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Mais comme sa belle imagination s'enrichit de toutes ces misères de sa

vie! Y en eut-il jamais une plus belle et plus pittoresque, et surtout

plus sensible? Saint Augustin, ce bel esprit du christianisme,

excepté dans les passages qui peignent sa conversion, ce drame

intérieur de sa vie, vise plus à briller qu'à convaincre; il veut

éblouir plus qu'émouvoir; d'ailleurs son livre est écrit pour le

public. Montaigne est un charmant génie, mais il écrit pour s'amuser

lui-même et pour amuser ses lecteurs. Sainte Thérèse chante plus

qu'elle n'écrit: c'est le Pindare des femmes; elle est sincère, mais

elle est illuminée; c'est le météore de l'amour pour l'_idéal_

chrétien: un Dieu-homme expirant sur la croix! J.-J. Rousseau a des

pages merveilleuses de description, d'érotisme et de contemplation de

la nature dans ses _Confessions_; mais ce sont des pages d'imagination

échauffée, ce n'est pas un livre fait pour nourrir des âmes. On doit

en boire une gorgée et cacher la coupe à ses enfants, de peur qu'ils

n'en boivent le poison. Il y a de l'intimité charmante dans les scènes

des _Charmettes_, de Chambéry, mais c'est de l'intimité suspecte: on

ne laisse pas le livre sous la main des innocents. Il en sort du

plaisir, mais aucune vertu.

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 225 / 229 题