Nous avons longuement rendu compte, dans notre numéro du 31 mai dernier,
de l'explosion du «rocher de Tormery», par laquelle ont été anéantis les
deux blocs latéraux de l'énorme masse de 9.000 mètres cubes qui menaçait
le petit village savoyard. On a pu se demander--et l'auteur documenté de
notre article posait, en terminant, la question--pourquoi on avait
laissé subsister le bloc principal, si dangereux encore qu'on a dû
prévoir, pour empêcher son écroulement, la construction d'un mur de
soutien.
M. A. Reulos, ingénieur des ponts et chaussées, qui fut chargé de
l'opération, nous écrit que l'explosion de la masse entière, après avoir
été soigneusement étudiée, était apparue comme impraticable et inutile,
pour plusieurs raisons, qu'il nous explique. Tout d'abord, il eût été
impossible de perforer, avec les moyens ordinaires, un bloc de 15 mètres
d'épaisseur; il aurait fallu recourir à l'emploi de perforatrices en un
point où l'installation d'un matériel compliqué présentait des
difficultés presque insurmontables. D'autre part, une exploration
minutieuse de la grande faille, en arrière du rocher, avait permis de
constater que la masse centrale était solide et qu'il suffisait de la
protéger, à la base, par des travaux appropriés. Enfin l'explosion
totale faisait craindre des dégâts très importants dans le village.
«Malgré l'effritement produit par la dynamite-gomme de la maison
Davey-Bickford, assure M. A. Reulos, il reste toujours des morceaux de
roc pouvant atteindre 1 ou 2 mètres cubes; plusieurs auraient été
projetés au loin, et d'autres seraient restés accrochés dans les
broussailles voisines, constituant pour les habitants de Tormery un
péril permanent.»
Sur quelques points de détail, M. A. Reulos rectifie nos informations:
ce n'est pas la maison Davey-Bickford qui a fait percer les trous de
mine, mais la maison Bernasconi, de Chambéry; et la partie centrale du
rocher n'a pas eu, pendant l'explosion, le moindre mouvement.