre & si est ung trespetit pays/ par ce que la coste

de la marine n’a que cinquante lieues et dans la terre il y en peut

avoir environ autant par l’information que j’ay eue est de semblable

largeur Le vivre de cestuy roy si est tel il n’a point de revenu certain

fors celuy que luy donnent chascun an les seigneurs de ce pays la pour

estre bien avec luy et le present que luy font lesdictz seigneurs est de

aulcuns chevaulx lesquelz sont la beaucop prisez pource qu’il en y a

deffaillante et luy donnent aussi quelques bestes comme vaches et

chevres et aussi des legumes et miel et semblables choses maintiennent

cestuy roy avecques aultres pilleries que il faict. C’estassavoir il

faict desrober plusieurs esclaves aussi bien en son pays comme au pays

de ses voisins lesquelz il faict labourer la terre en aucunes

possessions a luy deputees Encores plusieurs d’iceulx Esclaves il les

vent aux marchans de azanaghi qui arrivent la avec chevaulx ne aultres

choses Et aussi en vent aux crestiens depuis qu’ilz ont commencé a

traicter de la marchandise avec lesditz mores a cestuy roy est licite

d’avoir autant de femmes qu’il en veult et aussi a tous les seigneurs &

hommes de celuy pays mais qu’ilz soyent puissans pour faire les despens/

& cestuy roy en a tousjours trente & faict reverence a l’une plus que a

l’autre selon la personne dont elle est descendue aussi cestuy roy tient

ceste maniere de vivre avecques sesdictes femmes il a certains villages

et lieux et en aucun d’iceulx il en tient huit ou dix. Et chascune

demeure en sa maison a par soy & chascune a certaines chamberieres

jeunes qui les servent et ont des esclaves lesquelz labourent certaines

possessions et terres a elles consignees par leur seigneur et ont

certaine quantité de bestial comme vaches chievres pour leur usaige avec

ceste maniere de femmes de cestuy roi vivent/ elles font semer/ et

gouverner par lesditz esclaves le bestial et vivent de cela et quant le

roy va a aucuns desdictz villages il va a la maison de aucune de ses

femmes lesquelles sont obligees du revenu qu’elles ont de faire les

despens au roy et a tous ceulx qu’il mene avecques luy & chacun au matin

au lever du soleil chascune de ses femmes font apprester trois ou quatre

sortes de diverses viandes et chair et poisson et d’aultres viandes

moresques selon leurs coustumes/ et les envoyent par leurs esclaves

presenter a la maison de la despence dudit seigneur en maniere que en

une heure il se trouve en point .xl. ou cinquante mes de viandes quant

vient l’heure que le seigneur veut manger il prent pour luy ce qu’il luy

plaist. Et la reste il la faict donner aux siens qui sont venuz avec

luy. Mais jamais il ne donne a menger a ses gens en habondance &

tousjours ont faim En ceste maniere il va de lieu en lieu & vit sans

avoir pensement de aulcune chose pour son manger et coucher. Aucuneffois

il couche avec l’une/ et aulcuneffois avec l’autre de sesdictes femmes/

et croist en moult gran nombre d’enfans par ce que des ce que l’une de

ces femmes est grosse il la laisse & par ceste mesme maniere vivent les

aultres seigneurs de ce pays la.

¶ De l’habit des mores et de leur loy.

Chapitre .xv.

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