Et comme elle aimait! D'abord sa mère, puis son père, puis ce frère
Maurice, dans l'âme duquel elle se transvase, puis les amis de ce
frère, dans lesquels elle voit encore et toujours lui, puis enfin, si
l'on en croit des signes non équivoques de sa plume, cet admirateur de
son frère, ce jeune homme original, d'un autre temps, ce chevaleresque
paladin de style qui confond la plume avec l'épée, et qui aime le
combat contre son siècle, parce que le siècle est nombreux comme une
foule et que lui est seul comme l'antagonisme courageux, M.
d'Aurevilly! Son sentiment innomé pour M. d'Aurevilly est un reflet
prolongé de son sentiment pour son frère, une aurore boréale de
l'amitié fraternelle qui se confond avec l'aurore d'un second amour.
Mais il paraît que cet amour était né trop tard et que l'objet n'était
pas libre de l'accepter. Elle mourut donc de deux sentiments trompés,
l'un par la mort, l'autre par la mort du coeur dans lequel elle eût
aimé à verser le sien. Fatale destinée de femme!