L'histoire naturelle nous apprend que le scorpion est un animal d'une
voracité extrême, redoutable pour les insectes dont il fait sa proie
ordinaire, et même pour l'homme, qui doit, dans les pays chauds, se
garder de sa piqûre envenimée: les deux photographies reproduites
ci-contre témoignent que sa férocité s'exerce également sur ses
semblables et que, dans cette gent cruelle, le plus vigoureux s'attaque
volontiers au plus faible, et le dévore.
C'est à un entomologiste de Biskra, M. Chiarelli, grand collectionneur
d'insectes sahariens, que nous devons la communication de ces curieux
documents. On sait que la femelle du scorpion porte ses petits sur son
dos jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour aller chercher eux-mêmes
leur subsistance. En ayant isolé une avec sa progéniture, M. Chiarelli
voulut un jour la sortir de la boîte où il la conservait: mais à peine
l'avait-il touchée qu'il vit les petits, effrayés sans doute,
s'éparpiller, et la mère, les attrapant avec ses pinces, se mettre à les
dévorer un à un. «Comme je craignais de les voir tous disparaître de
cette façon, nous écrit l'observateur amusé de cette singulière scène,
je plaçai immédiatement le scorpion dans un bocal, où je versai une
solution de formol. La mère cessa de vivre, sans toutefois lâcher ceux
qu'elle avait déjà saisis entre ses pinces.» Le photographe n'eut
ensuite qu'à disposer l'animal et ses petits sur un morceau de drap noir
afin d'obtenir le cliché que nous publions.
M. Chiarelli procéda de la même manière pour deux scorpions de taille
différente, qu'il avait placés dans un bocal, sans aucune nourriture, et
qu'il retrouva, deux jours après, le plus gros dévorant l'autre: on ne
voyait plus, de celui-ci, que l'extrémité de la queue, avec le dard. Le
formol immobilisa, encore une fois, l'animal, qui put être alors
aisément photographié avec sa proie.