Elle raconte qu'elle va se chauffer au soleil, pendant l'office des
morts, dans le cimetière du hameau.
Le 7 avril.
«D'où diriez-vous que je viens, ma chère Marie? Oh! vous ne devineriez
pas; de me chauffer au soleil dans un cimetière. Lugubre foyer si l'on
veut, mais où l'on se trouve au milieu de sa parenté. Là, j'étais avec
mon grand-père, des oncles, des aïeux, une foule de morts aimés. Il
n'y manquait que ma mère qui, hélas! repose un peu loin d'ici. Mais
pourquoi me trouvais-je là? Me croyez-vous amante des tombeaux? Pas
plus qu'une autre, ma chère. C'est que je suis allée me confesser ce
matin: et comme il y avait du monde, et que j'avais froid à l'église,
je suis sortie et me suis assise au soleil dans le cimetière; et là
les réflexions sont venues, et les pensées vers l'autre monde, et le
compte qu'on rend à Dieu. Le bon livre d'examen qu'une tombe! Comme on
y lit des vérités, comme on y trouve des lumières, comme les
illusions, les rêves de la vie s'y dissipent, et tous les
enchantements! Au sortir de là, le monde est jugé, on y tient moins.
Le pied sur une tombe, on tient moins à la terre.
(LAMARTINE)
«Il n'est pas de danseuse qui ne quittât sa robe de bal et sa
guirlande de fleurs, pas de jeune fille qui n'oubliât sa beauté,
personne qui ne revînt meilleur de cette terre des morts.»