XV.

Elle passe quelques heureux jours en Berry, au château de

Saint-Martin, chez son amie, Mme de Maistre.

À Saint-Martin.

«Lire, écrire, que faire dans ma chambre si bien disposée pour toutes

choses de mon goût? Un bon feu, des livres, une table avec encre,

plume et papier, moyens et attraits. Écrivons. Mais quoi? Eh! ce petit

Journal qui continuera ma pensée et ma vie, cette vie maintenant hors

de son cours ordinaire, comme si notre ruisseau se trouvait transporté

sur les bords de la Loire, cette Loire, ce pays que je ne devais

jamais voir, tant j'en étais née loin. Mais Dieu m'a portée ici. Je ne

puis m'empêcher de voir la Providence claire comme un plein jour dans

certain événements de la vie, non qu'elle ne soit en tous, mais plus

ou moins manifestée.

«Avec un peu plus de goût pour écrire j'aurais pu laisser ici un long

mémorandum de mon séjour à Saint-Martin, si beau, si grand dans son

parc et ses belles eaux. J'ai vu peu de lieux aussi distingués, aussi

remarquables de nature et d'art. On voit que Lenôtre a passé par là.

Je vais partir avec les souvenirs les plus agréables et les plus doux,

tant du dedans que du dehors: famille charmante où je suis adoptée, où

j'ai reçu les témoignages les plus touchants d'affection, affection si

vraie puisqu'elle est désintéressée. Que leur revient-il de m'aimer?

Rien que d'être aimés à leur tour et de se faire bénir devant Dieu.

Oh! que cela me serait doux si je ne pensais pas à Maurice, à qui je

dois ce bonheur dont je jouis après sa mort! J'ai voulu voir sa

chambre; je ne fais pas un pas, à la chapelle, dans le jardin, au

salon, qu'il n'ait fait aussi. Hélas! nous ne faisons que passer sur

le pas des morts.»

Dernier décembre.

«Mon Dieu, que le temps est quelque chose de triste, soit qu'il s'en

aille ou qu'il vienne! et que le saint a raison qui a dit: «Jetons nos

coeurs à l'éternité!»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 221 / 229 题