Quand son premier amour de famille ici-bas, son frère Maurice, fut
mort entre ses bras au Cayla, et qu'elle-même fut morte après son
père, on retrouva dans ses papiers ces dernières notes de son journal
adressées à ce cher mort _Maurice_, et on les recueillit pour notre
édification intellectuelle comme des reliques que la flamme aurait
profanées. En voici; lisez encore.
Elle est retirée dans sa petite chambre: elle sourit, et elle lui dit
ou plutôt elle se dit à elle-même:
Le 12 mars 1836.
«J'admirais tout à l'heure un petit paysage de ma chambrette
qu'enluminait le soleil levant. Que c'était joli! Jamais je n'ai vu de
plus bel effet de lumière sur le papier, à travers des arbres en
peinture. C'était diaphane, transparent; c'était dommage pour mes
yeux, ce devait être vu par un peintre. Mais Dieu ne fait-il pas le
_beau_ pour tout le monde? Tous nos oiseaux chantaient ce matin,
pendant que je faisais ma prière. Cet accompagnement me plaît,
quoiqu'il me distraie un peu. Je m'arrête pour écouter; puis je
reprends, pensant que les oiseaux et moi nous faisons nos cantiques à
Dieu, et que ces petites créatures chantent peut-être mieux que moi.
Mais le charme de la prière, le charme de l'entretien avec Dieu, ils
ne le goûtent pas, il faut avoir une âme pour le sentir. J'ai ce
bonheur que n'ont pas les oiseaux. Il n'est que neuf heures et j'ai
déjà passé par l'heureux et par le triste. Comme il faut peu de temps
pour cela! L'heureux, c'est le soleil, l'air doux, le chant des
oiseaux, bonheurs à moi; puis une lettre de Mimi, qui est à Gaillac,
où elle me parle de Mme Vialar, qui t'a vu, et d'autres choses
riantes. Mais voilà que j'apprends parmi tout cela le départ de
M. Bories, de ce bon et excellent père de mon âme. Oh! que je le
regrette! quelle perte je vais faire en perdant ce bon guide de ma
conscience, de mon coeur, de mon esprit, de tout moi-même que Dieu lui
avait confié et que je lui laissais avec tant d'abandon! Je suis
triste d'une tristesse intérieure qui fait pleurer l'âme. Mon Dieu,
dans mon désert, à qui avoir recours? qui me soutiendra dans mes
défaillances spirituelles? qui me mènera au grand sacrifice? C'est en
ceci surtout que je regrette M. Bories. Il connaît ce que Dieu m'a
mis au coeur, j'avais besoin de sa force pour le suivre.
«Toi, tu me comprendras!»