Et comme elle désire que toute la nature en convulsion s'associe par
un mouvement désordonné à la convulsion de sa douleur!
Le 26 août.
«Quelques gouttes de pluie sur la terre ardente. Peut-être orage ce
soir, ramassé par ces vapeurs. Qu'il tonne, qu'il passe des torrents
d'eau et de vent! je voudrais du bruit, des secousses, tout ce qui
n'est pas ce calme affaissant.--Si j'écrivais sa vie, cette vie si
jeune, si riche, si rare, si rattachée à tant d'événements, à tant
d'intérêts, à tant de coeurs! peu de vies semblables.»
Le 27 août.
«Je ne sais, sans mon père, j'irais peut-être joindre les soeurs de
Saint-Joseph, à Alger. Au moins ma vie serait utile. Qu'en faire à
présent? Je l'avais mise en toi, pauvre frère! Tu me disais de ne pas
te quitter. En effet, je suis bien demeurée près de toi pour te voir
mourir. Un _ecce homo_, l'homme de douleur, tous les autres derrière
celui-là. Souffrances de Jésus, saints désirs de la mort, uniques
pensées et méditations. Écrit à Louise comme à Marie; il fait bon
écrire à celle-là. Et lui, pourquoi ne pas écrire, ton frère?
Serait-il mort aussi? Mon Dieu, que le silence m'effraye à présent!
pardonnez-moi tout ce qui me fait peur. L'âme qui vous est unie,
qu'a-t-elle à craindre? Ne vous aimerais-je pas, mon Dieu, unique et
véritable et éternel amour? Il me semble que je vous aime, comme
disait le timide Pierre, mais pas comme Jean, qui s'endormait sur
votre coeur. Divin repos qui me manque! Que vais-je chercher dans les
créatures? Me faire un oreiller d'une poitrine humaine, hélas! j'ai vu
comme la mort nous l'ôte. Plutôt m'appuyer, Jésus, sur votre couronne
d'épines.»
Le 28 août.
«Saint Augustin aujourd'hui, ce saint qui pleurait si tendrement son
ami et d'avoir aimé Dieu si tard. Que je n'aie pas ces deux regrets:
oh! que je n'aie pas cette douleur à deux tranchants, qui me fendrait
l'âme à la mort! Mourir sans amour, c'est mourir en enfer. Amour
divin, seul véritable. Les autres ne sont que des ombres.
«Accablement, poids de douleurs; essayons de soulever ce mont de
tristesse. Que faire? Oh! que l'âme est ignorante! Il faut s'attacher
à Dieu, à celui qui soulève et le vaisseau et la mer. Pauvre nacelle
que je suis sur un océan de larmes!»