XII.

La chambre s'égaye de deux nouveaux hôtes.

Le 28 juillet.

«Deux petits oiseaux, deux compagnons de ma chambrette, les bienvenus,

qui chanteront quand j'écrirai, me feront musique et accompagnement

comme les pianos qui jouaient à côté de Mme de Staël quand elle

écrivait. Le son est inspirateur; je le comprends par ceux de la

campagne, si légers, si aériens, si vagues, si au hasard, et d'un si

grand effet sur l'âme. Que doit-ce être d'une harmonie de science et

de génie, sur qui comprend cela, sur qui a reçu une organisation

musicale, développée par l'étude et la connaissance de l'art? Rien au

monde n'est plus puissant sur l'âme, plus pénétrant. Je le comprends,

mais ne le sens pas. Dans ma profonde ignorance, j'écouterais avec

autant de plaisir un grillon qu'un violon. Les instruments n'agissent

pas sur moi ou bien peu. Il faut que j'y comprenne comme à un air simple;

mais les grands concerts, mais les opéras, mais les morceaux tant

vantés, langue inconnue! Quand je dis opéras, je n'en ai jamais ouï,

seulement entendu des ouvertures sur les pianos. Parmi les fruits

défendus de ce paradis de Paris, il est deux choses dont j'ai eu envie

de goûter: l'Opéra et Mlle Rachel, surtout Mlle Rachel, qui dit si

bien Racine, dit-on. Ce doit être si beau!»

Cours familier de Littérature - Volume 15 · 第 218 / 229 题