Elle passe quelques heureux jours en Berry, au château de
Saint-Martin, chez son amie, Mme de Maistre.
À Saint-Martin.
«Lire, écrire, que faire dans ma chambre si bien disposée pour toutes
choses de mon goût? Un bon feu, des livres, une table avec encre,
plume et papier, moyens et attraits. Écrivons. Mais quoi? Eh! ce petit
Journal qui continuera ma pensée et ma vie, cette vie maintenant hors
de son cours ordinaire, comme si notre ruisseau se trouvait transporté
sur les bords de la Loire, cette Loire, ce pays que je ne devais
jamais voir, tant j'en étais née loin. Mais Dieu m'a portée ici. Je ne
puis m'empêcher de voir la Providence claire comme un plein jour dans
certain événements de la vie, non qu'elle ne soit en tous, mais plus
ou moins manifestée.
«Avec un peu plus de goût pour écrire j'aurais pu laisser ici un long
mémorandum de mon séjour à Saint-Martin, si beau, si grand dans son
parc et ses belles eaux. J'ai vu peu de lieux aussi distingués, aussi
remarquables de nature et d'art. On voit que Lenôtre a passé par là.
Je vais partir avec les souvenirs les plus agréables et les plus doux,
tant du dedans que du dehors: famille charmante où je suis adoptée, où
j'ai reçu les témoignages les plus touchants d'affection, affection si
vraie puisqu'elle est désintéressée. Que leur revient-il de m'aimer?
Rien que d'être aimés à leur tour et de se faire bénir devant Dieu.
Oh! que cela me serait doux si je ne pensais pas à Maurice, à qui je
dois ce bonheur dont je jouis après sa mort! J'ai voulu voir sa
chambre; je ne fais pas un pas, à la chapelle, dans le jardin, au
salon, qu'il n'ait fait aussi. Hélas! nous ne faisons que passer sur
le pas des morts.»
Dernier décembre.
«Mon Dieu, que le temps est quelque chose de triste, soit qu'il s'en
aille ou qu'il vienne! et que le saint a raison qui a dit: «Jetons nos
coeurs à l'éternité!»