XIII.

À mesure que le chagrin lui retire sa vie, elle cherche évidemment à

la retenir instinctivement par quelques riantes images, réminiscences

impuissantes de la jeunesse.

«La prière me désaccable, une conversation, le grand air, les

promenades dans les bois et les champs. Ce soir, je me suis bien

trouvée d'un repos sur la paille, au vent frais, à regarder les

batteurs de blé, joyeuses gens qui toujours chantent. C'était joli de

voir tomber les fléaux en cadence et les épis qui dansent, des femmes,

des enfants, séparant la paille en monceaux, et le van qui tourne et

vanne le grain qui se trie et tombe pur comme le froment de Dieu. Ces

paisibles et riantes scènes font plaisir et plus de bien à l'âme que

tous les livres de M. Hugo, quoique M. Hugo soit un puissant écrivain,

mais il ne me plaît pas toujours. Je n'ai pas lu encore sa

_Notre-Dame_, avec l'envie de la lire. Il est de ces désirs qu'on

garde en soi.»

Le lendemain, autre scène.

Sans date.

«Huit jours de visites, de monde, de bruit, quelques conversations

aimables, un épisode en ma solitude. C'est la saison où l'on vient

nous voir, cette fois-ci c'était en foule des _allons à la campagne_,

et la campagne est envahie, le Cayla peuplé, bruyant, gai de jeunesse,

la table entourée de convives inattendus, l'_improvisé_ dispense de

cérémonie. Mais nous n'en faisons pas, et qui vient nous voir ne doit

s'attendre qu'au gracieux accueil, le meilleur qu'il nous soit

possible dans la plus simple expression de forme. Ainsi nos salons

tout blancs, sans glace ni trace de luxe aucun; la salle à manger avec

un buffet et des chaises, deux fenêtres donnant sur le bois du nord;

l'autre salon à côté avec un grand et large canapé; au milieu une

table ronde, des chaises de paille, un vieux fauteuil en tapisserie où

s'asseyait mon frère, deux portes vitrées sur la terrasse; cette

terrasse sur un vallon vert où coule le ruisseau!»

Quel mobilier du Cayla!

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 219 / 229 题