Mais il y a dans l'âme de Mlle de Guérin un principe de vie et
d'immortalité qui n'existe pas dans les héroïnes de Walter Scott:
c'est le mysticisme catholique exalté, qui donne la vie, la sainteté,
l'émotion sacrée du martyre à la jeune châtelaine du Cayla, et la
poésie profonde du coeur, qui élève ses confidences à la hauteur des
écrivains ascétiques les plus éloquents; c'est l'huile onctueuse de
cette lampe que le dieu du passé s'est allumée à lui-même dans les
ruines de son sanctuaire démoli.
Que l'on croie ou que l'on ne croie pas à la lettre les symboles de sa
foi, on doit reconnaître qu'ils impriment à tout ce qu'elle sent, à
tout ce qu'elle pense, à tout ce qu'elle écrit, un caractère de
surnaturel et de sincérité qui en fait le charme. Sans doute il y a
là, comme dans le livre de l'_Imitation_ qui touche exclusivement au
cénobitisme monacal, quelques signes de superstition qu'on regrette
d'y voir; c'est trop puéril ou trop âpre. On voudrait que la raison
humaine tempérât davantage ces pieuses crédulités du couvent; mais, à
mesure qu'elle avance dans la vie, cette foi, au lieu de s'isoler et
de s'aigrir, s'adoucit visiblement. Le contact avec le monde, qui
pénètre dans sa solitude avec son frère et les amis de son frère, leur
doute, leur changement d'opinion, même quand ils habitent avec ce
féroce esprit, l'abbé de Lamennais, qui avait des fanatismes éloquents
pour toutes les causes et qui ne permettait le doute à personne, parce
qu'il ne permettait de douter de rien pendant qu'il affirmait
lui-même, génie de l'expression, né pour être le prophète de toutes
les persécutions comme saint Paul, ou pour le christianisme ou contre
lui; tout cela avait évidemment agi sur Mlle de Guérin. Son
imagination était restée pieuse, sa raison était devenue tolérante;
elle n'avait gardé de ses premières doctrines que l'amour qui les
sanctifie toutes. C'était l'imagination de saint Jean qui ne savait
qu'un mot, _aimer_!